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"Le collier" rue Vieille du Temple, août 1785.

87 Rue Vieille du Temple Paris

Le 15 août 1785, la foule attend, rue Vieille-du-Temple, la sortie du fiacre du Cardinal de Rohan, convoqué par le roi pour venir s'expliquer sur "l'affaire du collier de la reine". C'est le début d'une affaire d'escroquerie qui, à la veille de la révolution, va contribuer à discréditer fortement la royauté. Sur les conseils de Jeanne de Valois, comtesse de La Motte, une aventurière, et de Cagliostro, le cardinal, soucieux d'être mieux considéré par la reine, a accepté de servir d'intermédiaire pour l'achat d'un collier. En réalité, le cardinal est abusé et il achète pour 1,6 million de livres, le 1er février 1785, un collier de diamants aux joailliers Boëhmer et Bassange. Ces joailliers en étaient bien embarrassés car ils l'avaient composé dans l'espoir que Louis XV l'achèterait pour l'offrir à la Du Barry. La cour d'Espagne n'en avait pas voulu et Marie-Antoinette, apprenant le prix du collier, avait refusé que le roi l'achète. Le cardinal acquiert donc le collier sur les conseils de la comtesse Jeanne de La Motte et le dépose le jour même chez la comtesse, où la reine doit le faire prendre. Il pense le remettre à un valet de la reine, mais il le remet en réalité à Retaux, l'amant de Jeanne de La Motte, qui le revend aussitôt au détail. Jeanne de La Motte prétend que la reine veut ce bijoux mais qu'elle le paiera en plusieurs termes et que ne voulant pas apparaître, elle, Jeanne de La Motte, servira d'intermédiaire. Elle remettra l'argent au cardinal en temps utile. Le cardinal ne pouvant pas payer les 400.000 livres de la première échéance, le 1er août, le joaillier Boehmer se rend à Versailles où il apprend que la reine n'est pas mêlée à l'affaire et qu'il s'agit d'une escroquerie. Bassenge va s'expliquer très vivement avec le cardinal. Convoqué par la reine, Bohmer lui déclare toute l'affaire le 9 août. Le 15 août au soir, après son entrevue avec le roi, Rohan couche à la Bastille. Mais il y dispose de deux appartements et trois domestiques, recevant le soir jusqu'à vingt personnes à dîner... L'affaire éclate au grand jour, d'autant que Louis XVI, furieux, a saisi le Parlement de Paris au lieu d'étouffer l'affaire. Le cardinal, défendu par Me Target, sera jugé avec Cagliostro, défendu par Me Thilorier. La grand'chambre du parlement de Paris rend son arrêt après dix-huit heures de délibérations le 31 mai 1786 : "Marc Antoine Nicolas de La Motte est condamné à être battu et fustigé nu de verges, flétri d'un fer chaud en forme de trois lettres GAL sur l'épaule droite, par l'exécuteur de la haute justice ; ce fait, être mené et conduit ès galères du roi, et y être détenu comme forçat à perpétuité. Louis Marc Antoine Rétaux de Villette, banni à perpétuité du royaume. Jeanne de Valois de Saint-Rémy de Luz, femme de Marc Antoine Nicolas de La Motte, à être, ayant la corde au col, battue et fustigée nue de verges, et flétrie d'un fer chaud en forme de la lettre V, sur les deux épaules, par l'exécuteur de la haute justice ; ce fait, menée en la maison de force de l'hôpital de la Salpêtrière, pour y être détenue et renfermée à perpétuité. Marie Nicole Le Guay, dite d'Oliva, est mise hors de cour et de procès. Alexandre de Cagliostro et Louis René Edouard de Rohan, déchargés des plaintes et accusations contre eux intentées..." M. de La Motte, réfugié à Londres, est jugé par contumace. Mme de La Motte est défendue par Me Doillot. Acquitté, le cardinal de Rohan est encore acclamé par la foule malgré la colère royale. Louis XVI décide alors de dépouiller le cardinal de ses dignités et de tout ce qu'il tenait de la cour. Il l'exile à l'abbaye de la Chaise-Dieu. Le cardinal n'en deviendra que plus populaire et Marie-Antoinette, un peu plus soupçonnée par l'opinion. Cagliostro quittera la France mais sera capturé à Rome et condamné par le Saint-Office à la peine de mort. La peine sera commuée en détention à perpétuité et subie jusqu'à sa mort en 1795. Devant le palais de justice de Paris, le 21 juin, devant une foule qui attend depuis des jours, Mme de La Motte est hissée au matin sur un échafaud dans la cour du Mai (v. palais de justice). Elle se débat comme une forcenée, insulte la reine et ses bourreaux, mais est marquée au fer rouge et transportée inanimée à la Salpêtrière (v. 13è arr, bd de l'Hôpital). M. de La Motte, réfugié en Angleterre comme Rétaux, menacera le roi en 1787 d'inonder l'Europe de pamphlets si sa femme n'était pas relâchée et Mme de La Motte recevra ainsi secrètement les moyens de s'évader, ce qu'elle fera le 5 juin 1787. Elle arrivera à Londres et écrira ses mémoires avant de mourir, jetée par une fenêtre lors d'une orgie par ses compagnons de débauche. La reine restera discréditée par l'affaire, même si elle n'y était pour rien.