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Révolution place de Grève.

Place de l'Hôtel de Ville Paris Paris

Le gouverneur de la Bastille, Launay (photo), est mis à mort et décapité place de Grève, bien qu'il se soit rendu aux assaillants de la Bastille, le 14 juillet 1789, contre la promesse d'avoir la vie sauve. Comprenant enfin qu'il sera tué, il frappe furieusement ceux qui l'entourent, jusqu'à ce qu'il soit percé d'une baïonnette, pendu par les pieds et criblé de balles. L'un des assaillants, qui a reçu un vif coup de pied au ventre, garçon boucher de son état, sort alors un petit couteau pour détacher rapidement la tête… Pendant que le garçon-boucher brandit la tête au bout d'une pique et prend la direction d'un cortège, le major de la Bastille Antoine de Losme-Salbray subit le même sort. Laffite de Pelleport, ancien prisonnier de la Bastille tente d'intervenir pour prendre sa défense, mais ne réussi qu'à se faire tuer aussi… Puis c'est le tour de plusieurs membres de la garde de la Bastille comme des Invalides. Deux seulement vont réussir à se sauver en profitant du tumulte et de la marée humaine. D'autres représentants du pouvoir royal seront pendus à la fameuse lanterne de la place de Grève, décapités, et leurs têtes portées au bout de piques jusqu'au Palais-Royal, la maison du duc d'Orléans, où est affichée la "liste de proscription", c'est-à-dire les hommes à abattre par le peuple.

Ce 14 juillet, c'est aussi au tour de Jacques de Flesselles, prévôt des marchands, qui sort de l'Hôtel de Ville où il vient de démissionner. Un nommé Morin lui tire une balle dans la tête au coin du quai Pelletier. Puis le conseiller d'État Joseph-François Foullon, intendant général des armées, est tué le 23 juillet 1789, à 72 ans, comme son gendre Louis Bertier de Sauvigny, intendant de Paris. Foullon a été tué à coups de poings et de pieds, à coups de bâton, par la foule qui finit par le pendre à un réverbère avant de lui couper la tête. La mort de Foullon a été particulièrement horrible. Arrêté dans l'Oise par un nommé Rappe, ramené à Paris, un homme s'est jeté sur lui lorsqu'il a fait le signe de croix en franchissant la grille de l'Hôtel de Ville. Foullon a été projeté dans la foule qui s'est mise à le frapper à coups de poings, pieds, bâtons, couteau, avant de le pendre à la lanterne. Mais la corde s'est cassée à deux reprises... C'est au même réverbère que, le 24 octobre 1789, sera pendu, comme affameur du peuple, un certain François, boulanger rue du Marché-Palu (rue de la Cité) dans l'Ile de la Cité, pour avoir fait attendre la foule qui voulait du pain... Les têtes sont ensuite promenées au bout de piques dans Paris. La Fayette, général commandant de la Garde nationale, fera cependant disperser la foule et arrêter l'assassin principal du boulanger ainsi qu'un agitateur, qui devaient être tous deux condamnés par le Châtelet et exécutés le soir même.

De son côté, le bourreau Sanson se plaindra que des amateurs exercent son métier et Camille Desmoulins condamnera, dans son "Discours de la lanterne aux Parisiens", cette justice expéditive.

Après ces événements de l'été 1789, la Grande peur se répand dans les campagnes comme une traînée de poudre. On s'attaque aux châteaux et les nobles commencent à émigrer.

Le 8 février 1790, les frères Agasse sont pendus pour avoir trafiqué des documents royaux. Ils sont accusés de fabrication de fausses actions de la caisse d'escompte et des effets royaux. En première instance, ils ont été condamnés à faire amende honorable devant la Bourse et à être pendus. En appel, le parlement les a dispensés de l'amende honorable... Le bourreau les pendra place de Grève en commençant par le plus jeune. Le soir de l'exécution, un troisième frère est invité à dîner à la table de La Fayette et nommé capitaine dans la Garde nationale. Le général veut montrer que le crime des uns n'atteint pas la famille entière.
Quelques jours plus tard, le marquis Thomas de Favras, lieutenant de la Garde suisse, est pendu pour avoir tenté d'organiser la fuite du roi (v. rue Dussoubs).

Le 25 avril 1792, Nicolas Pelletier est guillotiné. Pelletier n'a pas commis de crime extraordinaire. Il a attaqué un passant à coups de bâton le soir du 14 octobre 1791 rue Bourbon-Villeneuve (d'Aboukir) pour un portefeuille et n'est pas connu comme révolutionnaire. Mais il aura le privilège d'être le premier homme à subir la guillotine. "La machine à couper la tête aux criminels condamnés à mort", dit-on à l'époque, mise au point par le docteur-député Guillotin en 1789 et par son ami le Dr Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie.

Le premier guillotiné pour raison politique sera Louis David Collot d'Angremont, décapité le 21 août 1792 (v. 1er arr, pl du Carrousel).

Ramené place de Grève après cette exécution, l'échafaud servira le 27 août 1792, pour trois faussaires en assignats, Vimal, Guillot et Sauvade. Mais voilà qu'en montrant à la foule la tête de l'un d'eux, un fils du bourreau va tomber de l'échafaud et se tuer.

Le 12 thermidor an II (30 juillet 1794), l'échafaud qui vient de servir pour Robespierre et ses amis est ramené de la Concorde à la place de Grève. C'est là que Jean-Baptiste Carrier, le conventionnel fanatique qui a fait noyer une centaine de prêtres dans la Loire à Nantes, ainsi que des familles entières dont il espérait la fortune, sera guillotiné le 16 décembre 1794 et Fouquier-Tinville en 1795. En mai 1795, l'échafaud repartira à la Concorde. D'avril 1793 à juillet 1795, 2.831 personnes auraient été guillotinées à Paris.

(dessin X, DR)