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Cartouche rue du Pont aux Choux, 1721.

9 Rue du Pont aux Choux Paris

Louis-Dominique Bourguignon, dit Cartouche (1693-1721), est né dans la maison du 9 rue du Pont-aux-Choux, où son père exerçait la profession de marchand de vins. L'historien Armand Fouquier explique au contraire que le père n'était pas marchand de vins mais pauvre tonnelier qui nourrissait difficilement une famille de quatre enfants. Louis-Dominique, à force de traîner dans Paris, allait être "enlevé" par des Bohémiens qui devaient faire de lui un voleur professionnel. En réalité, c'était lui qui faisait l'école buissonnière et suivait la troupe. Il devint avec le temps le chef d'une bande qui écumait le quartier Saint-Germain par des opérations soigneusement préparées et terrorisait Paris. Il attaquait les bourgeois la nuit en commençant par un coup de bâton sur la nuque qui lui assurait le silence du patient durant quelques minutes. Son autre terrain favori était le quartier de la rue Quincampoix. Il réglementait sa bande, imposait des surnoms et un langage codé qui mettaient la police dans l'embarras. Il utilisait aussi une technique imparable: Chacun de ses lieutenants n'était en rapport qu'avec lui. Il avait pour son service des bijoutiers receleurs, des armuriers, des orfèvres qui maquillaient les bijoux volés, des médecins pour soigner ses amis. Cartouche se trouvait aussi à la tête d'une troupe de femmes dirigée par la Grande Jeanneton, ou Jeanneton-Vénus. Surnoms de Marie-Jeanne Roger qui allait être arrêtée pour une affaire de vol de chevaux, fouettée et marquée. On dit qu'entre deux meurtres, Cartouche participa au cambriolage, rue des Petits-Augustins, de l'hôtel de Nicolas Desmarets, neveu du Grand Colbert et contrôleur général sous Louis XIV, qui venait de mourir. Le vol aurait eu lieu le 11 juin 1721, un mois après la mort du propriétaire. Mais une armée d'archers, prévenus, aurait livré bataille aux voleurs, au corps-à-corps dans les salons pendant que Cartouche se serait enfui par une cheminée. Fouquier ne croit pas à la véracité de cette histoire. Dénoncé, Cartouche était arrêté le 14 octobre 1721. On manifesta contre cette arrestation, on alla le voir en prison. Enfermé au Châtelet, les fers aux pieds et aux poignets, il réussit tout de même à s'évader en creusant le sol de sa cellule avec son codétenu car il avait remarqué que le sol sonnait creux. Il avait vu juste en pensant qu'un égout passait dessous, vers la Seine. Les deux évadés furent seulement arrêtés par un roquet en surgissant dans la boutique d'un fruitier voisin qui se mit à crier "au voleur". Repris, Cartouche ne s'évada plus. Il fut exécuté le 28 novembre 1721, roué vif place de Grève après la question ordinaire et extraordinaire appliquée avec les brodequins. A la vue de l'échafaud, il aurait déclaré "Voilà un vilain aspect !" Par vengeance, il dénonça tous ses complices qui furent arrêtés aussitôt, au fur et à mesure qu'il les énumérait. On jugea ainsi 366 personnes. L'arrêt du 26 novembre 1721 condamnait Cartouche, en énumérant tous ses pseudonymes, "à avoir les jambes, cuisses, bras et reins rompus vifs sur un échafaud qui, pour cet effet, sera dressé en la place de Grève de cette ville de Paris". Cela fait, il serait exposé jusqu'à ce que mort s'en suive. Le même sort devait être appliqué à quelques uns de ses complices qui, comme lui, devaient subir avant tout la question. Cartouche avait subi tout cela dès le lendemain, 27 novembre, alors que ses camarades allaient attendre jusqu'au 2 décembre. Le 24 juillet 1722, on pendait la Grande Jeanneton, qui n'avait que 25 ans et, soumise aux brodequins, avait donné à son tour 52 noms. Le 31 juillet 1722, on pendit sous les aisselles le frère de Cartouche âgé de 16 ans. La sentence disait que cela devait durer deux heures, mais on dut le détacher avant. Il en mourut tout de même. Cartouche n'aura pas connu Louis-Dominique Mandrin (1724-1755) qui allait organiser une bande en Savoie pour tuer les agents du fisc, et que l'on devra exécuter à Valence en toute hâte, tant il était populaire.

(dessin X)