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La prise des Tuileries, août 1792.

Place du Carrousel Paris FR

A l'emplacement de l'actuel Jardin des Tuileries, s'élevait le Palais des Tuileries, palais royal dont la construction avait été ordonnée par Catherine de Médicis en 1564. Comme le Louvre, il fut non seulement un palais royal mais le siège de la juridiction des "Bailliages et capitaineries royales", chargée de réprimer le braconnage. Le palais fut la résidence royale sous Louis XV et Louis XVI, devint le siège de la Convention en 1792 (v. rue de Rivoli) puis de nouveau la résidence du Premier consul, des rois et des empereurs. Le Palais des Tuileries, s'il existait toujours, montrerait sa façade principale le long de l'avenue du général Lemonnier, entre le Pont-Royal et la rue des Pyramides. La place du Carrousel serait totalement fermée par la prolongation des ailes nord et sud du Louvre, l'une le long de la rue de Rivoli, l'autre le long du quai de la Seine.

Le 20 juin 1792, une troupe menée par le brasseur Santerre -on parle de 6.000 personnes- fait irruption au Palais des Tuileries, armée de piques et de couteaux de toutes sortes pour protester contre le veto du roi à deux des trois décrets de l'Assemblée. Le roi vient en effet de mettre son veto à l'emprisonnement des prêtres réfractaires et à la constitution d'un camp de 20.000 gardes nationaux révolutionnaires à proximité de Paris. Il n'a accepté que le troisième décret qui concerne la dissolution de sa garde personnelle.

Après avoir été assiégé le 20 juin par des porteurs de pétitions qui devaient insulter la famille royale toute la journée en protestant notamment contre le renvoi du ministre Roland, renvoi manigancé en réalité par Mme Roland, le palais des Tuileries est saccagé le 6 juillet :"Marie-Antoinette, pâle et impassible, se vit entourée, insultée, maltraitée par des femmes du peuple, des poissardes des halles, hagardes et déchaînées. On la coiffa de force du bonnet rouge ; on en coiffa de même, jusqu'au nez, le petit dauphin et aussi le roi Louis XVI, flegmatique et résigné. Les appartements furent mis au pillage. Cette scène se prolongea jusqu'à huit heures du soir et ce furent Pétion, maire de Paris, et les Girondins Isnard et Vergniaud, qui réussirent à décider les manifestants à se retirer, non sans avoir tout saccagé"  [Henri Robert, Les grands procès de l'Histoire, 1922].

C'est ensuite l'attaque du 10 août 1792. Le roi vient de refuser le décret d'accusation contre La Fayette, commandant de la Garde nationale, devenu impopulaire depuis les événements du 17 juillet 1791 au Champ-de-Mars (v. 7è arr, Champ-de-Mars). A cette nouvelle, le peuple s'est soulevé. C'est l'assaut des Tuileries. Le peuple obéit à Danton qui, la veille, a appelé "aux armes, aux armes !" pour que le peuple s'affranchisse "de l'esclavage et de la misère". Danton a pourtant reçu 300.000 livres du roi pour sauver la cour. L'attaque, dirigée par Desmoulins et Danton, commence par le Carrousel. Le roi ayant donné l'ordre à la Garde suisse de ne pas tirer, celle-ci est massacrée. Un historien écrira le contraire :"Les Suisses et les gardes du corps ont ouvert le feu alors que les gardes nationaux tentaient de fraterniser avec eux"  [Luc Wilette, Le Tribunal révolutionnaire, 1981]. Un autre écrira que la foule envahissait le palais et ses alentours, armée de piques au bout desquelles étaient juchés les restes sanglants des cadavres des gardes suisses qui avaient été égorgés ou jetés par les fenêtres [Amédée Gabourd, Histoire de Paris, 1863]. Au milieu de ces cadavres, tout est vidé, cassé, et la cave bue. Le bilan du pillage des Tuileries est chiffré à deux millions de livres. En meubles, bijoux, porcelaines, voitures, linge. Pendant deux jours, la foule va enjamber les corps des gardes suisses pour venir boire, manger, jouer et se livrer à des scènes obscènes sur les cadavres. Marat lui, prétendra que "l'Autrichienne" avait jeté dans les fosses d'aisances des documents compromettants et s'amusa beaucoup à voir ses amis les fouiller dans le contenu des fosses pendant deux jours… Il dira avoir voulu "s'amuser aux dépens de ses collègues" . Bref, la journée du 10 août fut un carnage qui laissa mille morts et blessés de part et d'autre. La famille royale se réfugia à l'Assemblée, c'est-à-dire dans le manège du château. Deux jours plus tard, elle était à la prison du Temple (v. 3è arr, square du Temple).

Après le massacre des Tuileries du 10 août 1792, 2.600 personnes sont emprisonnées. Les Tuileries seront encore pillées lors des Trois glorieuses, le 30 juillet 1830, et lors du renversement de Louis-Philippe, le 24 février 1848. Quatre jours après la prise des Tuileries, le 14 août 1792, Robespierre réclame à l'Assemblée "de nouveaux juges créés pour les circonstances". L'Assemblée siège alors dans le manège des Tuileries. Il réclame aussi la création du Tribunal révolutionnaire. Pour l'heure, l'Assemblée n'accorde qu'une concession : pour que la justice aille plus vite, le recours en cassation est supprimé pour les "contre-révolutionnaires". Les principes de la Déclaration des droits de l'homme sont loin... La décision est totalement contraire à tout principe de justice pénale. Trois jours plus tard, le 17 août, l'Assemblée crée cependant un "Tribunal criminel" qui jugera "les crimes commis contre le peuple le 10 août", et confie le rôle d'accusateur à un protégé de Danton, Antoine-Quentin de Fouquier-Tinville. Le Tribunal est installé le 18 août (v au palais de justice).

Le 20 novembre 1792, le serrurier François Gamain, de peur d'être considéré comme ami du roi auquel il a enseigné sa science, révélait "la cachette" qu'il avait créée dans la chambre du roi, aux Tuileries, et procurait ainsi à la Convention les documents les plus compromettants contre le souverain. Louis XVI avait pourtant une totale confiance en ce compagnon qui était aussi son professeur. Une nuit de juin 1791, il avait, disait-il, fabriqué une cachette avec le roi. Il ajoutait qu'à la fin du travail, le roi lui avait donné un verre de vin pour tenter de l'empoisonner car ce vin l'avait laissé mourant pendant cinq mois. Naturellement, tout le monde le crût et on lui attribua une pension, "du jour de la tentative d'empoisonnement de Louis Capet…" Dans un récit plus tardif, le serrurier Gamain soutint encore qu'il avait failli mourir en mangeant deux brioches données par la reine. Il fut politiquement correct de croire ces récits, mais, en trahissant le roi, Gamain mentait car nombre de témoins l'avaient vu valide à l'époque de cette seconde agonie, pendant l'été 1792.

On dira que cette cachette, cette armoire de fer, recelait la correspondance du roi avec l'étranger, preuve du complot… L'événement permettra à Robespierre d'exiger et d'obtenir de la Convention la mise en accusation du roi le 11 décembre 1792.

(v. suite rue de Rivoli).

(dessin X, DR)