pariscriminel

Petite chronologie rapide et dispersée:

   Que l'on remonte jusqu'à la nuit des temps, la jalousie, la bagarre, la guerre, le crime et la vengeance ont toujours animé la vie quotidienne.

   "La nuit des temps", en la matière, n'est cependant pas très lointaine et les recherches ne permettent raisonnablement de situer quelques événements précis que dans ces deux mille dernières années…

   Et encore, les événements dont l'écho serait parvenu jusqu'aux années 2000 sont-ils très rares avant l'An Mille.

   Il serait par ailleurs hasardeux de désigner précisément la ruelle de l'île de la Cité ou du futur Paris dans laquelle un Gaulois aurait occis son voisin ou coupé une tête en 350 avant JC…

   Depuis le concile de 360, Lutèce a pris le nom de Paris. A la fin de la domination romaine, précipitée au Vème siècle par les invasions germaniques, Paris n'est déjà plus une simple bourgade de huttes serrées sur l'Ile de la Cité, mais a franchi la Seine et se trouve entourée d'une enceinte de bois, construite au début du siècle. L'Ile de la Cité est entourée d'une palissade, ainsi que la bourgade installée sur la rive droite que l'on pourrait approximativement délimiter aujourd'hui par la rue Lobau et la rue des Archives à l'est, la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie au nord et la rue Saint-Denis à l'ouest. A l'intérieur de cette enceinte, la ville est déjà un cloaque, avec des rues infectes, sombres, étroites, fangeuses, sans égout ni bien sûr de balayage …

   Le crime existe déjà si bien qu'en ce Vème siècle, fin du temps des Gaulois, le vol, par exemple, est déjà codifié. On le punit de mort s'il a été commis en ville. On l'excuse à la campagne où il est considéré comme un sport qui forme le courage…

   La mise à mort quant à elle, obéit aussi à des règles et n'est pas nécessairement criminelle. Les Gaulois ont pour habitude d'égorger, sur la tombe d'un guerrier qui vient de mourir, un cheval, des esclaves ou même sa femme. Si le corps du guerrier est incinéré, on jette ces victimes dans les flammes avec lui… Non seulement il n'y a pas là de crime, mais il arrive que les victimes se portent volontaires pour ces sacrifices.

   Il reste peu de traces de crimes qu'auraient commis des citoyens moyens au temps des Francs ou des Mérovingiens. Mais il reste au moins ce que l'on sait des épisodes sanglants de la famille royale. Par exemple, en 584, cinquante-deux ans après le meurtre des petits-enfants de Clovis par leurs oncles Childebert et Clotaire, voici que meurt Thierry, cinquième des six enfants de Frédégonde et Chilpéric, à l'âge de 2 ans. Chilpéric est le fils de Clotaire et donc le cousin des deux enfants assassinés par son père en 532. La reine Frédégonde prétend que des sorcières sont responsables du décès de son fils et en fait aussitôt expédier plusieurs sur la roue ou vers d'autres supplices. Il faut noter qu'en 584 aussi, Frédégonde va faire assassiner son mari Chilpéric, à Chelles (Seine-et-Marne), car il vient d'apprendre qu'elle le trompe. Elle pense qu'elle évitera ainsi les foudres de la vengeance royale. Chilpéric sera inhumé dans l'église Saint-Vincent qui deviendra Saint-Germain-des-Prés en 784. Frédégonde n'en est pas à son coup d'essai. En 568, elle a déjà fait assassiner la première épouse de Chilpéric pour prendre sa place, et d'autres…

   Tous ces événements viennent après les règlements de comptes ou les éliminations de rivaux. Clodomir, roi d'Orléans et père des enfants martyrs, n'a-t-il pas fait disparaître en 523 le roi burgonde Sigismond, sa femme et ses enfants avant de se faire tuer à son tour par Gondemar, le frère de Sigismond ?

