Retour à la liste

Le lieutenant criminel assassiné, août 1665.

34 Quai des Orfèvres Paris

Au 34 quai des Orfèvres, à l'endroit où se rétrécit le quai des Orfèvres, au pied de la tour carrée du palais de justice, une grille sert aujourd'hui d'entrée pour les fourgons cellulaires. A l'emplacement de cette grille débouchait autrefois une impasse qui reliait la cour de la Sainte-Chapelle et qui était appelée "rue de Jérusalem". C'est au fond de cette rue que demeurait le Premier président du Parlement de Paris. Mais son hôtel fut ensuite transformé en bureaux de la préfecture de police, avant de disparaître.

Le 24 août 1665, le lieutenant criminel du Châtelet, le plus haut magistrat de Paris en matière pénale, Jacques Tardieu, est assassiné avec sa femme Marie, en plein jour, dans l'entrée de leur hôtel particulier du quai des Orfèvres : Nous sommes le jour anniversaire de la Saint-Barthélemy et la foule est énorme, entre le pont Saint-Michel et le Pont au Change. La nouvelle cependant se répand vite. L'assassinat du lieutenant criminel et de sa femme plonge subitement la foule dans un profond silence. En même temps, un mouvement général précipite chacun devant l'une des plus belles demeures du quai des Orfèvres. René et François Touchet, deux frères originaires de Niafles (Mayenne), bons chrétiens et d'une famille instruite, vont y être arrêtés. Ils n'ont pas eu le temps de s'enfuir. L'un est un ancien clerc d'avocat et ils sont "montés à Paris", ont mené la belle vie, ont épuisé toutes leurs ressources sans trouver d'emploi, ont vendu leurs vêtements, et sont cousus de dettes. Après deux attaques de passants menées en juin sur le quai d'en face, ils viennent d'attaquer Tardieu. Ils se sont fait ouvrir la porte par Marie Tardieu à laquelle ils ont demandé un prêt de "50 pistoles". Mais il était évident qu'elle refuserait tant la réputation d'avarice du couple qui vit, malgré ses moyens, sans valet, était grande. Mme Tardieu en effet refuse. François la menace. Elle hurle. Un coup de feu la tue d'une balle dans la tête. Son mari se précipite alors et se trouve transpercé par l'épée de François. Mais dehors, la foule a été alertée par le coup de feu et les cris. Les frères Touchet ne peuvent pas s'échapper car un système de serrure élaboré interdit d'ouvrir la porte de l'intérieur aussi. René se cache à la cave, François sur le toit. Mauvais choix car on l'y aperçoit. Plusieurs hommes, passant par la maison voisine, ramèneront les deux suspects qui seront rapidement enfermés au Châtelet. La justice sera rapide mais l'instruction néanmoins complète. Le 27 août, condamnés le matin-même à être rompus vifs, les deux frères subiront le supplice de la roue au pied de la statue d'Henri IV, sur le Pont-Neuf, à quelques mètres de la maison Tardieu. Etendus face au ciel, attachés chacun sur leur roue, bras et jambes en croix, ils recevront sur les membres la masse du bourreau qui leur brisera chaque membre puis seront laissés là jusqu'à ce que mort s'en suive. Mais la mort pouvant se faire attendre des heures, le bourreau les aurait finalement étranglés dans la soirée.

(dessin X, DR)