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L'Organisation Armée Secrète, créée en février 1961 pour défendre l'Algérie française par tous les moyens alors que se profile l'indépendance de l'Algérie, s'offre des "nuits bleues" dans Paris. Mais miraculeusement, les 751 attentats recensés par le ministère de l'Intérieur en trois ans dans la capitale n'auraient fait que deux morts et vingt-deux blessés.

   Le 23 avril 1961, simultanément, les consignes de l'aéroport d'Orly, de la Gare d'Austerlitz et de la Gare de Lyon sont visées. Il y a des blessés. A Orly, un ouvrier nettoyeur, Georges Mullard, 61 ans, est tué. A la Gare Montparnasse, la bombe est découverte à temps.

   Le 13 mai 1961, une bombe explose dans le jardin du Palais-Royal, sous les fenêtres du ministère de la Culture. Une autre à la porte de l'hebdomadaire France-Observateur, 10 rue des Pyramides, une troisième dans la cage d'escalier du Cercle républicain, 5 avenue de l'Opéra.

   Le 19 juin, six personnes sont blessées dans l'attentat qui vise l'hebdomadaire tunisien Afrique-Action, 277 rue Saint-Honoré.

   Le 7 juillet, un attentat vise, à 3 heures du matin, l'appartement du général Vézinet, à l'intérieure même de l'Hôtel des Invalides. Mais pour les artificiers, il ne s'agit que d'un "gros pétard".

   Le 20 juillet, Jean-Paul Sartre est pris pour cible, 42 rue Bonaparte. Quelques minutes plus tard, 57 avenue du Maine, les sénateurs Yvon et Bonnefous sont visés. Au 2 rue Decamps, c'est le domicile du sénateur d'Argenlieu qui est endommagé. Puis, 8 rue Pérignon, on vise Alain Savary, ancien secrétaire d'Etat aux affaires marocaines et tunisiennes, membre du bureau national du PSU. Un Comité de sauvegarde de la République (CSR) signe en laissant sur place quelques papiers portant son sigle.

   Les domiciles de nombreux élus seront encore attaqués : Geoffroy de Montalembert, Charles Hernu, Jean-Baptiste Biaggi, Alain de Lacoste Lareymondie, Paul Minot... Très fréquemment, ces personnalités sont absentes, comme si les poseurs de bombe prenaient soin de ne pas les toucher.

   Le soir du 23 août 1961, douze explosions se produisent dans Paris, visant ministres, journalistes, écrivains. Sans faire aucun blessé. On ramasse des tracts de l'OAS. Et les attentats se poursuivent au même rythme. On s'en prend au domicile du général Ailleret, commandant en chef en Algérie, 7 rue Faustin-Hélie (16ème arr), Me Jacques Vergès, 26 avenue de Villiers, le bâtonnier René William-Thorp, 30 rue de Miromesnil, ou les journalistes Frédéric Pottecher, 20 rue de Valois, et Madeleine Jacob, 54 rue Lamartine. Des militants d'extrême gauche sont également visés.

   Le 28 novembre, une très forte charge démolit à moitié l'immeuble du 3 rue de l'Estrapade, dans lequel demeure le Pr Roger Godement, professeur à la faculté des sciences.

   Le 6 décembre, c'est la rédaction de France-Soir, 100 rue Réaumur, qui est en grande partie détruite. Le 16, on vise l'avocat communiste Charles Lederman qui demeure 4 rue Saint-Louis-en-l'île et a récemment défendu un musulman algérien contre des policiers. La charge, cette fois, n'a pas explosé car un employé de l'avocat a écrasé la mèche vers 5h30, devant la porte de l'immeuble. Une affichette blanche, encadrée de bleu-blanc-rouge, indique, sur la porte : "Cette opération a été ordonnée par le colonel Antoine Argoud, Pierre Lagaillarde et le comité exécutif de l'Organisation armée secrète de métropole, sous la haute autorité du général d'armée Raoul Salan".

