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Pauline Dubuisson, mars 1951.

25 Rue de la Croix Nivert Paris

25 rue de la Croix-Nivert. C'est l'adresse du drame de l'affaire Pauline Dubuisson. C'est là qu'habite Félix Bailly. Fils d'un médecin de Saint-Omer, il connait depuis longtemps Pauline Dubuisson, fille d'un colonel du génie de Dunkerque. Etudiants en médecine à Lille, ils ont passé leur première nuit ensemble le 9 février 1947. Félix voulait épouser Pauline, mais elle le faisait attendre. Elle le fera attendre des années en le rendant jaloux. Car elle ne compte plus les amants. C'est d'ailleurs pour avoir eu des amants allemands que cette jeune fille de 17 ans a été tondue à la libération et promenée nue dans les rues de Dunkerque, violée collectivement et condamnée à mort par quelques justiciers furieux. In extremis, muni de son uniforme et de son autorité, son père l'a arrachée de leurs mains et du peloton d'exécution et envoyée "au vert". En 1947, Félix, dépité, est finalement parti étudier à Paris où il s'est fiancé en 1951 à une autre, Monique Lombard. Apprenant l'événement, Pauline est devenue jalouse. Elle l'a relancé mais il a résisté à plusieurs reprises. Elle l'a alors longuement épié et attendu dans le bar d'en face, rue de la Croix-Nivert, au coin de la rue Letellier, et elle a enfin réussi à se faire ouvrir la porte de sa chambre, au 7ème étage. Félix, prévenu du danger par un ami de Pauline, se méfie, mais pas suffisamment. Entrée chez lui, elle le tue de trois coups de revolver le 17 mars 1951 avant de tenter de se suicider de trois balles. Mais le pistolet s'est enrayé. Elle a ouvert le gaz, mais en a réchappé. Les pompiers sont arrivés trop tôt. Son père, apprenant la nouvelle par le journal, se suicidera le lendemain. André Dubuisson et son épouse avaient déjà perdu deux de leurs quatre enfants à la guerre. Pauline, défendue par Me Paul Baudet, un avocat de grand talent, sera condamnée aux travaux forcés à perpétuité en novembre 1953. Quelques jours plus tôt, le 28 octobre, veille du procès, elle s'est ouvert les veines dans sa cellule de la Petite Roquette mais a été sauvée de justesse. Graciée dans les années 1960, elle partira au Maroc pour réaliser à Essaouira un travail charitable. Elle rencontrera un jeune Français qui renoncera à l'épouser en apprenant son passé et se laissera dès lors mourir, le 22 septembre 1963.

(photo Détective, DR)