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Assassinats à la Force, septembre 1792.

2 Rue du Roi de Sicile Paris

La prison de La Force, du nom du duc de La Force, propriétaire des locaux au XVIIème siècle, a été créée au 2 rue du Roi-de-Sicile en 1780, lors de la destruction de plusieurs prisons parisiennes ; le Fort-l'Evêque (v. 1er arr, quai de la Mégisserie) et la prison de l'Abbaye (v. 6è arr, bd Saint-Germain). La rue Mahler n'existant pas encore, la prison occupait une grande partie du pâté de maisons situé entre la rue des Francs-Bourgeois, qui s'appelait à l'époque et à cet endroit "rue Neuve-Sainte-Catherine", la rue Pavée et la rue de Sévigné. Il n'y a plus de trace de cet établissement. Pierre-François Lacenaire y fera ses premiers mois de détention en 1828-1829, et il y reviendra.

La Petite Force abrite les délinquantes mais après le 10 août 1792, la prison devient mixte. On y enferme les aristocrates et les proches du roi ainsi que les serviteurs de la famille royale. On y enferme notamment Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, 43 ans, que l'on qualifie de "conseillère de l'Autrichienne" bien qu'elle n'ait été qu'une amie, surintendante de la maison de la reine. Pour venir en aide à Marie-Antoinette dans ces temps troublés, elle a décidé de revenir d'Angleterre. En août 1792, on l'a extraite du Temple au bout de huit jours pour la mettre à la Petite Force. Pour les massacres du 3 septembre 1792, on crée à la prison un pseudo tribunal présidé par Hébert, devant lequel passent les détenus qui vont être invariablement envoyés à la mort. On les fait sortir rue du Roi-de-Sicile, appelée paradoxalement "rue des Droits de l'homme", et on les lynche. 161 détenus auraient été tués à cet endroit. La princesse de Lamballe qui a refusé de jurer la "haine au roi" devant Hébert, est emmenée dans la rue, tuée à coups de piques, dévêtue et exposée nue devant les rires durant deux heures, décapitée avec un couteau, éventrée, alors que sa tête est promenée au Temple, au bout d'une pique, sous les fenêtres de la famille royale.

Selon Jacques Hillairet, la foule et ses meneurs ont sorti la princesse de sa cellule et après un simulacre de jugement, l'ont traînée dans la rue du Roi-de-Sicile pour l'y exposer nue durant deux heures, aux ricanements de la foule, au coin de la rue Pavée, avant que, se servant de son couteau comme d'une scie, un individu nommé Grison ne lui coupe la tête pour la placer au bout d'une pique et aller la promener en cortège sous les fenêtres de la reine, à la prison du Temple. Un autre, nommé Charlat, lui ouvrit ensuite la poitrine pour en extirper le cœur et le placer au bout de sa pique. Le reste du cadavre fut traîné par les pieds, et le cortège prit le chemin du Temple par la Bastille et le boulevard Beaumarchais.

Les versions diffèrent sur cet événement. L'historien Ivan Gobry ne le situe pas précisément mais explique que la princesse a été rapidement tuée et déshabillée ensuite. En revanche, il impute le meurtre au duc d'Orléans, beau-frère de la princesse, qui ne voulait plus lui payer la pension viagère de 300.000 francs et avait suggéré cet assassinat à la Commune.

Antoine Moneuse, un bandit de grands chemins qui terrorisait la région du Hainaut à la tête d'une bande de chauffeurs, né en 1768 à Marly, près de Valenciennes, aurait participé à l'assassinat de la princesse. Il sera guillotiné à Mons le 10 juin 1798.

Jacques Hillairet cite un certain nombre de prisonniers célèbres de La Force, pour des raisons diverses, dont Francoeur, ancien directeur de l'Opéra de Paris, Custine, le maréchal de Noailles, Volney et Choderlos de Laclos.

(dessin X, DR)