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Les Halles patibulaires du Moyen Âge

10 Rue Pierre Lescot Paris

D'innombrables condamnés ont eu, depuis les origines de Paris, à subir leur peine dans le quartier des Halles, principal lieu d'exécution des jugements, en concurrence avec la place de Grève.

( v. la justice aux Halles )

Au début de l'année 1320, l'épouse d'un meurtrier condamné à mort s'en allait trouver le prévôt Capetal pour sauver son mari. Après maintes suppliques, le prévôt qui venait d'affirmer et de répéter qu'il ne pouvait rien, trouva un moyen : Il allait faire exécuter la sentence la nuit, sur l'échafaud des Halles, ce qui permettrait d'exécuter discrètement un autre à la place du meurtrier. Mais cela coûterait très cher… La femme ayant affirmé qu'elle paierait le prix qu'on voudrait, le prévôt s'en alla trouver dans son cachot un jeune homme, arrêté pour avoir tracé sur la porte du prévôt des emblèmes qui déplaisaient. Capetal lui promit qu'il sortirait le lendemain mais qu'il ne devait en souffler mot à quiconque. L'autre en fut tout surpris. L'assassin, dans le même temps, était libéré discrètement. Mais voilà que la libération du jeune homme le lendemain prit une drôle de tournure. On le promena la tête dans une cagoule et on le pendit à la potence des Halles. La femme du meurtrier sauvé versa 30.000 écus de dédommagement "pour sa famille". Naturellement, l'affaire fut ébruitée et Capetal pendu haut et court, aux Halles également, selon un arrêt très régulier du Parlement de Paris.

En 1332, Philippe VI de Valois, choisi comme roi en 1328 après le décès sans héritier mâle de son cousin Charles IV, fait brusquement arrêter, exposer au pilori des halles et décapiter à cet endroit les chevaliers bretons, dont Olivier de Clisson, qui sont venus à son invitation comme de nombreux invités, célébrer le mariage de sa fille Marie avec le fils du duc de Brabant. Il leur reproche d'avoir pris parti, à la mort de Jean III, dans la guerre de succession de Bretagne, pour le comte de Montfort, frère du défunt, et pour la comtesse de Montfort, surnommée "Jeanne la Flamande",  contre le comte de Blois, Charles de Blois, et la comtesse de Blois, "Jeanne la Boiteuse". Le comte de Blois fut tué et la comtesse renonça au duché en faveur des Montfort. Le prétexte de ces mises à mort était d'avoir fait alliance avec le roi d'Angleterre. Le lendemain de ces exécutions, le roi fait encore enlever en Bretagne Henry de Malestroict, frère de l'un des suppliciés, lequel était diacre, le fait conduire à Paris en tombereau, où il est exposé sur une échelle et lapidé. Il meurt trois jours plus tard.

Hugues de Cruisy, prévôt de Paris, accusé de concussion, est pendu en 1336 à la potence des Halles, selon Hillairet. Mais Gourdon de Genouillac situe pour sa part cet événement à l'année 1328, dans la cour de l'Hôtel de Nesle (approximativement à l'emplacement de l'Hôtel des Monnaies).

En 1378, des bruits de trahison circulèrent dans Paris et l'on accusa Jacques de Rue et Pierre du Tertré,  respectivement chambellan et secrétaire du roi de Navarre Charles II le Mauvais. Ils avouèrent les liens entre Charles de Navarre et les Anglais et furent condamnés par le parlement à être décapités aux Halles. Leurs corps furent ensuite écartelés et pendus par morceaux aux gibets.

En mars 1381, Charles VI imposa un nouvel impôt indirect sur les denrées alimentaires. Les percepteurs se présentèrent aux halles et le premier exigea la taxe du douzième sur la vente d'une botte de cresson à laquelle il venait d'assister. Un attroupement se forma, on le frappa, on le jeta à terre. Une foule se rendit à l'Hôtel de Ville où les collecteurs royaux furent assommés, leurs bureaux démolis. On se servit pour cela de maillets de plomb, entassés par l'autorité pour se défendre d'une éventuelle invasion anglaise, que l'on trouva en enfonçant la porte de l'Hôtel de Ville. D'où le nom de la révolte des Maillotins. Les Maillotins massacreront les percepteurs, saccageront l’évêché et libéreront les prisonniers du Châtelet, dont l'ancien prévôt des marchands Aubriot. Aubriot fut proclamé chef des Maillotins, mais s’éclipsa et disparut de Paris. Devant la menace des troupes royales stationnées à Meaux, qui se rapprochaient de Paris, les Maillotins négocièrent. Mais leur chef fut exécuté et nombre d'entre eux furent cousus dans des sacs puis jetés à l'eau, la nuit, parce qu'on n'osait pas les attacher publiquement au gibet. La nouvelle taxe fut cependant supprimée. Le duc de Bourgogne, frère de Charles V, vint au secours du roi devant cette révolte et, avec le duc de Berri, fit pendre 300 habitants dont on confisqua les biens. Paris était terrorisé. Nombre de "séditieux" furent décapités aux Halles et les armures saisies portées au Louvre. Les exécutions durèrent plus d'un mois. L'avocat général Jean Desmarets fut lui-même exécuté.

