pariscriminel

L'antisémitisme, comme la prostitution, semble avoir été depuis toujours une sorte de sparadrap collant parfaitement intégré à la vie quotidienne, indestructible, mais dont on ne s'est préoccupé qu'assez récemment, au XXème siècle.

Au XIIème siècle, en 1182, dans une habitude déjà longue de détestation des Juifs, Philippe-Auguste publiait de sévères édits contre eux, confisquait leurs immeubles, les obligeait à vendre leurs meubles et les chassait du royaume. Ils avaient le double défaut d'être "mécréants" et trop puissants dans le commerce. Le clergé désapprouvait, bien que le roi ait, par la même occasion, libéré les chrétiens de leurs dettes envers les juifs ...en prélevant 20% au passage...

Le roi saisissait les synagogues et interdisait aux juifs de revenir en France. L'interdiction devait tout de même être levée quelques années plus tard, en 1198.

A cette époque, la religion est une forte préoccupation. Depuis la fin du XIème siècle, on partait en croisades en Terre Sainte pour délivrer le tombeau du Christ des mains des musulmans, on réduisait par les armes les ambitions cathares dans le sud du pays, on brûlait les hérétiques. Et en 1215, le quatrième concile de Latran, ordonnant que l'on brûle les livres de la métaphysique d'Aristote enseignée à Paris, renforçait la lutte contre les hérétiques, les Juifs et les Sarrasins.

Les exactions royales contre les juifs se poursuivront sous saint Louis. En 1242, une vingtaine de charrettes remplies d'exemplaires du Talmud sont brûlées place de Grève. Les enfants juifs orphelins doivent être convertis au catholicisme et tous les juifs, en 1259, devront porter la "rouelle" jaune, un disque jaune cousu sur le devant et dans le dos de leur vêtement.

Le 22 juillet 1306, le roi Philippe IV le Bel ordonne encore qu'à moins de se convertir, tous les juifs seront arrêtés et leurs biens saisis. Leurs immeubles seront vendus au profit du Trésor public et tous seront bannis. Cent-mille personnes sont concernées, arrêtées, expulsées, durant l'été.

Les années passent, mais le problème demeure. En 1380, on assiste à des émeutes populaires antisémites. La population de Paris s’est ruée sur les boutiques et les maisons des Juifs et les a mises à sac en volant les objets de valeur et brutalisant les occupants. On les accuse de tous les maux alors que la France vient de connaître des années de fléaux comme la peste. On enlève des enfants pour les baptiser de force, comme en 1242. Mais le lendemain de ces enlèvements, le prévôt de Paris Hugues Aubriot fait récupérer les enfants pour les rendre à leurs parents, auxquels il accorde des réparations. Aussitôt, l’Université engage des poursuites contre lui pour outrage à l’Eglise et hérésie. On lui reproche sa défense des hérétiques, on lui impute des relations charnelles avec des juives. On lui reproche aussi des relations avec des femmes adultères et peut-être même de la magie noire pour amener les récalcitrantes à céder… Tout le monde l’abandonne, notamment la cour du roi. Le prévôt Aubriot est enfermé à la prison du Fort l'Evêque, condamné comme "fauteur de la perfidie judaïque, hérétique" et menacé d’être brûlé vif. Mais sur l’échafaud du Parvis de Notre-Dame le 17 mai 1381, à genoux devant l’évêque et le recteur de l’Université, il reconnaît ses crimes et obtient l’absolution. Il ne sera condamné "qu’à la prison perpétuelle" au pain et à l’eau...

En 1382 cependant, la révolte des Maillotins, c'est à dire la révolte des Parisiens armés d'un maillet, qui contestent un nouvel impôt indirect créé en mars 1381 - un douzième sur les denrées alimentaires - libérera Aubriot.

