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Jeanne Bordier Gare d'Austerlitz, 1962.

85 Quai d'Austerlitz Paris

Un porteur de la Gare d'Austerlitz, Roger Chomon, 53 ans, est interpellé le 20 décembre 1962 dans la matinée par un couple qui descend d'une voiture noire devant l'entrée des "départs". L'homme est en complet sombre, âgé d'une cinquantaine d'années, et la femme semble avoir 60 ans. Elle est vêtue d'un manteau sombre. La femme lui confie deux colis à prendre dans le coffre de la voiture, qu'il pose sur un chariot. Ce sont des skis, dit-elle. Mais le second colis est lourd et tâché de rouge. "C'est du whisky" affirme la dame. Le porteur est sceptique. "Ou alors ce sont des produits pharmaceutiques", dit-elle. "On dirait du sang, j'espère que c'est pas un type coupé en morceaux !" plaisante le porteur. Le femme rit et accompagne le porteur pendant que l'homme file avec la voiture. "Je prends mon billet au guichet, je vous rejoins". Mais la dame disparaît. Vers 5 heures de l'après-midi, le chef de service est bien embarrassé de ces deux colis. On les tâte. On sent un bras à l'intérieur... On appelle la police qui découvre dans l'un deux jambes et dans l'autre un tronc d'homme, de 40 à 50 ans, grand, gros. Il la manifestement été tué la nuit précédente d'une quinzaine de coups de couteau dans la région du coeur. Il manque la tête mais peu importe. Le mort est identifié dès le lendemain. C'est Armand Ferary, 62 ans, demeurant à Alger. Et la mystérieuse femme est Jeanne Bordier, une institutrice de 45 ans qui demeure dans le quartier de Bab El Oued. Arrêtée, elle déclare qu'il a été tué par deux inconnus. La police l'a retrouvée grâce au conducteur de la voiture. C'était un chauffeur de taxi qui avait dû descendre les colis du studio de Jeanne Bordier, en face des abattoirs de la Villette, 29 avenue Corentin-Cariou. C'était lourd et la cliente était suspecte. Le chauffeur a vite fait un rapprochement en lisant les journaux. Cependant, le porteur ne reconnaît ni la voiture ni son chauffeur. Mme Bordier affirme désormais que la victime a été tué par l'OAS, pour "trahison". A l'époque, on peut tout mettre sans risque sur le dos de l'OAS. La victime a 62 ans. C'est un ancien légionnaire blessé en 1940, très connu dans le monde du sport à Alger. Champion du 1.500 mètres et de natation, il a longtemps animé le club Algéro-Sports. Si connu qu'un journal local a raconté sa vie en bande dessinée. Il entretenait cependant deux femmes. Mme Ferary, désormais rapatriée, et Mme Bordier. Le fils dément toute activité politique de son père. Jeanne Bordier s'accroche à sa version sans jamais vouloir dire un mot des deux supposés tueurs. Quatre jours plus tard, le portefeuille vide de Ferary est retrouvé dans le canal Saint-Martin, à Paris. Six mois plus tard, un éclusier repêche la tête dans le canal. Me Tixier-Vignancour défend Mme Bordier alors que Me Goutermanoff défend la famille du mort. Le 8 juin 1966, Jeanne Bordier comparaissant finalement seule, sera condamnée à 15 ans de réclusion criminelle.

(photo CPA)