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Place du Carrousel, août 1792.

Place du Carrousel Paris Paris

En août 1792, la guillotine, instrument très en vogue depuis mars, trône un moment aux Tuileries, sur la place du Carrousel. On parle de "la machine qui sert à exécuter les jugements du Tribunal révolutionnaire" et on appelle l'endroit, la place de la Réunion, en référence à un rassemblement qui s'est tenu là en 1790, pour la fête de la Fédération.

La guillotine, qui arrive de la place de Grève (v. 4è arr, pl de l'Hôtel-de-Ville), est installée au Carrousel pour l'exécution d'un jugement politique: Le premier guillotiné pour raison politique est Louis David Collenot d'Angremont, secrétaire de la Garde nationale et recruteur du parti royaliste, décapité le soir du 21 août 1792 à la lueur des flambeaux. Il est l'un des quatre condamnés du Tribunal criminel, créé pour juger les crimes du 10 août 1792 (v. 1er arr, jardin des Tuileries) et on lui coupe la tête ici car le lieu du crime doit être aussi "le lieu de l'expiation". En réalité, neuf personnes prises les armes à la main ont déjà été décapitées place de Grève en mars. Après réflexion, le 23 août, il sera décidé de ne pas démonter l'échafaud. "On instaure le théâtre permanent de la guillotine", [Daniel Arasse, La guillotine et l'imaginaire de la Terreur, 1987]. En guillotinant Collenot d'Angremont, le bourreau va, dans un geste imprévu, montrer sa tête au peuple, ce qui deviendra une tradition.

Le 25 août, le journaliste Durosoy est guillotiné à 9h du soir pour avoir publié une liste de royalistes s'offrant comme otages à la place du roi.

Mais le 27 août, l'échafaud est finalement démonté. Il faut le ramener place de Grève pour l'exécution de trois faussaires.

Le 28 août, on exécute Arnaud de Laporte, intendant de la liste civile. Son crime est d'avoir fait acheter à l'imprimeur tous les exemplaires des mémoires de la comtesse de La Motte, instigatrice de l'affaire du collier (v. 4è arr, rue Vieille-du-Temple), afin de protéger la reine, et de les avoir fait brûler à la manufacture de Sèvres. Un ouvrier l'a dénoncé.

Le 4 septembre 1792, un nommé Chabot est "jugé" par le peuple et mis à mort sur le champ au Carrousel. Ce sont les massacres de 1792. La guillotine, revenue au Carrousel, restera sur la place jusqu'au 10 mai 1793 et ne sera déplacée qu'à deux occasions : le 21 janvier 1793 pour l'exécution du roi place de la Concorde et le 11 novembre 1793 jusqu'au Champ-de-Mars pour l'exécution de Bailly  (v. 7è arr, av de La Bourdonnais).

En avril 1793, un émigré nommé Guyot-Desmaulans, montant sur l'échafaud, demande à Sanson si l'appareil est celui qui a guillotiné le roi. Sanson, étonné de la question, répond que seul le couteau a été changé. Alors, sous le regard ébahi du bourreau, le patient s'agenouille pour baiser pieusement l'instrument.

Le 10 mai 1793, la guillotine est installée à la Concorde, jusqu'à ce que les riverains, lassés des défilés des charrettes, obtiennent qu'elle parte à la Bastille, puis place du Trône (de la Nation).

(dessin X, DR)