   A l'époque de Dagobert (609-629-639), la justice fonctionne de façon simple grâce au système de l'ordalie. C'est Dieu qui juge sous les yeux de quelques seigneurs locaux pour servir de témoins. Le supposé criminel est jeté dans l'eau bénite ou bouillante. Celui qui coule ou celui qui cuit est reconnu comme innocent puisque le diable ne lui est pas venu en aide…

   En 665, Sigebrand, évêque de Paris, est assassiné par des hommes de main du roi Clotaire III (652-657-673), mais on ne sait pas ce que sont devenus les meurtriers.

   A la fin des rois mérovingiens, qui règnent des années 450 à 751 (citons Mérovée et les Clovis, Clotaire, Childéric, Childebert et Dagobert), le meurtre a été tarifé. Le meurtrier d'un Franc libre ou de tout autre étranger est condamné à payer 200 sous. Le meurtrier d'un Franc antrustion (membre de la suite du roi) est condamné à payer 600 sous. Le meurtrier d'un Gaulois, convive du roi, doit payer 300 sous. Le meurtrier d'un Gaulois propriétaire, 100 sous. Celui d'un Gaulois tributaire, 45 sous. Le Gaulois qui aurait dépouillé un Franc est condamné à payer 62 sous, le Franc coupable du même crime envers le Gaulois doit payer 30 sous, comme le Gaulois seulement coupable de violences arbitraires envers un Franc. Le Franc coupable de violences sur le Gaulois doit payer moitié prix, soit 15 sous.

   Charlemagne (742-771-814), à son tour, ajoutera quelques règles simples qui règlent les crimes et délits par la peine de mort, l'amputation d'une main, du nez, l'énucléation… selon la gravité ou l'état de récidive.

   Paris, réduit à l'époque à l'Île de la Cité et à une partie du 1er arrondissement, va être ensanglanté sous le règne de Charles II le Chauve (823-843-877) par des pirates du nord, des barbares appelés "Normands", qui arrivent de Norvège et du Danemark et vont semer la désolation. Ils ont pour habitude de remonter les fleuves le plus loin possible et de procéder alors au pillage, en appréciant particulièrement les monastères, car les richesses n'y sont pas protégées. C'est ainsi que l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés est pillée et incendiée en 845 par Ragnar. Le 28 mars 845, il a remonté la Seine avec 120 bateaux et est entré dans Paris pour massacrer et pendre les habitants avant d'emporter un riche butin.

   Charles-le-Chauve va conclure à plusieurs reprises des trêves honteuses avec ces Normands, rachetant à prix fort les prisonniers et les terres qu'il n'a pas défendus. Il donne ainsi 7000 livres d'argent à Ragnar, mais sans pour autant obtenir la paix.

   Les Normands ne se calmeront que lorsqu'une maladie commencera à les décimer. Cependant, en 851 et 852, une nouvelle incursion sera meurtrière. En 857, une nouvelle attaque répandra encore la désolation. L'église Sainte-Geneviève, construite à l'emplacement de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, rue Clovis, sera incendiée.

   La légende veut que Ragnar ait dit au roi des Danois que, dans ce pays, les morts avaient plus de courage que les vivants.

   En 861, ces Normands brûlent encore Paris, profanent encore les cloîtres et les églises. Les religieux se cachent dans leurs souterrains.

   En 886, un nouveau siège meurtrier de treize mois fait de nombreuses victimes. Plusieurs centaines de drakkars sont arrivés jusqu'à la plaine du Louvre pour assiéger Paris. Plus de 40.000 hommes campent là. Mais cette fois, Paris tiendra bon.

   A partir de l'An Mille, les souvenirs des activités délictuelles, criminelles et judiciaires des Parisiens et de leurs rois commencent à se faire plus nombreux et plus précis. Ils révèlent que la guerre et le meurtre sont toujours des activités prisées.

