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Cour des Miracles rue Réaumur, 1667.

100 Rue Réaumur Paris

Entre la rue Réaumur et la rue du Caire, à l'emplacement de l'actuelle place du Caire, existait jusqu'en 1667, un terrain vague, un bidonville, dans lequel se rassemblait toute la racaille de Paris depuis deux-cents ans. On y accédait notamment par un passage étroit, à proximité du couvent des Filles-Dieu situé 237 rue Saint-Denis. C'était la "Cour des miracles". Un passage étroit menait à cet endroit boueux, tranquille le jour, mais qui devenait, la nuit, le repaire des prostituées, des voleurs, des trafiquants de toutes sortes. Ces gentils membres ne sortaient de là que pour quelques mauvais coups dans les rues de Paris et la police n'y pénétrait pas.

La Cour des miracles était aussi un repaire de rats et un dépôt d'ordures. Paris comptait onze cours des miracles qui rassemblaient plus de 30.000 personnes, dans des maisons en ruines et des cabanes de boue séchée.

C'était un très grand cul-de-sac puant, boueux, irrégulier, situé dans l'un des quartiers les plus mal bâtis, les plus sales et les plus reculés de Paris, entre la rue Montorgueil, le couvent des Filles-Dieu et la rue Neuve Saint-Sauveur. On aurait dit un autre monde. Pour y entrer, il fallait souvent s'égarer dans de petites rues, vilaines, puantes, détournées. On y entrait notamment par la rue Saint-Sauveur (v. rue Saint-Sauveur). Il fallait descendre une assez longue pente de terre, tortue, raboteuse, inégale, où existaient des maisons de boue à demi enterrées, chancelantes de vieillesse et de pourriture, mais où logeaient néanmoins de nombreux ménages chargés d'une infinité de petits enfants légitimes, naturels et dérobés, écrit le Pr Lebigre, citant Henri Sauval, historien de Paris [Arlette Lebigre, Les dangers de Paris au XVIIème, Albin-Michel 1991].

A l'époque, Paris est fait de petites rues étroites qui ne sont pas éclairées la nuit. Les voleurs, les agresseurs, sortent de là déguisés en infirmes et se trouvent "miraculés" lorsqu'ils y rentrent, puisqu'ils y retirent leurs bandages et retrouvent subitement l'usage de leurs membres.

Certains font enfler une jambe ou un bras en le liant le plus fortement possible avec une bande étroite puis y laissent toute la nuit de la chélidoine, qui a la propriété de couvrir la peau de cloques. Le matin ils les coupent et, comme il en sort de l'eau rousse, ils l'arrêtent avec de la poirée qui la convertit en boue. Après cela, pour rendre ces plaies plus vraies et plus vilaines, ils les entourent de sang de bœuf détrempé avec de la farine…

Ces miraculés sont des paysans chassés de leurs terres par la guerre ou ruinés par les impôts, des vieillards sans ressources, des chômeurs occasionnels ou d'habitude. Ils présentent des ulcères entretenus à l'herbe-aux-gueux.

Pour les bourgeois, cette population qui a aussi sa hiérarchie, son langage, ses lois et ses écoles du crime, est une plaie. A l'école de la Cour des miracles, par exemple, les enfants apprennent à faire les poches sans faire tinter un grelot, sous peine d'être battus.

Lorsqu'en 1665 on assassine Jacques Tardieu, lieutenant criminel de Paris (v. 1er arr, quai des Orfèvres), Colbert décide de confier au lieutenant de général de police (préfet de police) de Paris Nicolas de La Reynie (photo) le soin de faire disparaître la Cour des miracles. La Reynie décide alors de faire éclairer Paris par 6.500 lanternes afin de rendre les rues plus sûres et durant l'été 1667, il chasse, avec une armée de gendarmes, la population de la Cour des miracles. Selon le Guide de Paris mystérieux, le quartier prit alors le nom de "Bonne-Nouvelle" lorsque se répandit la nouvelle de la disparition de la Cour des miracles.

La Cour des Miracles était organisée, selon Henri Sauval, de façon que n'y entre pas qui voulait. Il fallait subir un examen, une sorte de chef-d'œuvre dans l'art de la cambriole. La corporation employait ensuite l'intéressé dans sa spécialité et dans un endroit précis afin que le groupe soit régulièrement réparti dans Paris [Henri Sauval, La chronique scandaleuse de Paris, Daragon éditeur 1910].

Plus grave, à la fin de l'année 1448, on arrêta et on jugea une bande de mendiants et détrousseurs spécialisée dans les rapts d'enfants et leur préparation au métier de mendiants. On crevait les yeux de l'enfant ou on lui coupait une jambe ou un pied et il était ainsi prêt à éveiller la pitié et la charité. Jehan Baril, accusé d'avoir crevé les yeux d'une victime et commis cinq meurtres, Etienne Pierrier, accusé d'avoir enlevé deux enfants, crevé les yeux de l'un et coupé les pieds de l'autre, seront pendus en 1449, avec la femme de Pierrier. Les autres membres de la bande allaient être exécutés plus tard.