Retour à la liste

Sur le pont au Change, décembre 1793.

Pont au Change Paris Paris

Sur le trafic de charrettes qui, sous la Révolution, existe entre la Conciergerie et la guillotine, Georges Lenôtre a publié ce récit d'un témoin, repris par le Pr Henri Wallon dans son Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris. Nous sommes le 8 décembre 1793: "Arrivé au pont au Change, j'y trouvais une assez grande foule rassemblée. Je n'eus pas besoin de demander l'explication de ce rassemblement. Elle ne se fit pas attendre. J'entendis au loin des cris déchirants et aussitôt, je vis sortir de la cour du Palais de justice cette fatale charrette que Barère, dans un de ses accès de gaieté lui étaient si familiers, avait appelé *la bière des vivants*. Une femme était sur cette charrette qui approcha lentement de l'endroit où je m'étais arrêté. Sa figure, son attitude, ses gestes, exprimaient le désespoir arrivé au plus haut paroxysme. Alternativement d'un rouge foncé et d'une pâleur effrayante, se débattant au milieu de l'exécuteur et de ses deux aides qui avaient peine à la maintenir sur son banc et poussant de ces cris affreux que je disais tout à l'heure, elle invoquait tour à tour leur piété et celle des assistants. C'était Mme du Barry  (photo) que l'on conduisait au supplice (…) Entièrement vêtue de blanc, comme Marie-Antoinette, qui l'avait précédée sur la même route, ses cheveux, du lus beau noir, formaient un contraste pareil à celui que présente le drap funéraire jeté sur un cercueil. Coupés sur la nuque, ainsi que cela se pratique en pareil cas, ceux de devant étaient ramenés à chaque instant par des mouvements désordonnés et lui cachaient une partie du visage. *Au nom du ciel, mes amis, s'écriait-elle au milieu des sanglots et des larmes, au nom du ciel, sauvez-moi, je n'ai jamais fait de mal à personne, sauvez-moi !* La frayeur délirante de cette malheureuse femme produisait une telle impression parmi le peuple qu'aucun de ceux qui étaient venus là pour l'insulter à ses derniers moments ne se sentit le courage de lui adresser une parole d'injure. Autour d'elle, tout semblait stupéfait et l'on n'entendait d'autres cris que les siens (…) On sait que pendant toute la route elle continua à pousser les mêmes cris et à s'agiter dans des convulsions frénétiques pour fuir la mort qui l'avait déjà saisie. On sait aussi qu'arrivée à l'échafaud, il fallut user de violence pour l'attacher à la fatale planche et que ses derniers mots furent ceux-ci :*Grâce, grâce, Monsieur le Bourreau ! Encore une minute, Monsieur le Bourreau…* et tout fut dit". Elle avait 50 ans.

Montant à l'échafaud après Mme du Barry, l'ancienne maîtresse de Louis XV, un député des Vosges nommé Jean-Baptiste Noël aurait demandé à Sanson : "Avez-vous bien essuyé le couteau ? Il ne convient pas que le sang d'un républicain comme moi soit mêlé à celui d'une prostituée".

La reine a suivi ce chemin le 16 octobre 1793. Le 13 avril 1794, ce sont Lucille Desmoulins et Françoise Hébert qui font ce parcours, alors que leurs maris ont déjà été tués. On ne leur reproche que d'être les épouses des deux hommes. On n'épargnera que les enfants, Horace Desmoulins, 20 mois, et Virginie Hébert, 13 mois (v. 6è arr, rue Crébillon).

(dessin X, DR)