   Dans le domaine de la réglementation, un édit royal de Philippe-Auguste (1165-1180-1223) a déclaré en 1181 que tous ceux qui jureraient par les mots "têtebleu, ventrebleu, corbleu, sangbleu", devraient payer une amende s'ils étaient nobles ou être noyés dans un sac s'ils ne l'étaient pas. Ainsi fut fait, probablement.

   Dans un domaine plus grave, en 1182, Philippe-Auguste publie de sévères édits contre les juifs qu'il chasse du royaume après avoir confisqué leurs immeubles et les avoir contraints à vendre leurs meubles rapidement. Le clergé désapprouve, même si le roi a libéré les chrétiens de leurs dettes envers les juifs. A l'exception d'1/5ème, qu'il se réserve... Philippe-Auguste saisit les synagogues, confisque leurs immeubles et leur interdit de revenir en France. L'interdiction cessera avant la fin du siècle.

   Dans le même temps, depuis la fin du XIème siècle, on multiplie les croisades en Terre Sainte pour délivrer le tombeau du Christ tombé aux mains des musulmans.

   En France, on réduit par les armes les ambitions cathares dans le sud du pays. En 1207, l'évêque de Paris Pierre de Nemours a ainsi envoyé son frère Raoul de Nemours et le frère Guérin, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, parcourir les provinces pour repérer et ramener les sectaires. Quatorze personnes soupçonnées d'être hérétiques, vont ainsi être enfermées dans les prisons de l'évêque et condamnées, pour dix d'entre elles à être brûlées vives et pour les quatre autres à la prison perpétuelle. On déterre aussi les cendres du théoricien Amaury et on les jette au fumier. Le concile de Latran en 1215 ordonne que l'on brûle aussi tous les livres de la métaphysique d'Aristote que l'on enseigne à Paris.

   La justice, préoccupation de l'Etat et non plus seulement des victimes, est une création de saint Louis (1214-1226-1270).

   Le roi décide dans les années 1230 que les prostituées seront chassées de partout et leurs biens confisqués, comme les maisons de ceux qui leur loueraient un logement en connaissance de cause. Il a décidé d'être impitoyable. Mais, malgré une ordonnance de 1259 particulièrement sévère, le roi ne réussira pas à faire disparaître la prostitution. Il la rend clandestine et se voit contraint de la tolérer.  Il admet les filles "dans les villes, à la charge qu'elles ne demeureraient que dans les rues reculées et séparées de celles des gens d'honneur, et qu'on ne leur louerait point de logis en d'autres quartiers, à peine de perte des loyers et d'autres châtiments" .

   A la même époque, saint Louis réorganise le Guet de Paris. Jusque-là, la police parisienne était assurée par une milice payée par le roi, très insuffisante car ne comptant que 20 sergents à cheval et 40 sergents à pied, commandés par le chevalier du Guet. Devant son insuffisance, les bourgeois vont décider, autorisés par le roi, de faire toutes les nuits des rondes sous l'autorité du chevalier du Guet. Chacun doit faire un service de trois semaine. Mais en 1559, les bourgeois ne voulant plus assurer ce service, Henri II devra le supprimer pour augmenter les effectifs du Guet royal.

   Comme sous Philippe-Auguste, les exactions royales contre les juifs se poursuivront sous saint Louis. En 1242, une vingtaine de charrettes remplies d'exemplaires du Talmud sont brûlées place de grève. Les enfants juifs orphelins devront être convertis au catholicisme et tous les juifs, en 1259, devront porter la "rouelle" jaune, un disque jaune cousu sur le devant et dans le dos de leur vêtement.

   Un peu plus tard, un avocat du Barreau de Paris, Gui Foulques, ou Guy Foucaud, veuf très jeune, entrait dans les ordres, chez les Chartreux de Paris, auxquels Louis IX avait donné le château de Vauvert, réputé hanté (v. 6è arr). Foulques allait devenir pape en 1265, à l'âge de 65 ans, sous le nom de Clément IV, et mourir en 1268.

