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La prison du Fort-l'Evêque, 1222-1783

16 Quai de la Mégisserie Paris

Sur le quai de la Mégisserie, entre la rue des Bourdonnais et la rue Bertin-Poirée, s'élève, de 1222 à 1783 la prison du Fort-l'Evêque. Une petite prison de 15 mètres sur 20 au sol, avec une minuscule cour de dix mètres sur six dont l'entrée principale est en réalité à l'emplacement de l'actuel N° 19 de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, et qui communique par un souterrain avec l'église. La justice de l'Evêque s'est exercée là à partir de 1222, à la suite de l'accord entre Philippe-Auguste et l'évêque de Paris, Guillaume de Seignelay (v. 1er arr, à la Croix -tu-Trahoir), qu'il s'agisse d'une justice fiscale, pour la perception des droits épiscopaux, ou criminelle, pour ceux qui en relevaient.

Jusqu'en 1674, elle est prison d'Eglise. Le prévôt de Paris Hugues Aubriot y sera notamment enfermé en 1381 pour avoir secouru les Juifs accusés d’hérésie (v. 4è arr, parvis de Notre-Dame). Puis, Louis XIV faisant disparaître les juridictions particulières, elle deviendra une prison royale. On comptera, selon Jacques Hillairet, jusqu'à 500 détenus dans ce petit bâtiment, dont l'étage est le logement du concierge. Mais les conditions de détention n'y sont pas forcément dures. On peut ainsi recevoir très librement des visiteurs. Le concierge fait payer cher aux prisonniers le logement et la nourriture, mais en contrepartie, il assume les risques de devoir payer leurs dettes à leur place s'ils s'évadent. Cependant, en 1751, les prisonniers se révoltent pour avoir du pain blanc et, le 6 décembre 1751, la mutinerie est réprimée dans le sang. Deux femmes sont tuées et quatre hommes blessés. L'affaire scandalise Paris, d'autant que les révoltés, qui s'étaient rendus maîtres des geôliers, protestaient contre la mauvaise qualité du pain et sa trop faible quantité.

Le Marquis de Montespan est enfermé au Fort-l'Evêque par Louis XIV pour avoir réclamé sa femme au roi. Cartouche, y sera emprisonné avant de finir à quelques pas de là, place de Grève (v. 4è arr, pl de l'Hôtel-de-Ville) en 1721. Beaumarchais y sera enfermé trois mois en 1773 pour s'être battu avec le duc de Chaulnes. Le Fort-l'Evêque est alors une prison pour artistes, pour intellectuels, pour chanteurs d'opéra et danseurs, internés pour des raisons souvent sans rapport avec leur activité.

Selon le juge Guillot, l'endroit qui contenait parfois 400 à 500 personnes était épouvantable d'humidité, avec des murs suintants, sans aérations [Adolphe Guillot, Les prisons de Paris et les prisonniers, Dentu 1890].

En 1841, des fouilles ont mis au jour une quantité d'ossements humains à l'emplacement de la prison du Fort-l'Evêque, comme du Louvre.