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Incendie chez l'antiquaire, juin 1954.

10 Rue des Beaux Arts Paris

Le dimanche 20 juin 1954, rue des Beaux-Arts, le feu ravage le domicile de l'ancien antiquaire Eugène Chéron, 66 ans. Son corps est découvert dans les cendres, nu dans une robe de chambre. Chéron, personnalité des milieux homosexuels, appelé familièrement "Tante Aurore", a été tué à coups de couteau. L'affaire fait du bruit car Tante Aurore est un intellectuel connu, dans son milieu. Riche, avare et "pervertisseur vicieux", selon un policier. "Rien n'est plus odieux que les rapports de l'homme et de la femme, disait-il. Je suis un esthète et je fais du prosélytisme, l'homosexualité est une philosophie. J'ai été victime d'agressions et je n'ai jamais rien trouvé de plus excitant..." L'incendie, alimenté par de l'eau de Cologne répandue partout, est évidemment criminel. Dans l'entourage de la victime, la police arrête rapidement Guy Aubrun, 27 ans, que l'on appelle "Tarzan" et qui a déjà connu la cour d'assises en 1952 pour le meurtre de son père. Aubrun, ouvrier mécanicien, est né dans une famille de sept enfants dirigée par un père violent et ivrogne qu'il a fini par tuer pour défendre sa mère. On l'a donc acquitté. Désormais, en même temps qu'il collectionne les jeunes maîtresses, il est l'amant de Jean Robert, un libraire de la rue Jacob, et probablement de Tante Aurore qui le reçoit dans ses appartements, là où une dispute finira à coups de couteau. L'accusation estime qu'Aubrun a voulu faire chanter le vieil homosexuel pour se payer une voiture et, le 6 octobre 1956, l'avocat général André Mailhol réclame la mort : "Aubrun est un être inamendable et pervers, bas, vil, méprisable, sans remords, d'une bestiale méchanceté. Il faut l'éliminer". Mais Me Raymond Hubert est plus convaincant. Plaidant la misère humaine et l'agression de son client, il évite l'échafaud à cet accusé jugé odieux qui s'en tire avec la perpétuité.

(photo Petit Journal, extrait)