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La maison Petiot, 1941.

21 Rue le Sueur Paris

Le Dr Petiot a acheté en 1941, au 21 rue Le Sueur, un hôtel particulier aujourd'hui disparu, après avoir quitté le 52 rue de Reuilly et fermé son cabinet du 66 rue Caumartin. Mais sa femme et son fils demeurent toujours rue Caumartin. Il a payé l'immeuble de la rue Le Sueur 510.000 francs, en mensualités de 17.000 francs, ce qui équivaudrait à des mensualités de 35.000 francs de 1993. Petiot y fait aussitôt faire des rénovations curieuses, construisant notamment une pièce triangulaire, sans fenêtre, aux murs particulièrement épais. Pour installer, dit-il, un appareil d'électrothérapie. C'est dans cette maison que Petiot invitera, sous l'Occupation, les Juifs désireux de profiter de son "réseau d'évasion". L'ex-voisin de Petiot, Joachim Guschinow, demeurant 69 rue Caumartin, commerçant en fourrures, sera le premier client. Petiot doit l'envoyer à Buenos-Aires. Il faut emporter des choses peu encombrantes et de valeur, pour payer. Des bijoux par exemple. Il faut enlever ses initiales sur le linge puisqu'on aura de faux papiers... Bref, il faut toute une préparation. Ce premier client doit partir le 2 janvier 1942 grâce au "Dr Eugène".

Le 11 mars 1944, Mme Marçais, 22 de la rue Le Sueur, proteste contre les fumées du Dr Petiot et appelle les pompiers pour un feu de cheminée. Il empeste le quartier depuis des mois. Les pompiers effarés découvrent une chambre à gaz, une fosse à chaux, une chaudière et un charnier. Des monceaux d'êtres humains entassés devant ou dans la chaudière. Le commissaire Massu, abasourdi devant la découverte, n'imagine pas que Petiot ait fait cela seul et il pense à la GESTAPO. Petiot est absent. Mais il arrive. Il se fait passer pour son frère, constate que tout est découvert et que tout est fichu. Aussitôt, il file à l'anglaise et s'enfuit pour se réfugier rue Lauriston, à "La Carlingue". Mais Lafont, le patron de la Carlingue, ne veut pas de lui. L'affaire fait trop de bruit. Il refuse cependant de liquider Petiot qui n'a plus qu'à partir se cacher dans la foule anonyme de Paris.

Lafont connaît bien Petiot. En juin 1942, la bande de Bonny et Lafont a fait irruption chez Petiot car, comme les Allemands qui ne le localiseront jamais, elle croyait réellement Petiot organisateur d'un réseau de résistance et d'évasion. En découvrant la réalité, Bonny et Lafont ont décidé de l'utiliser pour faire disparaître leurs cadavres dans sa chaudière. Pour cela, ils fourniront même du charbon. Une certaine Eryane Kahane, juive mais travaillant cependant pour Bonny et Lafont, rencontrera habituellement Petiot à la brasserie Mollard, en face de la Gare Saint-Lazare, pour lui fournir des clients, moyennant une commission.

Durant l'été 1941 déjà, on a repêché beaucoup de cadavres mutilés dans la Seine. Leurs empreintes digitales ont été effacées à l'acide. On pensera plus tard à Petiot car ces cadavres étaient manifestement passés dans les mains d'un médecin qui plantait par exemple son bistouri dans la cuisse au lieu de le poser sur la table…

Outre les juifs en fuite, Petiot a fait aussi disparaître des soldats allemands qui sont portés déserteurs, des truands ou des membres de la bande Bonny-Lafont qui ont trahi leurs chefs et ont été tués à l'annexe de la Carlingue, 3bis place des Etats-Unis. Georges-le-Ratagne, Robert-la-Canne, Doumé-le-Corse, Michel-le-Borgne, par exemple.

Le Dr Petiot aura fait payer jusqu'à plusieurs millions de francs d'aujourd'hui à ses candidats au départ. Il donnait rendez-vous au métro "Obligado" (Argentine).

Après sa disparition du 11 mars 1944, Petiot, qui a réussi à se faire passer pour un vieux résistant, un authentique membre des FFI, sous le nom de "capitaine Valéry", sera arrêté le 31 octobre 1944 à la sortie du métro Saint-Mandé. Condamné pour 26 assassinats le 4 avril 1946, il crie vers la salle: "Il faudra me venger". Il revendique pourtant 63 assassinats et sera guillotiné dans la cour de la Santé le 25 mai 1946. Sa maison sera rasée en 1952. On ne saura jamais comment il tuait les victimes. On pensera à une piqûre réalisée sous prétexte de vaccination pour le voyage, ou au gazage, car Petiot aurait pu, au moment d'enfermer ses victimes dans la pièce aveugle pour qu'elles changent de vêtements, jeter des boules de cyanure de potassium dans un seau d'acide sulfurique dilué.

Rien ne sera retrouvé du formidable butin de Petiot (v. suite 12ème arr, rue de Reuilly).