   Le roi Philippe le Bel, (1268-1285-1314) va ordonner au prévôt de Paris de réduire la multitude de ses sergents à 70 fantassins et 35 cavaliers pour assurer la police de Paris. Il interdit aussi que les Parisiens portent un couteau, un bouclier, une épée, aucune arme, sous peine de la voir confisquer et priser. Il interdit toute fête de nuit non autorisée par le prévôt ou le roi, sous peine d'amende ou de correction corporelle.

   Au début du XIVème siècle, Paris est la plus grande ville d'Europe, avec plus de 200.000 habitants. Depuis saint Louis, la justice est devenue une affaire publique. Elle n'est plus une affaire de vengeance privée, déclenchée par une accusation individuelle, mais une affaire d'enquête publique, de poursuite publique obligatoire par la société. Les Etablissements de saint Louis -bien qu'encore très barbares car ils prévoient que l'on puisse couper une oreille, une main ou un pied, que l'on puisse crever un œil ou tout simplement pendre- ont instauré une échelle des peines en fonction du délit, du crime et de la récidive. Les Etablissements de saint Louis prévoient aussi la poursuite des vagabonds, l'expulsion de la ville des piliers de taverne ou des personnes sans revenus déterminés.

   En 1306, une mesure fiscale particulièrement lourde de Philippe le Bel, va provoquer des émeutes à Paris et menacer le roi jusque dans son palais. On pille la maison du financier Etienne Barbet, accusé d'avoir eu l'idée de cette mesure. De nombreuses arrestations sont opérées, des centaines d'hommes, jugés sommairement, sont pendus aux arbres proches des portes de Paris. Mais le roi reviendra sur sa mesure qui aboutissait à tripler les impôts.

   Le 22 juillet 1306, le roi ordonne encore que tous les juifs soient arrêtés et leurs biens saisis. Leurs immeubles seront vendus au profit du Trésor public et tous seront bannis.

   Pendant ce temps, selon la légende, en 1313, les trois belles-filles de Philippe-le-Bel, Jeanne, Blanche et Marguerite, donnent un exemple de débauche extraordinaire. L'une d'elles, Jeanne de Bourgogne, se tient, dit-on, à l'hôtel des Nesle (v. 6ème arr, quai Conti), faisant le guet aux passants, en fait précipiter certains du haut de la tour et les fait noyer.

   Dans une énumération de supplices pratiqués dans la région d'Arras, le Pr Robert Muchembled expliquera que les faux-monnayeurs étaient bouillis vifs jusqu'en 1317. Par la suite, ils seront pendus. Le bûcher sera surtout utilisé à partir de 1466 pour les homosexuels ou les coupables de bestialité. Il n'est alors pas encore destiné aux sorcières, lesquelles sont déférées devant le tribunal religieux de l'officialité qui ne condamne pas à mort. Il y a aussi la décapitation pour les espions, assassins ou violeurs à partir de 1499, l'enfouissement vif des femmes, la pendaison pour les hommes, qui est la mise à mort commune, ainsi que des mutilations diverses. Langue, oreilles, paupières coupées, yeux crevés, langue percée dans les années 1460. Viendront plus tard, après 1465, l'exposition au pilori sur le grand marché… Les supplices se multiplieront au XVIème siècle [Robert Muchembled, Le temps des supplices, Armand Colin 1992].

   Jean II le Bon (1319-1350-1364), peu de temps après son accession au trône, signe une ordonnance destinée à assurer la tranquillité aux bourgeois de Paris, proscrivant les mendiants valides, les truands, comme on dit, les vagabonds et les oisifs, car ils sont à la charge des bourgeois paisibles pour lesquels ils représentent un danger. Ils ont trois jours pour quitter la ville sous peine de quatre jours de prison au pain et à l'eau à la première arrestation et d'un marquage au fer rouge à la seconde. Il est interdit aux fidèles de leur faire la charité, aux gouverneurs des hôpitaux de les abriter, comme il est interdit aux taverniers de garder des joueurs de dé et de donner à boire après le couvre-feu sonné par Notre-Dame. En 1367, le roi ordonne aux désœuvrés de se présenter sur les chantiers publics ou de partir à la campagne, sous peine de sanctions comme le fouet ou la prison. Mais rien n'y fait car en 1395, la police reçoit toujours l'ordre d'arrêter les vagabonds qui dorment sur les péniches à foin… et en 1496, Charles VIII (1470-1483-1498) ordonnera d'envoyer les vagabonds aux galères. "Le vagabond est un criminel car "il refuse de travailler comme Dieu le commande et d'autre part parce que les vagabonds, en tant que groupe, commettent des crimes, parce que, parmi eux, se recrutent des voleurs, des bandits et autres sbires…"

