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Le départ des charrettes.

4 Boulevard du Palais Paris-1ER-Arrondissement

La Conciergerie (v. quai de l'Horloge), porte ce nom car dans le coin nord-ouest de la Cour du Mai, dans ce qui était jusqu'en 2015 le restaurant du Palais, se trouvait le logement du concierge. Et c'est par là, par la salle du restaurant et par elle seule que l'on accédait à la prison construite dans les jardins du concierge. Ce n'est qu'après la démolition des constructions qui encombraient le quai de l'Horloge, en 1864, que la Conciergerie est devenue accessible par le quai. L'accès par la cour du Mai a été aussitôt muré puisque la règle voulait qu'une maison de détention n'ait jamais deux accès. Sous la Terreur, le concierge de la maison d'arrêt siégeait derrière la porte vitrée. Il fallait descendre les quelques marches qui menaient à la courette, en passant les grilles, puis entrer par la porte d'en face. Les gardes occupaient le local situé sous l'escalier monumental. Jusqu'au 11 septembre 1793, ce concierge se nommait Richard. Puis Bault. En 1796, la femme de Richard qui avait repris ses fonctions, fut égorgée par un prisonnier condamné à 20 ans de fers.

A l'époque, dans la partie sud de la salle de restaurant (à gauche en entrant), se trouvait le greffe avec des préposés aux écritures qui recevaient les condamnés. L'abbé Lambert et l'abbé Lothringer causaient là avec les gendarmes. Après chaque fournée de condamnations, Fouquier-Tinville avertissait l'évêque, lui donnait la liste des condamnés et l'évêque informait les deux prêtres (constitutionnels) des préparatifs de l'exécution. Si la journée n'était pas trop avancée, le Tribunal révolutinonaire siégeant de 8h30 à midi et de 14h jusqu'à épuisement du rôle, les exécutions se faisaient le soir même, comme si les coupeurs de têtes avaient eu peur d'un retour de bâton d'une minute à l'autre. Le bourreau Sanson lui, était là depuis le matin, avec ses deux charrettes, et vaquait à ses préparatifs. Compte tenu de l'activité débordante, il lui fallait souvent louer des charrettes supplémentaires.

Cour d'honneur du Palais de justice, c'est donc de cette Cour du Mai que partent les charrettes de condamnés à mort, à destination de l'échafaud. Des milliers de condamnés, dont la reine, seront embarqués dans d'innombrables charrettes, à l'angle nord-ouest de la cour, sortant de la Conciergerie par la salle du futur restaurant. Extirpés de leur prison de la Conciergerie, ils sont dépouillés, volés, déshabillés et tondus dans la pièce qui abrita les cuisines du restaurant. Ils montent ensuite les marches qui mènent à la Cour pour rejoindre leur charrette. Montant dans sa charrette, Malesherbes aurait déclaré, après avoir trébuché :"Fâcheux présage, un Romain, à ma place, serait rentré chez lui".

Il était possible, par le fond de la salle, de rejoindre la cour des femmes.

A la Conciergerie, il y avait aussi des oubliettes, affirme le juge Adolphe Guillot en 1890 [Adolphe Guillot, Les prisons de Paris et les prisonniers, Dentu 1890]. On devait d'ailleurs mettre au jour, au XIXème siècle, sous la tour Bombec, deux puits ou citernes dont le fond se trouvait au niveau de la Seine et dont les parois montraient encore des débris de pointes de fer sur lesquelles devaient se déchirer les corps des gens que l'on y faisait disparaître. Dans les grandes crues, la Seine nettoyait le fond des oubliettes.

La prison de la Conciergerie avait depuis longtemps une réputation épouvantable. Au point que saint Vincent de Paul (1576-1660) s'en était fait ouvrir les portes pour aller visiter les prisonniers, dans des cavernes obscures et infectes, dont quelques uns attendaient depuis longtemps, rongés de vermine. On dit que le prêtre en pleura.

La Conciergerie fut détruite par deux incendies en 1618 et 1776 et Louis XVI y fit apporter des améliorations lors de la seconde reconstruction : Nouvelles infirmeries aérées et spacieuses, lits individuels, séparation des femmes et des hommes, disparition des cachots aveugles, chauffage l'hiver…

(photo CPA, DR)