Retour à la liste

Au Palais de justice

4 Boulevard du Palais Paris-1ER-Arrondissement

Le 14 juin 1559, Henri II (1519-1547-1559), mécontent de l'indulgence du Parlement envers les huguenots, se présente devant cette assemblée en personne pour se plaindre du peu de concours qu'elle lui apporte. Mais comme plusieurs magistrats, dont Henri du Faur et Anne de Bourg, nullement intimidés par cette intrusion du pouvoir dans la justice manifestent leurs sympathies pour les protestants et critiquent "les adultères et les débauches", visant directement le roi, ce dernier exige leur arrestation immédiate [6]. Robert Merle donne, dans le tome I de "Fortune de France", un récit de cette séance du Parlement de Paris :"Le Parlement de Paris était réuni depuis la fin avril (1559) pour arrêter son attitude à l'égard des protestants que d'aucuns dans son sein entendaient protéger contre les persécutions, les uns parce qu'ayant à cœur l'indépendance du royaume, ils étaient hostiles à l'influence du Pape et de l'Espagne, et les autres parce qu'ils étaient eux-mêmes gagnés à la Réforme. Le 10 juin, le Roi entra dans la salle où siégeait la Cour et ordonna que la délibération se poursuivit en sa présence. Les conseillers ne se laissèrent pas intimider. Viole et Du Faur demandèrent qu'on suspendît les poursuites contre les réformés et qu'on réunît un concile. Anne de Bourg, s'élevant contre les supplices, s'écria :"Ce n'est pas chose de petite conséquence que de condamner ceux qui, au milieu des flammes, invoquent le nom de Jésus Christ". Henri II était peu accessible aux idées, et encore moins aux idées nouvelles. Il écouta avec stupeur les orateurs et, se levant brusquement, il ordonna leur arrestation. C'était là non seulement un coup d'Etat sans précédent dans l'histoire du Parlement, mais la preuve aussi que désormais on n'épargnerait personne, quelle que fut sa dignité ou sa qualité. En ruinant de ses mains l'autorité d'un grand corps, le Roi enterrait la légalité du royaume et prenait la tête de l'Inquisition".

Cependant, Henri II sera mortellement blessé le 30 juin dans un tournoi (v. 4ème arr, rue Saint-Antoine) et mourra le 10 juillet. Les Guise règnent alors en fait pendant que François II (1544-1559-1560) règne en droit, et ils persécutent les protestants pour  asseoir leur pouvoir sur les catholiques tout puissants. Ils ordonnent donc que le procès des magistrats récalcitrants ait lieu rapidement pour intimider les protestants. On les fait donc comparaître en décembre. Mais voilà qu'à sa sortie de l'audience du 12 décembre 1559, le président Antoine Minard est assassiné d'un coup de pistolet. Catholique, il était un violent ennemi d'Anne du Bourg. En une traînée de poudre, le peuple est révolté, les portes de Paris fermées pour attraper le tueur alors que le Parlement se hâte d'en finir avec les magistrats protestants. Anne de Bourg persiste à s'avouer protestant. Ses collègues l'auraient bien sauvé mais ces aveux les en empêchent. Ils ne peuvent dès lors que lui faire la grâce d'être étranglé avant d'être brûlé. L'exécution a lieu le 23 décembre 1559 sur la place de Grève (v. 4è arr, pl de l'Hôtal-de-Ville). Les autres magistrats accusés, reniant prudemment leurs croyances, ne seront que faiblement condamnés. Quant au meurtre du président Minard, la justice n'aboutira jamais. On a bien arrêté un Ecossais nommé Robert Stuart, mais ce dernier n'avouera jamais rien malgré les tortures de la question et il faudra bien le relâcher. Il sera enfin expulsé après un long séjour en prison.

Le 16 janvier 1589, alors que se terminent les Etats-Généraux de Blois où Henri Ier de Lorraine, troisième duc de Guise, vient d'être assassiné le 23 décembre, une trentaine de miliciens aux ordres des Seize, qui gouvernent Paris de fait, commandés par Bussi-Leclerc, se présentent dans la cour du palais de justice et sous la menace des armes et font irruption dans la Grand-chambre du parlement qui siège, toutes chambres réunies. Bussi-Leclerc, ancien directeur de la Bastille, ordonne au premier président Achille de Harlay comme aux présidents et autres conseillers de le suivre. Les magistrats protestent mais s'exécutent sous la menace. Et au lieu de les conduire à l'Hôtel de Ville comme promis, on les conduit sous les quolibets jusqu'à la Bastille. Les Seize se désolidariseront de cette initiative.

Le mercredi 7 mars 1618, un incendie détruit une grande partie du palais de justice. La grand'chambre du parlement sera sauvée par les charpentiers qui se sont précipités sur les toits pour scier la toiture et barrer le chemin du feu. Il a pris dans la grande salle du palais et progresse très rapidement. "Les uns disent par l'imprudence d'une servante, les autres prétendent par l'ordre de Marie de Médicis qui voulait à tout prix anéantir la procédure de Ravaillac. Quoi qu'il en soit, le feu fit des progrès si rapides et l'embrasement fut si grand, qu'en très peu de temps, la 1ère chambre des enquêtes, la chambre des requêtes de l'hôtel, la chambre du trésor, le greffe, le parquet des huissiers et la voûte de la Grand'salle, furent entièrement brûlés. Les statues des rois, depuis Pharamond jusqu'à François 1er tombèrent calcinées par l'élément destructeur ; le grand cerf de bronze fut liquéfié…" Plus de 150 registres du Parlement sont brûlés, ainsi que nombre de sacs de procédures criminelles, mais les sacs qui contenaient les interrogatoires de Ravaillac seront tous sauvés.

Des voleurs profiteront de l'incendie pour s'emparer de six des douze gobelets d'argent ciselés à l'effigie des rois et reines de France, laissés à la Première présidence par le premier président Adam de Cambray en 1456. Les six autres seront volés et fondus par les émeutiers de 1789.

Le 10 janvier 1776 un nouvel incendie détruit la reconstruction réalisée entre 1618 et 1622 par l'architecte Jacques Desbrosses. Un autre encore détruira une grande partie du palais sous la Commune, en mai 1871.