   Devant le fléau de la prostitution, Hugues Aubriot, prévôt de Paris de 1364 à 1380, a déjà interdit aux prostituées de sortir des rues où elles sont autorisées à exercer. Elles sont notamment confinées à l'Abreuvoir de Mâcon, c'est à dire entre le pont Saint-Michel et l'entrée de la rue de la Huchette, à l'actuelle rue du Renard (4ème), à la rue Chapon (3ème), au quartier du Huleu, c'est à dire des rues aux Ours, Saint-Martin et Bourg-l'Abbé (détruit dans les années 1570), ou encore au quartier de Glatigny, sur lequel sera construit l'Hôtel-Dieu. Les contrevenantes sont emprisonnées au Châtelet, puis bannies de Paris. Il leur est aussi interdit de porter de riches toilettes, mais jamais ces ordonnances ne seront respectées.

   En 1368, l'évêque de Châlons obtient du roi Charles V qu'il débarrasse la rue Chapon des prostituées. L'évêque y dispose d'un hôtel. Le roi a donné l'ordre, mais en pure perte. Et en 1403, puis 1430, le Parlement décide cette fois d'exiler les prostituées.

   Durant tout ce temps, un combat plus sanglant s'est déroulé à Paris en 1358 avec le coup d'Etat d'Etienne Marcel, le prévôt des marchands, qui s'imagine roi à la place de Jean II et entend réduire à néant le pouvoir du dauphin Charles V avec l'aide de Charles le Mauvais, roi de Navarre, et des Anglais (v. au palais du Louvre). Un ami d'Etienne Marcel, le riche commerçant Jean Maillard, sauvera la capitale en tuant Marcel qui ouvrait Paris aux Anglais (v. 4ème arr, pl de la Bastille), avant que le dauphin Charles V, devenu roi, (1338-1364-1380) ne charge Bertrand du Guesclin de se débarrasser de Charles le Mauvais et des Anglais. Ce qui sera fait en 1364 à Cocherel (Eure).

   En 1380, la population de Paris s’était ruée sur les boutiques et les maisons des Juifs et les a mises à sac en volant les objets de valeur et brutalisant les occupants. On les accuse de tous les maux alors que la France vient de connaître des années de fléaux comme la peste et on les oblige, depuis 1259, à porter la rouelle jaune. En 1380, on a aussi enlevé les enfants pour les baptiser de force, comme en 1242. Mais le lendemain de ces enlèvements, le prévôt de Paris Hugues Aubriot a envoyé récupérer les enfants pour les rendre à leurs parents auxquels il accorde des réparations. L’Université intentera alors un procès au prévôt pour outrage à l’Eglise et hérésie. On lui reproche sa défense des hérétiques et des relations charnelles avec des juives. On lui reproche aussi des relations avec des femmes adultères et de la magie noire pour amener les récalcitrantes à céder. Tout le monde l’abandonne, notamment la cour du roi, et il est enfermé à la prison du Fort l'Evêque, quai de la Mégisserie. Il sera condamné comme "fauteur de la perfidie judaïque, hérétique" et menacé d’être brûlé vif. Mais sur l’échafaud du Parvis de Notre-Dame, à genoux devant l’évêque et le recteur de l’Université, il reconnaîtra ses crimes et obtiendra l’absolution. Il ne sera condamné "qu’à la prison perpétuelle" au pain et à l’eau…

   Le règne de Charles VI le Fou (1368-1380-1422) est une catastrophe de plus, après le règne de son grand-père Jean II qui s'est trouvé très bien dans sa conditions de prisonnier choyé à Londres. Le règne de Charles VI va durer 42 ans, dont 30 ans de folie douce, mais parfois furieuse. Un règne qui va commencer par des réformes fiscales inconsidérées et provoquer la sanglante révolte des Maillotins.

