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Guillotine à la Concorde.

Paris Paris Île-de-France

Sur cette place, devenue "Place de la Révolution" en 1792, Louis XVI et Marie-Antoinette sont guillotinés, lui le 21 janvier 1793, elle le 16 octobre suivant. L'exécution du roi frappera d'une "stupeur horrifiée une grande partie des populations", selon l'historien Robert Muchembled [Le temps des supplices, Armand Colin 1992]. La guillotine est dressée devant l'Hôtel de Crillon, dans l'axe de l'avenue Gabriel, non loin du jardin de l'ambassade des États-Unis Elle a d'abord été dressée sur la place en octobre 1792 pour les voleurs, pour cinq voleurs des diamants de la Couronne exécutés devant le Garde-meubles national (ministère de la Marine) puis, repartie place de Grève, elle a été transportée devant les Tuileries, au Carrousel (v. 1er arr, pl du Carrousel), avant de revenir à la Concorde, spécialement pour l'exécution du roi. L'instrument à nouveau démonté a rejoint le Carrousel et l'on a décidé de ne plus la démonter entre chaque exécution. Il reviendra à la Concorde pour y demeurer en permanence à partir du 11 mai 1793, jusqu'au 13 juin 1794. On l'installera alors quelques jours sur la place Saint-Antoine (de la Bastille), puis définitivement place du Trône (de la Nation). Elle sera encore montée quelquefois à la Concorde. 1.119 personnes auraient été guillotinées là, dont le général Custine en août 1793 pour avoir subi des revers militaires, Philippe-Égalité le 6 novembre 1793, Danton qui aurait dit au bourreau "Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine !", Fabre d'Églantine et Camille Desmoulins le 5 avril 1794. "La guillotine, érigée en permanence sur la place de la Révolution, future place de la Concorde, et alimentée chaque jour en victimes par un Tribunal révolutionnaire qui siège en permanence dans la Grand-Chambre -dénommée salle de la Liberté- du Palais, à deux pas de la Conciergerie, et dont le président Herman et l'accusateur public Fouquier-Tinville s'embarrassent à peine de procédures pour condamner. On comptera, d'avril 1793 à juillet 1794 quelque 2625 exécutions. La foule ne s'en lasse pas. On voit monter à l'échafaud la reine (16 octobre 1793), les 21députés de la Gironde, éliminés en vingt-six minutes par le bourreau (31 octobre 1793), Hébert et ses amis (24 mars 1794), Danton et les siens (5 avril 1794), Robespierre et les siens enfin (28 juillet 1794). On voit aussi nombre de Parisiens modestes, artisans ou boutiquiers, dénoncés pour leur tiédeur révolutionnaire, pour des peccadilles ou pour des complots imaginaires"  [Jean Favier, Paris 2000 ans d'histoire, Fayard 1997].

Le 21 janvier 1793, cent mille personnes assistent à la mort du roi, les régiments de la garnison de Paris formant un carré autour de l'échafaud sur lequel les exécuteurs attendent, à côté de la guillotine peinte en rouge. "Il faut que la punition de Louis ait le caractère solennel d'une vengeance publique", avait dit Robespierre le 3 décembre 1792. A 10h15 du matin, le roi est arrivé dans une voiture conduite par Santerre, un gargotier monté en grade par les hasards de la Révolution (v. 12è arr, rue de Reuilly). Au pied de l'échafaud, le roi demandera à prier seul. Il restera dans la voiture durant cinq minutes. A sa descente de voiture, Sanson, le bourreau, lui dit : -Monsieur, laissez votre habit. -Non. -Il faut laisser votre habit, je ne veux pas opérer sans cela. -Je ne veux pas, répond le roi. Et comme on veut le dépouiller de force, il jette son habit à terre. Charles-Henri Sanson lui coupe les cheveux, lui lie les mains. A partir de là, on n'entendit plus ce que criait le roi, à cause des tambours. Un aide de Santerre, selon certains récits, aurait dû menacer de son pistolet le bourreau qui hésitait à faire son travail…

