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Mgr Jouin à Saint-Augustin, décembre 1906.

8 Avenue César Caire L'Europe

Le 9 décembre 1906, le curé de Saint-Augustin, l'abbé Ernest Jouin (photo), donne lecture à ses fidèles des instructions pontificales ordonnant au clergé français de s'abstenir de se soumettre à la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat du 9 décembre 1905. Il explique que "la France officielle" persécute l'Eglise, met les églises sous séquestre et les livre aux maires et commissaires de police. Il appelle à soutenir vaillamment, chrétiennement, la lutte. Il appelle au "deuil armé", comme lors des inventaires de janvier 1906 (v. notamment à Saint-Pierre du Gros-Caillou). "Garder la foi ne suffit plus, nous devons la défendre", dit-il. Ces propos lui vaudront d'être poursuivi pour "provocation à la résistance à l'exécution des lois" et puisque la France et la justice de l'époque ne craignent pas le ridicule, on poursuivra comme complice Mgr Montagnini, ancien secrétaire de la nonciature. On perquisitionnera d'ailleurs chez lui. Le tribunal correctionnel condamnera l'abbé Jouin à 16 francs d'amende le 13 avril 1907. Pour arriver à cette condamnation en demie teinte, le tribunal expliquera qu'il y a une circonstance atténuante : le prévenu "s'est trouvé atteint dans ses sentiments intimes les plus respectables..." Les magistrats ne semblent pas tout à fait favorables à la loi qu'on leur demande d'appliquer et qui bouleverse probablement toute leur éducation. Ils écrivent que "la loi du 9 décembre 1905 apparaît comme une loi d'exception, exorbitante du droit commun en ce qu'elle crée un délit spécial aux ministres du culte". Le ministre de la Justice Jean-François Guyot-Dessaigne déférera ce jugement au procureur général près la Cour de cassation et la Cour ordonnera le 17 mai 1907 la suppression de la première de ces deux phrases.

(photo X)