Retour à la liste

Ce bon Dr Belhomme, 1794.

1.9 km

157 Rue de Charonne Paris

"Sur la colline de Charonne", existait sous l'Ancien régime, une "maison de santé". "La Maison Belhomme" avait été ouverte en 1787 au milieu des vignes. Elle était la plus célèbre de Paris, gérée par le Dr Belhomme, 157-161 rue de Charonne. D'autres la concurrençaient, comme celle des demoiselles Dovay et Lacour, à la Nouvelle France (quartier Saint-Vincent-de-Paul), celle de la dame de Sainte-Colombe, à Picpus, et celle du chirurgien Escourbiac, rue du Chemin-Vert. Ces maisons étaient en réalité des prisons dorées destinées à réprimer les fredaines d'un fils de famille, à assagir quelque jeune homme trop dépensier ou un vieillard trop galant. Ces maisons confortables, entourées de vastes jardins, permettaient donc d'isoler, moyennant un prix très élevé, un parent gênant ou compromettant. Car à une époque où la peine de l'emprisonnement n'existait pas, les prisons n'étaient pas faites pour la détention. Elles n'étaient qu'un moyen de retenir le justiciable promis aux galères ou à l'échafaud.

La Maison de Santé du Dr Belhomme fut, pendant la Terreur, la seule des 40 prisons révolutionnaires où les pensionnaires purent continuer à vivre tranquillement sans finir sur l'échafaud. Marie-Louise Adélaïde Penthièvre, veuve de Philippe-Égalité et mère de Louis-Philippe, y fut détenue en 1794. Au début de la Révolution, 37 fous inoffensifs y étaient internés lorsque le Dr Belhomme proposa d'y interner les riches "suspects", qui payaient certes un prix exorbitant, mais échappaient ainsi sous la Terreur à une mort quasi assurée, en vivant au bon air. Personne n'ayant envie de s'échapper, cet hôtel n'était pas fermé et les visites étaient permises. L'accusateur public semblait l'ignorer. Il se fournissait à Sainte-Pélagie, aux Madelonnettes, à l'Abbaye, mais jamais chez le Dr Belhomme. Il est probable qu'en contrepartie, le Dr Belhomme reversait une partie de ses revenus à Fouquier-Tinville. Chaque mois, le Dr Belhomme fixait la pension et mieux valait payer car tout mauvais payeur était expédié vers une vraie prison, ce qui équivalait à un arrêt de mort. Mme de Saint-Aulaire par exemple, inquiétée sous la Terreur, s'adressa à Vilain, avocat au tribunal révolutionnaire, qui lui demanda 6000 livres pour rencontrer Fouquier-Tinville. Elle paya, eut le rendez-vous le jour-même et obtint de l'accusateur que son père, comte de Noyon, fut transporté le jour-même aussi de la Conciergerie à la maison Belhomme. On disait que cette maison était le lieu le plus gai de Paris. On y jouait, on y dansait, on y chantait… Mais on y mourait de faim. Et parfois, le Dr Belhomme annonçait lui-même à ses "bons amis", la mort dans l'âme, quand ils ne pouvaient plus payer, qu'ils allaient être transférés dans une autre prison... En hôte arrangeant toutefois, le Dr Belhomme tentait parfois d'obtenir les faveurs d'une dame contre une réduction de prix… La duchesse Béatrice-Yvonne de Choiseul ayant probablement résisté, dut ainsi partir à la Conciergerie. On se quitta bons amis, mais elle ne survécut que quelques jours… A la Conciergerie, la prison coûtait 20 livres par mois. Chez Belhomme, il fallait 400 livres, sans compter les "pourboires" pour la cuisine, le coiffeur… Devant le succès de son établissement, le Dr Belhomme dut louer l'Hôtel Chabanais (photo), une maison voisine. Tout était très inconfortable, mais personne ne voulait s'évader. Aucun lieu n'aurait été plus sûr. Mais les relations entre Belhomme et Fouquier-Tinville durent s'envenimer un jour car l'accusateur fit incarcérer le bon docteur, "suspect de concussion et d'incivisme". Cependant, enfermé à la maison de santé de Picpus, il ne fut condamné qu'à 6 ans de fers le 5 floréal an II. Il revint de 4 années de bagne en 1798 et mourut en 1824, à 87 ans.

(photo X, DR)