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L'affaire des poisons, 1677.

99 Rue Saint-Antoine Paris

Le 21 septembre 1677, un sacristain de l'église des jésuites de la rue Saint-Antoine (l'église Saint-Paul) trouve dans un confessionnal une lettre anonyme de trois pages dans laquelle il est question d'un complot pour empoisonner Louis XIV. Chargé de l'enquête, La Reynie, nommé lieutenant général de la police l'année précédente, va faire preuve de chance. Il arrête rapidement Louis de Vanens, surveillé depuis longtemps par la police. Il a 30 ans et vit de rentes dont il dit ignorer l'origine, par mépris de l'argent. Mais ses valets expliquent qu'il a des relations avec "la Laforêt", qui tient une maison de rendez-vous rue des Lavandières et "la Chapelain", qui demeure au faubourg Saint-Germain. Il voyage aussi beaucoup à Chambéry. Or, c'est à Chambéry qu'est mort empoisonné quatre ans plus tôt le duc de Savoie en revenant d'une chasse avec Vanens...

   Le 15 mai 1678, Robert de La Mirée, seigneur de Cachimont, est arrêté. C'est un ami de Vanens qui prostitue sa femme et ses servantes et qui explique que Vanens est le patron d'une troupe de voleurs, faux monnayeurs, maîtres chanteurs, etc... La bande compte par exemple le fils du procureur général des comptes d'Aix-en-Provence, Chastuel, lequel a fait un enfant à une fille qu'il a ensuite étranglée pour avoir la paix. Il a échappé à la roue grâce à ses relations bien placées.

   Vanens fournit aussi du poison à des femmes qui veulent se défaire de leur mari. Il est compétent dans la France entière. En novembre 1678, ses lieutenants seront tous sous les verrous. Il y a La Grange, Nail et Marie Vigoureux, notamment. Puis, le 12 mars 1679, La Reynie arrête à la sortie de la messe de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, une voyante à la mode, Catherine des Hayes, femme Monvoisin, 33 ans, qu'on appellera "La Voisin". Enfermée à Vincennes, elle parle seulement de potions pour des lavements, puis finit par tout avouer, petit à petit. Elle entretient des informateurs à la cour de Versailles. Et elle avoue s'intéresser à la nécromancie. Elle dit avoir rendu compte à l'archevêché et à la Sorbonne. Mais la police sait tout. Il lui faut donc avouer avoir provoqué des suppositions d'enfants, aidé à des empoisonnements, etc... Elle donne les noms de ses cinq lieutenants : La Dode, La Trianon, et les prêtres Lesage, Mariette et Davot. On arrête aussi nombre de ses clients. Des petites gens et de plus importants : la comtesse du Roure, Mme de Polignac, qui veulent la mort de Mlle de Lavallière. La duchesse de La Ferté, la duchesse de Bouillon, qui aimeraient bien être veuves...

   Le roi, mis au courant, signe le 7 avril 1679 des lettres patentes créant la Chambre ardente, ainsi appelée car elle enverra la plupart des condamnés au bûcher. La Chambre ardente siège dans les locaux de l'Arsenal (v. ci-dessus, bd Morland). De juin à août 1679, le bûcher ne sera pas éteint. Marguerite de Refuge, dénoncée par Davot sous la torture, déclarera avoir accompagné sa maîtresse, Olympe Mancini, duchesse de Soissons, chez la Voisin. Olympe Mancini est une ex-favorite du roi qui, reculant devant le scandale, lui a laissé le temps de s'enfuir. C'est elle qui voulait la mort du roi pour l'avoir délaissée.

   Le maréchal de Luxembourg sera accusé et ses majordomes envoyés aux galères. Marie-Anne de Mancini, duchesse de Bouillon, sera accusée puis envoyée en exil sur ses terres de Gascogne, à Nérac. Et la Voisin sera brûlée vive, le 22 février 1680.

   Elle avait préparé à la demande de Mme de Soissons un poison destiné au roi. Plus de 300 personnes auraient été empoisonnées par cette troupe. Parmi les 226 accusés, une trentaine de personnes furent brûlées, les autres périrent sur la roue, ou pendues, d'autres aux galères.

   "On est forcé de conclure que, dans ce grand procès de poisons, qui dure près de quatre années, qui enveloppe 226 accusés, qui allume tant de bûchers, fait tourner tant de roues, élève tant de potences, il n'est question qu'incidemment des crimes dont se préoccupa si longtemps l'opinion publique. L'objet véritable des recherches de la Commission, ce n'est pas la dangereuse association qui décime et démoralise les familles ; c'est une intrigue criminelle tramée contre la personne du roi, c'est une menace faite à son autorité et à sa vie" [Armand Fouquier, Causes célèbres de tous les peuples, Lebrun 1848-1874].

(dessin X, DR)