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La guillotine au "Trône renversé", 1794.

Paris Paris Île-de-France

La guillotine, après avoir siégé place de la Réunion (pl du Carrousel), puis place de la Révolution (de la Concorde) puis place Saint-Antoine (de la Bastille), est installée place du Trône (de la Nation) le 13 juin 1794.

Après l'expérience de la place de la Bastille (v. Exécutions pl Saint-Antoine) qui avait inondé la place de sang et avait obligé à déménager, on avait creusé à la Nation un trou destiné à recevoir le sang des suppliciés. Mais quand une exécution était terminée, on se bornait à couvrir le trou avec des planches, ce qui était insuffisant pour enfermer l'odeur de cette grande quantité de sang corrompu. Car 1.306 personnes, dont André Chénier (v. 16è arr, rue Bois-le-Vent et 10è arr, rue du Fg Saint-Denis), enterrées au cimetière de Picpus (v. 12è arr, rue de Picpus) seront guillotinées en six semaines place du Trône renversé. Seize carmélites sont notamment guillotinées là le 17 juillet 1794, au seul motif qu'elles sont religieuses.

Le 25 juillet 1794, deux jours avant la chute de Robespierre, le poête André de Chénier, dit André Chénier, est guillotiné à l'âge de 32 ans, après avoir écrit en prison son dernier poème : "Je pars...". Cette mort violente participera à la célébrité de son oeuvre. Selon le même phénomène, il en sera ainsi, un siècle et demi plus tard, lorsque la Garde franquiste fusillera Frederico Garcia Lorca à Grenade en 1936 et lorsque les juridictions d'exception de l'Epuration feront fusiller Robert Brasillach à Montrouge en 1945. "Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue", écrira Louis Aragon. L'oeuvre de Chénier, dénonçant la Terreur, ne sera publiée que 25 ans plus tard. André Chénier était le frère de Marie-Joseph de Chénier, l'auteur du très révolutionnaire Chant du Départ.

La guillotine sera ensuite ramenée à la Concorde pour les exécutions du 10 thermidor an II (28 juillet 1794), à la chute des tyrans.

(dessin X, DR)