   Le soir du 7 janvier 1962, l'OAS vise pour la seconde fois l'appartement de Jean-Paul Sartre, au 4ème étage du 42 rue Bonaparte. Entre-temps, le 4 janvier, un attentat a visé le siège du parti communiste, place Kossuth (9ème arr)

   Le 18 janvier 1962, pour la première fois, l'OAS s'attaque à des locaux de police. Une bombe détruit les locaux de la 4ème brigade territoriale, 37 rue de Nantes. Le 22 janvier, c'est une voiture piégée qui explose dans la cour du ministère des Affaires étrangères, quai d'Orsay. Il y a un mort, un chauffeur de 33 ans nommé Roger Boissier, et 33 blessés. Tous les regards se tournent vers l'OAS puisqu'elle a déjà organisé deux "nuits bleues" à Paris depuis le début de l'année. Mais l'OAS nie. Elle soutient qu'il s'agit d'un coup monté par le Premier ministre Michel Debré et par Constantin Melnik, chargé de la coordination des services spéciaux à Matignon.

   Une bombe de l'OAS vise, le 28 janvier 1962, au 187 boulevard Saint-Germain, le magasin de chemises de Jacques Romoli, ancien commerçant en Algérie. C'est le troisième attentat commis contre lui. Le magasin a déjà été plastiqué le 6 janvier, peu après son ouverture et, le 17 janvier, M. Romoli, surprenant un poseur de bombe sur le paillasson de son domicile, 38 avenue Victor-Hugo, a réussi à éteindre la mèche. Il déclare refuser depuis toujours de payer l'impôt de l'OAS.

   Un inconnu lance un engin explosif, le 7 février 1962 en début d'après-midi, vers l'immeuble habité par le ministre de la Culture André Malraux, 19 bis avenue Victor-Hugo à Boulogne-Billancourt. Le terroriste est mal renseigné car il lance sa bombe vers le rez-de-chaussée de l'immeuble, occupé par les propriétaires, la famille Renard, et non par le ministre, locataire du 1er étage. La petite Delphine Renard, 4 ans, est blessée au visage. Elle perd un oeil. L'image de l'OAS sera très détériorée par cette action.

   Le 3 février 1962, l'OAS dynamite l'appartement du sénateur-maire de Marseille Gaston Defferre, 3 avenue du président Wilson. Les dégâts sont très importants mais personne n'est blessé.

   Le 7 février 1962 en milieu d'après-midi, une bombe détruit la cage d'escalier de l'immeuble habité par le professeur de droit Georges Vedel, 201 boulevard Saint-Germain. Quelques étudiants se rassembleront devant la porte aux cris de "OAS Assassins". Un quart d'heure plus tard, c'est l'appartement du professeur de droit Roger Pinto qui est détérioré par une charge de plastic, 3 rue Villaret-de-Joyeuse. Le Pr Pinto n'est pas là mais sa femme, sa mère, sa belle-mère et sa bonne en sont quittes pour la peur. Non loin de là, 14 rue de Salonique, l'immeuble qui abrite le domicile de Serge Bromberger, journaliste au Figaro, est gravement abîmé par une bombe. Le 24 janvier, l'appartement d'un autre professeur de droit, Maurice Duverger, chroniqueur au Monde, a été dynamité 24 rue des Fossés-Saint-Jacques. L'appartement du directeur du Monde, Hubert Beuve-Méry, 107 boulevard Raspail, a été détruit le même jour, ainsi que celui de Michel Droit, rédacteur en chef du Figaro littéraire, 82 rue Lauriston.

   Le soir du 7 février 1962, une bombe très puissante, déposée sous une 2CV explose devant la permanence du parti communiste, au 9 rue de Meaux (19ème). Les dégâts sont cependant minimes.

   Dans la journée, une bombe posée dans l'immeuble du 13 place de la République, où demeure le sénateur communiste Raymond Guyot a fait quatre blessés, dont l'épouse du sénateur qui, ayant trouvé l'engin sur le palier, l'a jeté dans la cage d'ascenseur à l'instant même où il allait exploser.

   Les locaux de l'agence soviétique Tass, 8 rue de Prony, sont à leur tour visés par une bombe le 8 février 1962. Il y a de gros dégâts.

