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La Convention rue de Rivoli, décembre 1792.

232 Rue de Rivoli Paris

A l'emplacement de l'actuel carrefour de la rue de Castiglione et de la rue de Rivoli, s'élève, jusqu'à la destruction du Palais des Tuileries en 1871, le manège du Palais. C'est dans ce manège que se réuniront pour juger Louis XVI, en décembre 1792, les 749 députés de la Convention, élus trois mois plus tôt. Le roi est assisté de trois avocats, François Tronchet, Romain de Sèze et Guillaume de Malesherbes. "Citoyens, je cherche parmi vous des juges et je n'y vois que des accusateurs… Louis sera le seul français pour lequel il n'existera aucune loi ni aucune forme", dit de Sèze. Le 17 janvier, au terme d'un interminable séance de 72 heures, dans une ambiance de kermesse la Convention vote la mort du roi par 387 voix contre 334, en invoquant l'égalité de la loi pour tous, "les victimes du tyran dont le sang arrose les plaines de tous nos départements frontières" ou bien le fait que "tous ses complices sont déjà tombés sous la hache de la justice nationale", ou encore "la voix de la liberté, la voix des victimes, la voix de la justice et celle des victimes immolées à la rage du tyran".

Créé au début du siècle pour les leçons d'équitation du futur Louis XV, le manège a été construit à l'emplacement précis où passe aujourd'hui la rue de Rivoli, à la hauteur du numéro 232, au coin de la rue de Castiglione, légèrement à l'est du carrefour Rivoli-Castiglione, entre le jardin des Tuileries et le jardin des Feuillants. C'est dans ce manège, transformé en salle d'audience, que l'on jugera le roi Louis XVI. La Convention quittera ce lieu en mai 1793. C'est là que le 2 juin 1793, François Hanriot (v. 5è arr, rue de la Clef) obtiendra, sous la menace d'une armée, l'arrestation des députés de la Gironde (v. palais de justice). Le manège sera détruit en 1802.

Les Girondins représentent à la Convention le parti modéré. Ils s'opposent à La Montagne, gauche virulente de Robespierre, Danton et Marat. Mais en révolution, les plus virulents sont les meilleurs et les Girondins seront accusés de toutes les trahisons. Ils se tairont devant les massacres de septembre 1792 décidés par Danton, mais l'arrestation, le procès et l'acquittement de Marat en avril 1793 scelleront la chute programmée de la Gironde. Le 2 juin, 80.000 hommes armés conduits par Hanriot, cernent les Tuileries et réclament l'arrestation de 34 députés de la Gironde. Consignés chez eux. Certains en profitent pour s'enfuir vers l'ouest et tenter de lever une armée derrière le général Wimpfen, général en chef des armées des côtes de Cherbourg, alors que d'autres respectent sagement la mesure de privation de liberté. Saint-Just accuse alors, dans un rapport du 9 juillet, les Girondins d'avoir tenté de mettre "le fils Capet" sur le trône. Le général Wimpfen envisageant de rallier les Vendéens avec l'aide financière de l'Angleterre, les Girondins, demeurés républicains, se détachent de lui durant l'été 1793. A Paris, Charlotte Corday, venue de Caen, politiquement soumise aux Girondins fugitifs qu'elle a rencontrés à Caen, assassine Marat le 13 juillet (v. 6è arr, rue de l'Ecole de Médecine). Les revers des armées bleues en Vendée sont alors imputés à la "trahison des Girondins". Le 1er octobre, Billaud-Varenne, Barrère, Robespierre, font voter la mise en accusation des 21 députés restants de la Gironde. Le procès commence dès le 27 octobre. Le 31, sous une pluie drue, les vingt députés survivants, après le suicide de Valazé à l'audience, sont guillotinés. "Le procès des Girondins suit de près celui de la reine. Avec ce procès, la justice révolutionnaire bascule dans la terreur. Jusqu'à présent, les formes extérieures de la justice ont été respectées. Désormais, elles seront légalement éliminées…"

Parmi les nombreux présidents qui se sont succédé à la présidence de la Convention, Louis Legendre, un boucher dont la boutique fait face au 148 boulevard Saint-Germain, se révèle être une brute sans éducation. Il est de ceux qui interpelleront le roi, lors de l'émeute du 20 juin 1792 aux Tuileries. Il donnera un coup de poing en pleine assemblée au député de l'Oise, Bourdon, qui lui renverra une gifle en pleine figure. Il conseillera à la population de Dieppe d'égorger les nobles pour manger une entrecôte… Legendre demeure 7 rue de Beaune, après avoir abandonné femme et enfants. Il mourra en 1797.

Le Comité de sûreté générale, qui concentre toute l'administration policière de la Révolution, s'est arrogé le droit de vie et de mort sur les "suspects". Son rôle est justement de trouver les "suspects". Créé le 2 octobre 1792 par la Convention et supprimé sous le Directoire, il est l'antre de la Terreur, un véritable ministère de la Terreur. Le Comité de sûreté générale a pris possession de l'Hôtel de Brionne, dont le portail s'ouvre sur la place du Carrousel, face à la rue de l'Echelle, à l'emplacement actuel du Musée des Arts décoratifs. L'hôtel, qu'une passerelle en planches relie directement aux locaux de la Convention, sera été démoli en 1809. Le Comité, qui alimente le tribunal révolutionnaire, compte quatorze membres. Panès et Guffroy, qui démissionneront, Louis, Philippe Ruhl qui a brisé à Reims la Sainte Ampoule du sacre des rois de France, Lebas, Moïse Bayle, Lavicomterie de Saint-Samson, Elie Lacoste, du Barran, le peintre Jacques-Louis David, et surtout Jagot, Voulland, Vadier et Jean-Baptiste Amar. Mais la Convention crée aussi le Comité de Salut public le 6 avril 1793 qui, composé notamment de Danton, Robespierre, Saint-Just, Couthon, gouverne la France d'une main dictatoriale. Il disparaitra le 9 thermidor dans ses disputes internes et du fait de celles qui l'opposent au Comité de sûreté générale auquel il reproche d'empiéter sur ses prérogatives.

(dessin X, DR)