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Robespierre dans "la maison Duplay", juillet 1791.

398 Rue Saint Honoré Paris

Après avoir quitté en juillet 1791 son appartement de la rue de Saintonge (v. 3è arr.) Robespierre s'installe dans un lieu à la mode, la maison du menuisier Maurice Duplay (photo), 398 rue Saint-Honoré. Il loge derrière deux des fenêtres du 1er étage, visibles à gauche en entrant dans la cour. Robespierre restera ici du 7 juillet 1791 jusqu'à sa chute du 9 thermidor (28 juillet 1794). Duplay, originaire de Saint-Didier-la-Séauve (Haute-Loire) est un ardent révolutionnaire. Un soir de mai 1794, une jeune fille de 19 ans, Cécile Renault, se présente pour rencontrer Robespierre, munie de deux couteaux dans un panier. Elle déteste les tyrans, dit-elle. Cécile Renault est arrêtée car son attitude insistante a paru suspecte. La demoiselle a déposé un panier de linge chez un commerçant voisin, prévoyant un séjour en prison. On ne saura pas si elle est venue pour tuer un tyran ou pour "voir un tyran", mais elle sera guillotinée le lendemain.

Avec Robespierre, Duplay loge aussi Lebas, conventionnel qui se suicidera d'une balle dans la tête le 10 thermidor (29 juillet 1794). Il loge aussi Georges Couthon, ancien avocat de Clermont-Ferrand né en 1755, "un des plus dangereux pourvoyeurs du Tribunal révolutionnaire", selon l'historien Georges Lenôtre. Couthon est député à la Convention, originaire d'Orcet (Puy-de-Dôme), paralysé des jambes et se déplace en tournant des manivelles au bout des bras de son fauteuil roulant. Comme ses amis, il est arrêté le 9 thermidor, emprisonné un moment avec Robespierre, Saint-Just, Lebas. Lorsqu'on les sort de leur prison pour les conduire à l'Hôtel-de-Ville le 10 thermidor, Lebas se suicide, Robespierre reçoit un coup de pistolet dans la mâchoire, tiré par Merda, et Couthon est retrouvé caché sous une table. On juge Robespierre agonisant mais il frappe ses geôliers, autour d'une table du Comité de salut public. A 4 heures de l'après-midi, tous sont envoyés vers l'échafaud parmi 22 personnes. Il faudra un quart d'heure au bourreau pour installer Couthon sur la guillotine pendant que les frères Robespierre attendent leur tour. Au vu de l'attitude de Couthon durant cinq ans, la commune d'Orcet décidera, selon Lenôtre, d'effacer de ses registres l'acte de naissance de ce révolutionnaire. Après la chute de Robespierre, une centaine de ses partisans seront exécutés et le club des Jacobins fermé.

Lorsque Robespierre est conduit à l'échafaud le 10 thermidor, la foule versatile asperge de sang de bœuf la façade de sa maison, rue Saint-Honoré. Duplay, juré au tribunal révolutionnaire, a été arrêté la veille et jugé dans la même fournée que Fouquier-Tinville, mais acquitté. Il a été non seulement le faux beau-père de Robespierre, qui était l'amant de sa fille, mais le vrai beau-père du virulent conventionnel Lebas.

Duplay ne s'en tiendra pas là pour autant. Il sera arrêté quelques années plus tard pour avoir été ami et militant de Gracchus Babeuf et sera jugé parmi les accusés de la Haute Cour de Vendôme, en 1797. Une nouvelle fois acquitté, il se tiendra tranquille enfin, car Babeuf est mort. Duplay réussira à mourir de sa belle mort en 1820 et sera enterré au Père Lachaise, à proximité du mur des Fédérés.

(dessin X, DR)