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La mansarde d'Émile Buisson, 1950.

Avenue Rapp Paris Paris

Au début de l'année1950, Emile Buisson, l'Al Capone français, se cache derrière une mansarde de l'avenue Rapp. C'est là qu'il s'est réfugié après avoir dévalisé en 1947 tous les clients de l'Auberge d'Arbois, un restaurant du quartier de l'Etoile (v. 16ème arr, rue Le Sueur) et avoir réussi à semer les motards qui le pourchassaient. Comme dans les films, il leur a tiré dessus et les a fait tomber. Trois ans après ce braquage, le 10 juin 1950, Buisson est arrêté dans une auberge de Claville (Eure). Face à la porte, il mange des fraises au sucre lorsque, d'une Delahaye noire, sortent deux hommes et une femme à bijoux qui s'installent pour dîner. Peu après, le téléphone sonne et un serveur annonce que l'on demande "Monsieur André". Un des deux hommes se lève et, en passant, attrape les bras du dîneur dont le visage s'est renfrogné. Roger Borniche a menotté le client. Depuis la guerre, Buisson est "l'ennemi public N°1". La police est sur sa piste depuis l'avant-veille, depuis qu'elle a arrêté deux de ses complices dans un café de la rue Richelieu. Parmi eux, Léon Franck, dit "Jacques le Niçois", 37 ans, propriétaire du café "La Ribaude", 9 rue de Liège, qui avait disparu depuis quelques mois. L'autre policier est le commissaire Georges Chenevier, patron du groupe de répression du banditisme. Buisson le toise : "Encore vous ?"  Car Chenevier l'a déjà arrêté deux fois. En 1938 à Troyes et en 1941 à Orléans. Buisson est né à Lyon en 1898. Là-bas, il a volé dans les jardins et les poulaillers avec ses frères et soeurs pour nourrir une famille de douze personnes. A 18 ans, il était déjà condamné dix fois et envoyé aux bataillons d'Afrique, les "Bat d'Af". Il s'y est battu sous les ordres du maréchal Pétain lors de la guerre du Rif, en 1926. Revenu en 1930, il a organisé des trafics de drogue avec la Chine, pratiqué le hold-up lucratif, très lucratif (60 millions de francs à Troyes en 1937). Il avait repéré douze fois le trajet de Paris par les petites routes. En 1941, il a notamment participé au braquage de la rue de la Victoire (9ème arr). En 1947, il a braqué l'Auberge d'Arbois en ordonnant aux clients de se mettre contre le mur et, avec ses complices Russac et Dekker armés de mitraillettes, a emporté tous les bijoux. Poursuivis par deux motards avenue Foch puis dans les petites rues, à 100 km/h, il a brisé la vitre arrière de la voiture et mitraillé les policiers. Russac a été retrouvé quelques jours plus tard, tué dans les bois d'Andrésy. Dekker, arrêté dans un bar, expliquera que Russac a été liquidé pour avoir laissé échapper le nom d'Emile lors d'un hold-up. En route pour un nouveau braquage, Buisson a fait une pause pour "se dégourdir les jambes" et alors que Russac allumait une cigarette, l'a tué d'une balle dans la nuque, pour l'exemple. En mai 1949, 112 millions de francs sont volés à une imprimerie. C'est là que Désiré Polledri, qui participe au coup, tire malencontreusement sur le propriétaire et le tue. Buisson aussitôt, va liquider Polledri dans une ruelle sombre, de cinq coups de revolver (v. passage Landrieu) après un dîner avec un autre lieutenant, Orsini. "Ca lui apprendra à faire attention lorsqu'il joue avec les armes à feu", précise-t-il. Le 17 février, avec Henri Ribot et Henry Bricourt, ils tueront un chauffeur de car, Jean Bourven, à Versailles, pour lui voler la mallette de sa recette. Ramené au quai des Orfèvres, ce 10 juin 1950, Buisson reconnaît rapidement l'attaque de l'Auberge d'Arbois. Il admet aussi avoir joué les "chauffeurs" en attaquant des paysans de Bellefonds (Orne), avoir attaqué un encaisseur de la compagnie de Saint-Gobain en octobre 1948 à Aubervilliers, ainsi qu'un bureau de tabac du boulevard de Courcelles.

Condamné à mort en février et en mai 1954, Buisson sera guillotiné le 28 février 1956. "Je suis prêt, Monsieur, vous pouvez y aller. La société sera contente de vous", dit-il au bourreau. Mais ce petit homme de 1,62m, fils d'un gardien de cimetière de Montceau-les-Mines, n'était pas le seul truand de la famille. Son frère Jean-Baptiste, arrêté dans sa mansarde de la rue Charlot (3ème arr) le 30 juillet 1948, finira ses jours à la centrale de Clairvaux, condamné à perpétuité pour le meurtre de Michel Cardeur, le 24 décembre 1952 au bar La Sirène, à la Porte Saint-Martin. Jean-Baptiste n'est pas un tendre non plus. Il s'était volontairement cassé une jambe en 1932 pour sortir de 8 ans de réclusion prononcés par la cour d'assises de Paris. Evadé ensuite de l'hôpital, il était devenu, avec Emile, truand en Chine pendant quelques années.