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Fusillés à Montrouge.

Quartier du Fort Arcueil Val-de-Marne

Le 15 novembre 1944, le journaliste Georges Suarez, 54 ans, directeur du journal Aujourd'hui, condamné à mort le 23 octobre 1944 par la cour d'assises de la Seine pour ses écrits sous l'Occupation, est fusillé dans les fossés du fort de Montrouge.

L'ex-inspecteur de police Pierre Bonny et son patron Henri Lafont (photo), patrons de la "Carlingue", la Gestapo française de la rue Lauriston, sont condamnés à mort en décembre 1944 et fusillés le 27 décembre au fort de Montrouge (v. 16ème arr, rue Lauriston.

Paul Chack, 70 ans, ancien officier de marine, écrivain, est condamné à mort le 18 décembre 1944 pour avoir souhaité la victoire de l'Allemagne et est fusillé le 9 janvier 1945 au fort de Montrouge.

Le 6 février 1945, l'écrivain Robert Brasillach est fusillé dans les fossés du Fort de Montrouge pour avoir été le rédacteur en chef du journal collaborationniste Je suis partout (v. 5ème arr, rue Rataud).

Le 5 mai 1945, le commissaire Fernand David est fusillé au fort de Montrouge. Avec lui meurt Lucien Rottée, muni de la rosette de la Légion d'honneur, de la croix de guerre 1914-1918 et de la médaille militaire, directeur des renseignements généraux à Paris sous l'Occupation. Le commissaire David est surnommé "l'homme aux 80.000 fusillés" par les affiches qui le représentent ensanglanté. "Cette affiche était sur les murs de Paris et elle pesa lourd dans la balance d'une justice qui fonctionna en 1944-1945 avec un seul plateau". Au fort de Montrouge, "il y avait là, devant un mur, deux poteaux plantés dans un îlot de sciure de bois et en face de chacun un peloton de douze soldats commandés par un lieutenant et un adjudant. Alentour se tenaient deux groupes : un premier fait de civils et de gendarmes, dans lequel je reconnaissais le juge d'instruction, son greffier, le président de la Cour de justice, le commissaire du gouvernement et le Dr Paul : un deuxième d'une vingtaine de civils inconnus.

-     Ils sont là, les salauds, me dit David à l'oreille en descendant du fourgon.

-     Qui sont ces gens ?

-     Le préfet Airaud, mon successeur Lelièvre et ses proches collaborateurs. Ils viennent au spectacle.

  David leur fit face et les apostropha dans cette forme grandiloquente qui lui était propre et à laquelle la circonstance donnait une force insoutenable .

-     Ah, Monsieur Airaud, Monsieur Le lièvre !.. Ainsi on vient voir mourir David ! On vient avec les copains se payer une bonne tranche de mort ! Eh bien David vous crache son mépris à la gueule ! Regardez-le bien mourir, David, et prenez une leçon, ça peut toujours servir quand on est flic !

-     (…)

  Il commença sa prière à haute voix :

-     Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanc…

  La salve coupa net le mot sacré.  Rottée, le visage soudain rétréci, se replia le premier sur lui-même, avant de s'écrouler. David resta un instant debout, le menton haut, comme s'il bravait encore la justice impitoyable des hommes et la mort. Puis ses jambes cédèrent d'un seul coup et il tomba, le torse raide, la face contre terre. Le coup de grâce fit de sa cervelle une gros flocon d'ouate rose sur le sommet de son crâne.

  C'était la première exécution à laquelle il m'était imposé d'assister. Ainsi c'était cela le sommet de la justice ! Cette barbarie se voulait utile, exemplaire, rédemptrice. Il fallait aux juges, pour qu'ils eussent le sentiment d'avoir accompli leur mission, ces deux corps recroquevillés dans la sciure sanglante.

   Je pensais à cette femme qui m'attendait à mon cabinet pour savoir. Je l'imaginais avec son poing crispé sur la boule humide de son mouchoir et ses yeux secs de haine.

   Toute ma vie je lutterais contre cette mort infligée. Je m'informerais, je chercherais des arguments, j'en appellerais à l'homme civilisé contre la barbarie" [Albert Naud, Les défendre tous, Robert Laffont 1975].

   Fernand de Brinon, 67 ans, licencié en droit et diplômé des Sciences politiques, avocat, journaliste, est condamné à mort le 6 mars 1947 par la Haute cour de justice. Il a été appelé dès juillet 1940 par Pierre Laval pour le représenter à Paris auprès des autorités allemandes, puis a été nommé le 3 novembre 1940 ambassadeur de France. Le 17 décembre, il est délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, en remplacement du général de La Laurencie. Brinon exercera ces fonctions durant toute la guerre. Il suivra Pétain et Laval à Sigmaringen et se constituera prisonnier le 8 mai 1945. Incarcéré à Fresnes, il a comparu les 4, 5 et 6 mars 1947 devant la Haute cour de justice. Condamné à mort, il est exécuté le 15 avril 1947 au fort de Montrouge.

Max Knipping, cadre de la Milice, est fusillé le 18 juin 1847 au fort de Montrouge. Son adjoint Georges Radici sera fusillé au même endroit le 24 juillet 1947. Un autre cadre de la Milice, Jean Bassompierre, engagé dans la Légion des volontaires français contre le bolchevisme, capturé par les Soviétiques, sera fusillé là le 21 avril 1948 (v. 14ème arr, bd Arago).

L'acteur, journaliste et cinéaste Jean Mamy, dit Paul Riche, est fusillé au fort de Montrouge le 29 mars 1949 pour ses articles et activités antisémites sous l'Occupation.

Abel Danos, Le Mammouth, est fusillé au fort de Montrouge le 14 mars 1952. C'est un ancien de la bande Bonny-Lafont (v. 16ème arr, rue Lauriston) et de la bande de Pierrot le Fou (v. 16ème arr, av Foch). Il a été arrêté après la mort de ce dernier, en flagrant délit de cambriolage, rue La Boétie (8ème arr).