Desmarets, vieil homme qui avait occupé de hautes fonctions durant les trois règnes précédents, se vit reprocher d'être resté à Paris pendant les troubles des Maillotins, en 1382, et condamné à mort. Il fut pendu aux Halles le 27 janvier 1383. Plusieurs dizaines de bourgeois connurent ce sort et furent ensuite jetés dans la Seine.

Lorsque le roi mit fin aux exécutions, la population terrorisée se laissa accabler d'impôts. Le roi exigea notamment de la ville le paiement d'une amende de 400.000 écus d'or.

Le 7 juillet 1390, Gillette Large, accusée du vol de cuillers chez son maître Jehan de Maulmes, est condamnée à être exposée au pilori, à avoir l'oreille droite coupée et à être bannie de Paris sous peine d'être enterrée vivante.

Le 7 septembre 1390, Regnault de Poilly est décapité et pendu pour avoir empoisonné des puits et fontaines.

Le 21 septembre, Jehan de La Ramée est pendu pour meurtre.
Le 3 octobre, Jehan Joye est bouilli dans une marmite pour avoir fabriqué de la fausse monnaie.
Le 6, Berthault Lestalon a l'oreille droite coupée pour avoir volé "pour la première fois" .

Ce ne sont que quelques exemples d'exécutions quasi-quotidiennes.

En 1391, on emprisonne au Châtelet Adam Charretier qui déclare être pâtissier, devenu souteneur il y a 23 ans. Il explique surtout que depuis 5 ans, il vole constamment des bourses aux Halles, et avoue en avoir volé environ cinquante. Charretier finira probablement pendu…

L'année suivante, un ménestrel vieux et pauvre, que son âge empêchait de gagner sa vie à Paris, était allé jouer en Normandie mais, de retour à Paris, il se fit surprendre en possession des plats d'étain volés dans diverses maisons. Torturé, il fut déclaré voleur d'habitude, jugé, condamné et pendu dans la journée.

Quelques jours après la tentative d'assassinat d'Olivier de Clisson en juin 1392 ( v. 4è arr, rue Sainte-Catherine), les sergents du roi arrêtèrent à trente kilomètres de Paris deux écuyers de Pierre de Craon. On leur coupa le poing et on leur trancha la tête aux halles avant de pendre leurs corps au gibet de Montfaucon. Le concierge de l'hôtel de Craon fut lui aussi exécuté. C'est en allant régler cette affaire au Mans, en voulant déclarer la guerre au duc de Bretagne qui refusait de livrer Craon, que Charles VI, tombant de cheval dans une forêt de la Sarthe, devint fou ( v. 1er arr, palais du Louvre).

