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Erreur rue du Pas de la Mule, 1687.

Rue du Pas de la Mule Paris Paris

Le comte François de Montgomery -parfois écrit Mongommery- et Madame demeurent en 1687 au rez-de-chaussée au et premier étage d'un hôtel de la rue Royale (devenue "Petite rue royale" et désormais rue du Pas-de-la-Mule), avec un aumônier et une dizaine de serviteurs. Aux deuxième et troisième étages, habite le sieur Laurent d'Anglade, sa femme et son équipage. Les relations sont bonnes, au point que le comte et sa femme invitent leurs voisins à passer deux jours, du lundi 22 au jeudi 25 septembre, dans leur propriété de Villebouzin, à une trentaine de kilomètres au sud de Paris. Les voisins acceptent, puis refusent. Le comte de Montgomery part donc avec la comtesse, l'aumônier François Gagnard et leurs domestiques, laissant à la maison la demoiselle Formenie, servante de la comtesse, qui règne sur un petit laquais et quatre filles affectées au travail de broderie dans un pavillon de la cour. Revenant plus tôt que prévu, ils trouvent ouvertes des portes du rez-de-chaussée et constatent notamment la disparition de treize sacs de mille livres en argent, onze mille cinq cents livres en or, cent louis d'or, un collier de perles d'une valeur de 4000 livres. Le lieutenant-criminel, le procureur du roi et un commissaire viennent aussitôt constater le vol alors que M. et Mme d'Anglade rentrent ce soir-là à onze heures du soir. On décide de fouiller tous les appartements et après avoir quasiment mis à sac ceux des voisins, on finit par découvrir une partie du butin dans les dépendances du logement du comte de Montgomery, au grenier et dans le logement de domestiques. M. et Mme d'Anglade sont accusés. Lui est enfermé au Châtelet, elle au Fort-l'Evêque (v. 1er arr, quai de la Mégisserie), dans des cachots, avec interdiction de communiquer avec quiconque. Puis, sont incarcérés le laquais du sieur d'Anglade, son cocher et la femme de chambre de Madame. Le 19 janvier 1688, Anglade est condamné à subir la question ordinaire et extraordinaire. Il n'avoue cependant rien. Le 16 février suivant, il est condamné à 9 ans de galères, son épouse est bannie de Paris pour le même temps et tous deux sont condamnés à rembourser le montant du vol. Leurs meubles sont donc vendus à vil prix, selon la vieille tradition judiciaire. Anglade, qui ne s'est pas remis de ses mois de cachot ni de la question, meurt le 4 mars 1689 à son arrivée à Marseille, alors qu'il gagne le bagne de Toulon avec la chaîne des forçats. Mais peu après, des lettres anonymes dénoncent l'aumônier Gagnard et le fils d'un tanneur du Mans, Vincent Belestre. Le lieutenant-criminel enquête à nouveau et constate que le prêtre, comme Belestre, ont effectivement changé de train de vie et nagent dans l'or et l'argent. Le prêtre entretient d'ailleurs une fille, dit-on. Arrêtés, ils seront pendus pendant que la dame d'Anglade obtiendra le 17 juin 1693 la réhabilitation de son mari ainsi que la sienne et la condamnation du comte et de la comtesse de Montgomery à restituer tout ce qu'ils ont reçu de la famille d'Anglade en réparation du vol.

(lire "100 crimes à Paris", Olivier Richou et Michel Martin-Roland, Ed l'Opportun, 2015)

(dessin Cham 1818-1879)