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Charettes rue Saint Honoré.

354 Rue Saint Honoré Paris

Avant le percement de la rue de Rivoli, la rue Saint-Honoré est le chemin habituel sous la Révolution, pour aller à la mort. La promenade est la première phase du cérémonial de la mise à mort. La plupart des condamnés passent la tête basse, résignés. Mais d'autres, dans un dernier sursaut de fierté, dansent dans la charrette, chantent des chansons spécialement composées pour le trajet :

"Nous sommes menés au trépas

 Par quantité de scélérats,

 C'est ce qui nous désole,

 Mais bientôt le moment viendra

 Où chacun d'eux y passera,

 C'est ce qui nous console…".

 

Seul dans la charrette avec Charlotte Corday en juillet 1793, le bourreau "Sanson ne quitta pas des yeux la jeune fille qui, en provinciale curieuse, regardait défiler sous ses yeux les enseignes des boutiques de la rue Saint-Honoré. Il lui fit observer qu'en s'appuyant aux ridelles elle éviterait les cahots qui la secouaient rudement. Puis, ayant remarqué qu'elle était prise de cette contraction d'angoisse qui dessèche la gorge de tous ceux qu'on mène à la mort et les empêche d'avaler leur salive, il se pencha vers elle et lui dit : *C'est bien long, n'est-ce pas ?* Charlotte sourit et haussa les épaules d'un air d'indifférence" [Georges Lenôtre, La guillotine, Perrin 1927].

Le baron de Frénilly, écrivain, raconte le trajet du 5 avril 1794 :"Au bruit des charrettes, tout le monde courut aux fenêtres (…). Trois charrettes peintes en rouge, attelées de deux chevaux, escortées de cinq ou six gendarmes, traversèrent au pas une foule immense et silencieuse (…). Chaque voiture contenait cinq ou six condamnés. Je ne me rappelle distinctement que la première parce que deux figures me frappèrent de surprise et d'horreur. L'une était celle de Danton, le Pompée de Robespierre, la grande victime du jour. Son énorme tête ronde fixait orgueilleusement la foule stupide, l'impudence était sur son front, et sur ses lèvres un sourire qui grimaçait de rage et d'indignation. L'autre était (…) Hérault de Séchelles, morne, abattu, la honte et le désespoir sur le front qu'il baissait jusqu'à ses genoux, les cheveux noirs, courts  et hérissés, le col décolleté, vêtu à demi d'une mauvaise robe de chambre brune. Il m'apparut soudain tel que je l'avais vu au Parlement, quand il m'y reçut avocat : beau, jeune, élégant…". Vingt-cinq jours plus tôt, Hébert et les Hébertistes étaient passés là. Danton sera exécuté le dernier de son groupe, sur un échafaud déjà inondé de sang par tous ses prédécesseurs, mais sa stature fera de sa mort "un des spectacles les plus réussis de la place de la Révolution" .

"Cet appareil n'annonce pas les mœurs d'une nation éclairée, humaine et libre", dira le journaliste Louis-Marie Prudhomme, en observant la guillotine.

Simon Héron, conventionnel et grand pourvoyeur de la guillotine, demeure 275 rue Saint-Honoré, au 3ème étage. Il dénoncera nombre de "suspects", prendra part à des massacres à Paris et à Versailles, mais réussira à passer au travers des événements de thermidor pour mourir dans son lit en 1796 [24]. A la même adresse, 275 rue Saint-Honoré, est ouvert le café du Saint-Esprit, qui sert de tribune aux amateurs de charrettes que l'on regarde passer, chargées de condamnés à mort.

(dessin X, DR)