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Saint-Barthélémy, août 1572.

109 Rue Saint Honoré Paris

En 1553, alors que Paris est victime d'une épidémie de peste, les cadavres sont entassés rue de l'Arbre-Sec car l'Eglise renâcle à enterrer les gens qui ne lui lèguent rien.

Le 23 août 1572, soir du massacre de la Saint-Barthélemy‚ l'amiral Gaspard de Coligny est blessé à quelques mètres de chez lui, par un tireur embusqué au carrefour actuel de la rue de l'Arbre-Sec et de la future rue de Rivoli. Maurevert aurait agi ainsi sur ordre de la régente Catherine de Médicis. Une statue trône aujourd'hui à proximité de ce lieu, sous les arcades de la rue de Rivoli, face au musée du Louvre. On le transporte chez lui, dans l'hôtel de Ponthieu, rue de Béthisy où, alité, il reçoit les bons soins d'Ambroise Paré. Mais dès le lendemain, jour de la Saint-Barthélemy, l'amiral sera assassiné puis défenestré par les archers du roi Charles IX (photo) commandés par Cossain, accompagnés des sbires du duc de Guise qui prennent d'assaut la maison en massacrant le petit groupe de protestants qui la protège. Quelques instants plus tard, le bourdon de Saint-Germain-l'Auxerrois donnera le signal du massacre (v. rue du Louvre). Les maisons des protestants ont été marquées d'une croix. "Qu'on les tue tous !" a fini par dire le roi après avoir hésité. Le corps de l'amiral est traîné dans Paris, dépecé, jeté à la Seine, repêché, décapité et finalement pendu à Montfaucon (v. 10è arr, pl du colonel-Fabien). Un peu plus à l'ouest, la rue qui longe aujourd'hui la colonnade du Louvre porte le nom de l'amiral. L'amiral de Coligny, demeuré dans les mémoires, n'aura pourtant pas eu un sort particulier. Plus de 3.000 protestants, dont nombre avaient été attirés à Paris par le mariage d'Henri de Navarre avec la sœur du roi Marguerite de Valois, sont assassinés par la foule et les hommes du roi, dans la rue et jusque dans le palais du Louvre, à coups de piques et d'épées, mutilés, traînés dans les rues boueuses jusqu'à la Seine et noyés.

Henri de Navarre lui, est épargné.

L'un des héros de Robert Merle, dans le tome III de "Fortune de France", fait ce récit : De ces yeux que voilà, j'ai vu hier la commune brûler vif Spire Niquet, le relieur des Bibles de Genève, lesquelles Bibles on crama en tas au mitan de la rue Judas, et dessus le Niquet, qu'on y maintenait par des piques à rôtir dans les flammes. Vous l'eussiez ouï hucher de Notre-Dame au Louvre !

   - Bon, ça ! dit l'oublieux, y mourut-il à la parfin ?

   - Que non point ! On le jeta à l'eau à demi péri pour qu'il tâtât des deux tourments !

   Sur quoi les deux compères s'esbouffèrent...

(Sur la Saint-Barthélemy‚ v. aussi rue de Rivoli , palais du Louvre, rue de la Verrerie et 7è arr, quai d'Orsay).

   Ainsi, écrit encore Robert Merle, allait le train du monde en ces sinistres heures. Il était loisible à tout un chacun d'égorger son hérétique, qui pour avoir sa place, qui pour hériter de lui, qui pour se revancher d'une offense, qui pour gagner son procès. Ainsi le célèbre Bussy d'Amboise qui plaidait interminablement avec le huguenot Antoine de Clermont, son cousin, au sujet du marquisat de Renel qu'il lui disputait, le rechercha dès l'aube du 24 et l'ayant encontré qui se mettait à la fuite, abrégea la procédure en le poignardant.

Le 26 septembre 1587, Pierre Raganel, sieur de Chantepie, dit de Saint-Séverin, rompu vif place de Grève, est pendu à la Croix-du-Trahoir. Ce familier du marquis d'Allègre, prétendant avoir été offensé par celui-ci, lui a envoyé un colis piété. Il a fabriqué un coffret de cuivre d'un pied et demi de large dans lequel il avait installé 36 canons chargés de trois balles chacun. Le tir devait se déclencher à l'ouverture de la boite envoyée sous le nom de Mlle Coupigny. Mais le marquis n'a été que blessé. Interrogé, le coursier a dénoncé son commanditaire et Raganel, inventeur de l'ancêtre des orgues de Staline ou de la machine infernale de Fieschi (v. 117 arr, bd du Temple), est exécuté. Son corps sera ensuite brûlé à la Croix du Trahoir, à la jonction des rues Saint-Honoré et de l'Arbre-Sec, où se déroulent des exécutions capitales au XVIIIème.

Un matin de 1650, en pleine Fronde, on trouve l'effigie de Mazarin pendue à la potence de la Croix du Trahoir, avec une inscription mentionnant "la liste de ses crimes" et sa condamnation. Le peuple s'en amuse beaucoup et manque d'assommer le policier dépêché pour décrocher le portrait.