Au pouvoir avec la reine Isabeau de Bavière, Jean sans Peur, duc de Bourgogne,  persécute les amis des Orléans alliés aux Armagnacs ( v. 4è arr, rue Vieille-du-Temple). Le sire Jean de Montaigu, l'un des plus habiles ministres de Charles V, ministre des Finances depuis une vingtaine d'années, est ainsi arrêté, accusé de sorcellerie ou autres fantaisies, accusé d'avoir profité de ses fonctions de surintendant des Finances pour se servir personnellement, toutes choses qu'il avoue sous d'horribles tortures. Le duc de Bourgogne lui fait avouer aussi qu'il est à l'origine de la démence de Charles VI, pour aider le duc d'Orléans à prendre le pouvoir. Il est exécuté aux Halles le 17 octobre 1409 mais rétracte ses aveux sur l'échafaud. On lui tranche cependant la tête pour pendre son cadavre à Montfaucon et confisquer ses biens. Cette mort sera le signal d'autres exactions. Jean sans Peur empoche le produit de ses vols et la reine Isabeau de Bavière accepte tout contre de l'argent. Les Armagnacs, pendant la guerre civile, se reconnaissent  en portant une croix blanche à angles droits.  Ils sont assistés de mercenaires allemands, lorrains et gascons qui répandent le meurtre et l'incendie. Les Bourguignons portent une croix de Saint-André oblique et rouge. Ils ont engagé et armé des garçons bouchers, placés sous les ordres de Simon Lecoustellier, dit Simon Caboche, écorcheur à la boucherie de l'Hôtel-Dieu. Cette bande égorge tous les Armagnacs et ceux qu'elle a intérêt à considérer comme tels. En 1411-1412, le bourreau décapite quotidiennement aux Halles, dans des scènes sanglantes épouvantables. En août 1413, les Armagnacs vont gagner la guerre. On exécute alors nombre de partisans des Bourguignons, chaque jour. Puis, la guerre relancée, les Bourguignons vont reprendre le dessus. Henri V d'Angleterre en profite pour débarquer en France et battre les Armagnacs, le 25 octobre 1415 à Azincourt, faire prisonnier le maréchal Boucicaut et Charles, duc d'Orléans. Les Bourguignons alors, tentent de mettre sur pied un plan pour faire assassiner tous les partisans des Armagnacs, le roi et la reine. Mais le comte d'Armagnac, averti, rentre à Paris et fait décapiter ou noyer, cousus dans des sacs, tous les membres du complot, récupère les armes des Parisiens, en majorité pro-Bourguignons. On coud en général dans des sacs pour les jeter dans la Seine les criminels qu'on ose faire juger de peur d'un scandale ou ceux contre lesquels on manque de preuves. En décembre 1415, dans la panique qui suit la défaite d'Azincourt contre l'envahisseur anglais, on arrête un pâtissier, Robin Gopil, qui correspond avec le duc de Bourgogne et travaille à lui faire ouvrir les portes de Paris alors qu'il demande à entrer à la tête de 3.000 hommes. Le pâtissier sera décapité aux Halles.
Finalement, la situation se renverse encore et le duc de Bourgogne gagne la guerre. Ses partisans, le 12 juin 1417, se rendent dans toutes les prisons de Paris, au Palais, à Saint-Martin-des-Champs, au Châtelet, au Temple, tuent les geôliers comme les prisonniers. Parmi les 1600 à 2000 victimes de ce massacre, il y a le comte d'Armagnac. Mais ce massacre va provoquer une épidémie qui décimera une grande partie de la population. Un nouveau massacre aura lieu le 21 août 1418, dirigé par le bourreau Capeluche, avec les bouchers, avec Caboche, qui estiment qu'on n'a pas tué tous les Armagnacs (v. palais de justice). Quatre cents personnes seront encore tuées. Si les Bourguignons sont enterrés chrétiennement, les Armagnacs sont entassés sur des charrettes et jetés dans les champs des environs. Cette fois, le duc de Bourgogne va remettre de l'ordre. On invite les Parisiens à aller participer au siège de Monthléry, toujours aux mains des Armagnacs. Sept-mille Parisiens sortent ainsi de la ville les armes à la main et le duc de Bourgogne en profite pour faire exécuter les meneurs. Le 26 août 1418, Caboche et Capeluche ont le poing coupé place de Grève par le propre valet du bourreau Capeluche avant d'être décapités et pendus au gibet pendant qu'on ferme la porte au nez de ceux de Monthléry. L'année suivante, l'assassinat de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, à Montereau (Yonne), provoque une révolte sanglante dans Paris. Au milieu de tous ces événements, Henri V, roi d'Angleterre, vainqueur d'Azincourt (1415), nommé régent de France par Charles VI le Fou qui déshérite le dauphin Charles VII, prend possession de Paris et des forteresses de Paris à la fin de l'année 1420, dont la Bastille.

Pendant l'hiver 1429-1430, devant la cherté de la vie, de nombreux Parisiens quittèrent la ville en feignant d'aller chercher du travail mais formèrent en réalité des bandes de brigands. Le prévôt de Paris organisa une battue pour les retrouver et en fit arrêter près d'une centaine. Le 2 janvier 1430, douze furent pendus, et une semaine plus tard, dix autres étaient décapités sur l'échafaud des Halles.

Un complot destiné à faire entrer Charles VII dans Paris est découvert par les Anglais aux environs du jour de Pâques 1430. Les comploteurs sont aussitôt torturés et exécutés. Deux procureurs au Châtelet, un tailleur et un boulanger sont décapités aux Halles le dimanche de Pâques. Jehan de La Chapelle et Jehan Le François sont écartelés selon une sentence du Parlement, vendu aux Anglais.

Le duc de Nemours, accusé d'un complot contre le roi Louis XI, était exécuté aux Halles en 1477, conduit au supplice sur un cheval couvert d'une housse noire. On tendit de noir la chambre de sa confession, on dressa un échafaud neuf et lorsque le bourreau donna le coup de hache, on vit couler beaucoup de larmes parmi le peuple témoin de ce supplice.

Charles VIII (1470-1483-1498) tout juste devenu roi, fit arrêter en 1484 un des favoris de son père, Jean de Doyat, auquel on coupa une oreille aux Halles avant de lui percer la langue d'un fer chaud. Après quoi il fut remis à son ancien maître, Jean II, duc de Bourbon, qu'il avait trahi, lequel le fit conduire en Auvergne où on lui coupa la seconde oreille avant de le fouetter. Il fut réhabilité plus tard mais ne retrouva pas ses oreilles... Le jeune roi avait déjà fait exécuter à Montfaucon ( v. 10è arr, pl du colonel-Fabien) Olivier Le Dain, autre favori de son père.

v. suite : Justice aux Halles, sous l'Ancien Régime