   Ce règne va causer la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons. Le duc de Bourgogne Jean sans Peur, qui rêve de devenir roi de France, a fait assassiner par dix-huit de ses hommes le frère cadet du roi Charles VI, qu'il soupçonne d'être l'amant de la reine Isabeau de Bavière (v. 4ème arr, rue Vieille-du-Temple) et de gouverner secrètement la France. Mais Charles d'Orléans, fils de Louis, est allié du comte d'Armagnac et la guerre va commencer avec les Bourguignons qui eux, s'allient aux Anglais. Ce sont donc les Armagnacs qui défendent le royaume contre l'invasion anglaise, vainement puisqu'ils sont défaits à Azincourt en octobre 1415. Le roi Henri V d'Angleterre peut ainsi devenir roi de France et s'installer à Paris qui se trouve tantôt aux mains des Bourguignons, tantôt aux mains des Armagnacs, dans un incessant combat sanglant.

   Et ceci jusqu'à l'assassinat de Jean sans Peur, jusqu'à Jeanne d'Arc (1412-1431) et Charles VII (1402-1422-1461).

   Durant la première partie du règne de Charles VII, les Anglais qui règnent sur Paris font coudre dans des sacs et jeter dans la Seine les partisans du roi. Sous Louis XI, cette pratique se poursuit et il est écrit sur les sacs "Laissez passer la justice du roi". Ce procédé n'est cependant pas nouveau. Il a été employé sous Charles VI.

   "En dépit des sages réformes de saint Louis et de l'intervention des légistes eux-mêmes, la justice, dans les peines qu'elle infligeait, n'avait aucune règle certaine. Les supplices étaient arbitraires et semblaient ordonnés par le caprice des juges. Les délits les plus ordinaires se punissaient par le feu. On brûlait, on enterrait tout vifs les voleurs. Deux femmes coupables de vols furent en 1440, enterrées toutes vives (…). On plongeait dans une grande chaudière pleine d'eau bouillante les faux monnayeurs. Ces exécutions, fréquentes à Paris, avaient lieu au Marché aux Pourceaux, près de la porte Saint-Honoré. Pour les moindres délits, on coupait les oreilles. Bien souvent (sous les règnes de Charles VI et Louis XI), les gouvernants d'alors faisaient noyer dans la Seine les individus de toutes classes qu'on n'aurait point osé livrer aux juges, soit de peur d'inquiéter le peuple, soit parce qu'on manquait de preuves contre eux" [Amédée Gabourd, Histoire de Paris, Ed Gaume Frères, 1863].

   En 1439, la vie quotidienne a donc repris son cours, mais sévissent dans Paris des "Ecorcheurs" auxquels il arrive de choisir comme victimes un homme riche accompagné de préférence d'une femme belle. Ils enferment l'homme dans un coffre, exigeant une rançon, et si ce monsieur se montre trop récalcitrant, violent la dame sur le coffre.

   En 1466, on pend à Paris un Normand. On brûle sa fille à Maigny, près de Pontoise. Leur crime est d'avoir eu ensemble plusieurs enfants qu'ils ont tués dès leur naissance.

   Louis XII, petit-fils du duc d'Orléans assassiné par Jean sans Peur rue Vieille-du-Temple, décrétera que les soldats qui rançonneraient les paysans seraient punis de mort.

   Voyons tout cela en détail dans la section "Moyennâgeuse"…