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Massacres au couvent des Carmes, septembre 1792.

70 Rue de Vaugirard Paris

Les massacres du 2 septembre 1792 furent particulièrement sanglants au couvent des "Carmes déchaussés", transformé en prison, 70 rue de Vaugirard. C'est là qu'a été parquée l'élite du clergé dont Mgr Jean-Marie de Lau, archevêque d'Arles, arrêté illégalement malgré l'immunité conférée par sa fonction parlementaire, dont Jean-Baptiste Istève, frère des Écoles chrétiennes, accusé d'élever les jeunes gens dans des principes inconstitutionnels. Une centaine de prêtres y seront tués et leurs corps jetés dans un puits proche. Dans le jardin, près du bassin, une colonne indique la place ou le père Girault, directeur des Dames de Sainte-Elisabeth, est mis à mort alors qu'il lit son bréviaire. L'archevêque d'Arles est tué sous l'allée des tilleuls. Le petit oratoire gardera longtemps les traces de sang et de balles.

En août 1792, une commune insurrectionnelle sans pouvoir légal, divisée en 48 sections, règne sur Paris. Beaucoup de prêtres sont venus se cacher sur le territoire de la section du Luxembourg, réputée sans doute moins dure. Mais le 11 août, soixante-deux prêtres sont arrêtés dans le quartier Saint-Sulpice et enfermés dans l'église des Carmes, puis dans l'église de Saint-Germain des Prés, avant d'être transférés à la Maison des Carmes par un jeune commissaire, un professeur de mathématiques auvergnat, nommé Joachim Ceyrat, qui attribue un gardien à chaque prisonnier.

Le couvent des Carmes est un vaste enclos entre les rues Cassette, du Regard et du Cherche-Midi. Il a été dévalisé dès le début de la Révolution. On y a pris notamment l'argenterie et 12.000 volumes de la bibliothèque. Une centaine d'autres prêtres vont rejoindre rapidement les premiers prisonniers, dont le père Hébert, confesseur du roi, l'évêque de Beauvais Mgr François-Joseph de La Rochefoucauld, et son frère Pierre-Louis, évêque de Saintes. A la fin du mois, ils sont 160 dans cette promiscuité. Ils y seront massacrés avec d'autres prêtres le 2 septembre 1792. Quelques jours plus tôt, l'ordre a été donné de rouvrir le puits de la tombe-Issoire, à Montsouris où plusieurs charrettes vont être bientôt déversées. Les tueurs font irruption le 2, piques et sabres à la main, investissant le jardin et la prison, réclamant l'archevêque d'Arles, tuant le père Girauld au passage, qui lit son bréviaire sur un banc du jardin. Maillard, le "généralissime-brigand", capitaine de la garde nationale, (v. 2è arr, rue Favart) crée un semblant de tribunal en s'asseyant à une table. Les prisonniers lui sont présentés un à un et priés de prêter serment à la constitution civile du clergé. Ils refusent un à un et sont, au même rythme, envoyés dans le jardin où, sitôt la porte franchie, ils sont massacrés. L'archevêque d'Arles est tué à coups de sabre et de piques, l'abbé Vialar, comme l'abbé de Rest et l'abbé Montfleury, de Saint-Sulpice, réussissent à s'éclipser en escaladant le mur du jardin. Les frères La Rochefoucauld ont les oreilles et le nez coupés avant d'être assassinés. Au matin du 4 septembre, ils ne sont plus que 28 prêtres, protégés par une poignée de courageux. Au total, 797 prisonniers ont été enfermés là sous la Révolution, attendant avec angoisse la visite régulière de la charrette du Tribunal révolutionnaire, dont le cocher, muni d'une liste fournie par Fouquier-Tinville, appelait du bas de l'escalier les "passagers" invités à embarquer...

Charlotte Corday sera détenue au couvent des Carmes (v. 5è arr, rue de l'Ecole-de-Médecine), ainsi qu'Alexandre de Beauharnais, mari de Joséphine, en 1793, puisqu'on lui reproche la capitulation de Mayence. Il sera guillotiné le 23 juillet.

Alexandre de Beauharnais, ancien député de la noblesse aux États généraux, président de l'Assemblée constituante en 1791, ex-adjudant-général de l'armée du Nord et chef d'état-major de l'armée du Rhin, arrêté pour avoir perdu la bataille de Mayence en 1793, jugé en quelques minutes, est guillotiné le 5 thermidor, à 34 ans, quatre jours avant la chute de Robespierre qui devait ouvrir les portes des prisons.

(dessin Michallon 1796-1822, DR)