Selon un autre récit, le roi est descendu de voiture à 10h20. A 10h22, il est sur l'échafaud et aussitôt guillotiné. La voiture du roi, auquel on avait fait grâce du transport en charrette, était très fortement escortée depuis son départ du Temple, par crainte d'un enlèvement, d'ailleurs prévu, mais dont les auteurs avaient renoncer à la dernière minute (v. 2è arr, rue Beauregard). En arrivant, il n'a pas voulu ôter son habit et a dit qu'on pouvait l'exécuter comme il était. On lui a dit que la chose était impossible, alors il a enlevé son habit. Il a proposé de se couper lui-même les cheveux. Il a refusé qu'on lui lie les mains et là encore, Sanson a dû qui expliquer que c'était un dernier sacrifice. Il a demandé si les tambours battraient toujours et on lui a répondu qu'on n'en savait rien. Montant sur l'échafaud, il voulut prendre la parole, mais on lui expliqua encore que c'était impossible. Il se serait alors laissé faire en disant qu'il mourait innocent de tout ce dont on l'accusait. Sanson dira qu'il est mort avec un sang froid et une fermeté "qui nous a tous étonnés". Après les cris de "vive la République !" qui accompagnèrent le couperet, les spectateurs vinrent plonger leurs piques ou des tissus dans le sang alors que l'on mettait en vente les cheveux du roi et les fragments de son habit. Un spectateur aurait plongé ses bras dans le sang pour en asperger les assistants en criant "on nous a menacés que le sang de Louis Capet retomberait sur nos têtes, eh bien qu'il y retombe, Capet a lavé tant de fois ses mains dans le nôtre…". Louis-Sébastien Mercier écrira qu'il a "vu défiler tout le peuple se tenant sous le bras, riant, causant familièrement, comme lorsqu'on revient d'une fête. Aucune altération n'était sur les visages. Le jour du supplice ne fit aucune impression. Les spectacles s'ouvrirent comme de coutume, les cabarets du côté de la place ensanglantée vidèrent leurs brocs comme à l'ordinaire ; on cria les gâteaux et les petits pâtés autour du corps décapité…" [Daniel Arasse, La guillotine et l'imaginaire de la Terreur, Flammarion 1987].

La foule ne voit que peu de choses des exécutions. "Un grand mouvement agitait la foule à l'arrivée des charrettes, le silence se faisait, au bout d'un instant la silhouette d'une première victime se dressait sur la plate-forme, une sorte de lutte avait lieu, un coup sourd retentissait ; déjà un autre malheureux se présentait…" [Georges Lenôtre, La guillotine, Perrin 1927].

Le 21 janvier 1794, "l'Assemblée en corps, accompagnée des Jacobins, s'était rendue sur la place de la Révolution pour y célébrer l'anniversaire de la mort du roi en brûlant symboliquement quelques effigies du monarque ; mais les membres de la Convention durent du même coup assister à l'exécution de quatre condamnés. Loin de se satisfaire de cette heureuse rencontre, les représentants du peuple réagissent avec indignation : *Pourquoi donc quatre malheureux ont-ils été amenés en même temps que nous sur la place de la Révolution pour nous souiller de leur sang ? C'est un système ourdi par les malveillants pour faire dire que la représentation nationale est composée de cannibales (…) Nous allions célébrer la mort d'un roi, le châtiment d'un mangeur d'hommes, mais nous ne voulions pas souiller nos regards d'un aussi dégoûtant et hideux spectacle*" écrit Daniel Arasse, citant le conventionnel Delarue [Daniel Arasse, La guillotine et l'imaginaire de la Terreur, Flammarion 1987].

Le 24 mars 1794, Hébert passera sous le couperet après ses amis "hébertistes". Le bourreau l'aurait fait attendre plusieurs secondes sous le couperet, afin qu'il subisse un supplice moins doux.

Jean-Baptiste Gaspard Bochart de Saron, Premier président du parlement de Paris, est guillotiné le 20 avril 1794.

Transférée le 13 juin sur la place du Trône (de la Nation), la guillotine est ramenée en vitesse à la Concorde le 10 thermidor an II (28 juillet 1794). A quatre heures de l'après-midi, Robespierre et ses 21 complices montent sur l'échafaud. Le 11 et le 12 thermidor, les exécutions seront ininterrompues. Cent trois personnes vont être exécutées en trois jours. La guillotine sera alors transportée place de Grève et c'est là que Fouquier-Tinville sera exécuté (v. 4è arr, pl de l'Hôtel-de-Ville).

Au premier jour du Consulat, Bonaparte supprimera la fête du 21 janvier instituée par la Convention pour célébrer l'anniversaire de la mort de Louis XVI.

(dessin X, DR)