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L'aventure de Jacques Fesch, février 1954.

39 Rue Vivienne Paris

A l'angle de la rue Vivienne et de la rue Saint-Marc, à deux pas de la Bourse, le 25 février 1954, vers 17h30, Jacques Fesch, 24 ans, qui deviendra célèbre, et Jacques R., 24 ans également, préparent leur coup. Après avoir bu un "demi" au café du coin, le "Paris-Bourse", pour se donner du courage, ils jaillissent d'une Simca sport et attaquent, l'arme à la main, le numismate Alexandre Silberstein, 39 rue Vivienne. Fesch a commandé de l'or la veille, pour être sûr de ne pas faire chou blanc. L'opération n’est cependant pas si facile et Fesch frappe Silberstein à coup de crosse. Mais, manque de chance, un coup de feu part qui alerte le quartier ! Les deux lascars s'enfuient. On poursuit Fesch rue Saint-Marc, rue de Richelieu, rue d'Amboise, rue Favard. Il se réfugie finalement dans l'immeuble du 9 boulevard des Italiens et reprend son souffle. Un peu plus tard, il tente une sortie, mais l'agent de police Jean-Baptiste Vergne est là. Il a envoyé un collègue chercher du renfort et il guette. Rapide, Fesch tire, tue le policier, s'enfuit en courant vers le métro Richelieu-Drouot, tire sur Raymond Lenoir, un passant qui tente de le maitriser, et le blesse. Il tire encore sur un autre passant, Georges Plissier, qui le poursuivait dans les couloirs. Fesch court toujours mais, au moment de ressortir par la bouche de métro de la rue de Richelieu, un inspecteur de police à la retraite qui passe là par hasard, comprenant la situation, envoie la porte battante du métro dans le nez du tireur avant de le ceinturer. M. Plissier se précipite et assomme Fesch, qui est pris. La foule, à l'époque, prend fait et cause pour la police. Elle veut lyncher le bandit. Jacques Fesch sera défendu par Me Paul Baudet. L'un des grands du Barreau. Celui qui a sauvé Pauline Dubuisson avec une plaidoirie dont les derniers mots sont restés célèbres : "Un inutile auxiliaire de justice qui, s'il refuse l'émotion de ses larmes, vous donne le spectacle, au moment où il mendie, de la dignité". Me Baudet est resté inconnu mais c'était, disait-on, un plaideur extraordinaire qui aurait converti un athée. Dès le premier jour, il dira à Fesch : "Je ferai l'impossible, mais dès maintenant, attendez-vous au pire". Et Fesch, qui ne croit en rien, va se convertir en prison, dans sa cellule de la Santé. Le 7 avril 1957, la cour d'assises le condamne à mort. A son avocat, qui vient quémander la grâce à l'Elysée le 24 septembre 1957, le président René Coty, qui va la refuser, déclare : "Dites à Jacques Fesch que je lui serre la main pour ce qu'il est devenu". Parce que la grâce est refusée, Pierrette, la mère de sa fille Véronique, qui ne l'a jamais abandonné, va l'épouser en prison le 30 septembre 1957. En 1987, le cardinal archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger transmettra au Vatican le dossier de Jacques Fesch en vue de sa béatification.

(Remarquons qu'il ne faisait pas bon s'appeler Vergne, dans la police. Un policier portant ce nom a failli être tué par le pistolet-mitrailleur du gang des Postiches lors du hold-up de la rue du Dr Blanche (v. 16ème arr, rue du Docteur-Blanche), mais l'arme s'est enrayée. Un agent Vergne a été tué par Fesch et un brigadier Jean-Yves Vergne a été gravement blessé par Alain Guilleminot, complice de Jean-Charles Willoquet, le 9 octobre 1990, lors de son arrestation à Alençon).

(photo X, DR)