   Le 14 février 1962, le cabinet de l'avocat du FLN Mourad Oussedik, 13 rue Guénégaud, est plastiqué. L'immeuble est quasiment détruit mais il n'y a pas de victimes.

   Le 16 février 1962, Samuel Chevanche, 33 ans, représentant en vins, ouvre la portière de sa voiture garée devant le 15 rue des Bergers et déclenche la bombe placée à l'intérieur. Il est très gravement brûlé dans l'attentat que personne n'explique. La victime, qui ne fait pas de politique, demeure avec sa femme et sa fille au numéro 9. La voiture, une Simca P60, a été achetée neuve 3 ans plus tôt et ne l'a jamais prêtée.

   Une bombe ravage encore l'appartement d'un gros propriétaire terrien d'Algérie, le négociant en vins Nantas, le 23 février 1962 dans la soirée, 8 rue Frédéric-Le-Play.

   Le 23 février 1962, rue du Faubourg-Poissonnière, deux pains de deux kilos de TNT sont découverts à 9 heures du matin dans les rotatives de l'Humanité et désamorcées à temps par la police. Les détonateurs étaient défaillants. Le 15 février, au 61 rue du Faubourg-Poissonnière, c'était le domicile d'André Wurmser, rédacteur en chef du journal, qui est dévasté par une bombe.

   Le 23 février encore, une bombe déposée sur le palier du 4ème étage, 1 cité de l'Alma, détruit en partie l'immeuble et pulvérise la toiture. A cet endroit demeure Claude Jaeger, qui travaille pour une entreprise de cinéma.

   Le 25 février 1962, une bombe endommage les locaux du Figaro, au rond-point des Champs-Elysées. Il y a deux blessés légers parmi le personnel de surveillance. En opérant peu avant 6 heures du matin, les poseurs de bombe cherchaient sans doute à éviter les victimes, mais il y a de gros dégâts. Le bureau du PDG Pierre Brisson est très abîmé.

    A Neuilly, le 26 février, un attentat à la bombe vise Pierre Messmer, ministre des Armées. La bombe a bien été placée sur le palier du 5ème étage, 1 rue du général de Lanne, mais le terroriste s'est trompé d'escalier et il a déposé son engin devant la porte d'un M. Fortier. Le même jour, une bombe a visé le Syndicat national de l'enseignement CFTC, 82 rue d'Hauteville, et une autre, inexpliquée, a explosé à l'entresol du 15 rue de Chabrol. Peut-être parce qu'au 7ème étage, se trouvent les locaux du journal "Le Monde ouvrier". Il n'y a jamais que des dégâts matériels.

   L'appartement du rédacteur en chef de l'Aurore, un quotidien de forte influence, est détruit par une bombe, dans l'après-midi du 28 février 1962. Le terroriste, bien renseigné, a posé sa bombe sur le palier du 3ème étage, au 171 rue Saint-Honoré, devant la porte d'André Guérin. La jeune bonne espagnole, qui a senti l'odeur de la mèche, a pris le risque d'enjamber l'engin pour s'enfuir, quelques secondes seulement avant l'explosion. Personne n'est blessé. A l'époque, les attentats sont habituellement commis par l'OAS, mais comment expliquer cette fois qu'on ait visé un journaliste anti-gaulliste ?.

   Dans la nuit du 29 mars, on recensera quatorze attentats dans Paris.

   Le 31 mars 1964 vers 4 heures de l'après-midi, une bombe explose dans les toilettes de l'ambassade de Belgique, au 4ème étage du 9 rue de Tilsitt. Il n'y a que trois blessés légers mais les dégâts sont importants. Les gouttières et les cloisons sont tombées sur les voitures garées avenue Mac-Mahon. L'OAS reproche à la Belgique l'extradition de Dominique Cabanne de La Prade, l'un de ses membres accusé d'avoir participé à l'attentat de Pont-sur-Seine, le 8 septembre 1961. Une bombe avait vainement explosé au passage de la voiture de De Gaulle, de retour de Colombey.