Dans cet état d'esprit, de vilaines histoires traînent aussi depuis longtemps contre les Juifs. Par exemple, cet acte sacrilège de 1290 dans le quartier des Archives raconté par l'historien Amédée Gabourd: "une pauvre femme avait emprunté 30 sols à un juif et lui avait donné en gage sa meilleure robe. La fête de Pâques s'approchant, la femme vint trouver le juif et le pria de lui rendre son habit pour ce seul jour qui, cette année, était le second d'avril. Le juif lui dit :*Si tu m'apportes ce pain que tu recevras à l'église et que vous autres chrétiens vous appelez votre Dieu, je te rendrai ta robe pour toujours et sans argent*. La femme en convint et ayant reçu la communion à Saint-Merri, sa paroisse, elle garda la sainte hostie et la porta au juif. Il la mit sur un coffre et la perça à coups de canif ; mais il fut bien étonné d'en voir sortir du sang. Il y enfonça un clou à coups de marteau et elle saigna encore. Il la jeta dans le feu, d'où elle sortit entière, voltigeant par la chambre ; enfin il la jeta dans une chaudière d'eau bouillante, qui parut teinte de sang et, l'hostie s'élevant au-dessus, la femme du juif, qu'il avait appelée, vit à la place Jésus-Christ en croix. La maison où ceci se passait était dans la rue nommée alors des Jardins, et plus tard des Billettes (…). Simon de Bussi, évêque de Paris, fit arrêter le juif et toute sa famille. Le coupable, interrogé, confessa tout, et l'évêque l'ayant exhorté à se repentir et à renoncer au judaïsme, il demeura obstiné. C'est pourquoi il fut livré au prévôt de Paris qui le condamna au feu et le fit exécuter. La femme et les enfants du juif se convertirent et reçurent le Baptême et la Confirmation de la main de l'évêque. L'hostie miraculeuse fut gardée à Saint-Jean-en-Grève, où on la montrait encore au XVIIIème siècle, et le peuple nomma la maison du juif la maison des miracles". [Amédée Gabourd, Histoire de Paris, Ed Gaume Frères, 1863].

 

De tous temps, jusqu'à la fin de la Seconde guerre mondiale, il fut mal vu d'être juif. En 1617, après l'assassinat du maréchal d'Ancre Concino Concini, par des hommes de Louis XIII, pour avoir confisqué le pouvoir sous la régence de Marie de Médicis, l'épouse de celui-ci, condamnée à mort, était notamment accusée de s'être fait soigner par des médecins juifs.

Jusqu'en 1810, existait un cimetière juif clandestin, derrière une auberge de la rue de Flandre, à la campagne. Les enterrements avaient lieu la nuit, discrètement, comme pour les suicidés et les comédiens. Le premier cimetière juif ne datait que de 1780.

En 1882, le peintre Jacquet fut poursuivi en justice par Alexandre Dumas pour l'avoir, par vengeance dans une affaire privée, représenté en "Marchand juif" dans l'exposition des aquarellistes... La justice ordonné aussitôt que l'oeuvre fut décrochée sans délai, avec l'aide éventuelle de la force publique.

Et l'on raconte enfin qu'un jour d'agitation à la Chambre des députés durant les années 1930, un élu aurait adressé cette amabilité à un collègue, en pleine séance: "Cela ne vous suffit pas d'être juif, il faut en plus que vous soyez communiste !"

 

Mais avant cela, il y a eu l'affaire Dreyfus et tout était permis. Il existait à l'époque une "Ligue antisémitique" ayant pignon sur rue ou encore un journal appelé l'Anti-juif que dirigeait le célèbre Jules Guérin, l'auteur du Fort-Chabrol.

 

Ce sont enfin les exactions des années 1940:

Le 27 septembre 1940, avant les lois sur "les ressortissants étrangers de race juive", une ordonnance allemande va faire obligation aux juifs de se déclarer dans les commissariats de police parisiens. Des milliers de personnes vont devoir se présenter pour recevoir une carte d'identité avec la mention "Juif".

Plusieurs rafles sont organisées. Plus de 3.000 personnes sont arrêtées le 14 mai 1941 à Paris, Plus de 4.000 en août 1941. Le 13 décembre 1941, 743 Juifs appartenant à des milieux aisés, industriels, médecins, avocats, sont arrêtés par la police allemande. Trois cents d'entre eux, seront internés à l'Ecole militaire avant d'être envoyés au camp de Compiègne. Enfin, c'est la "rafle du Vel-d'hiv". Le 16 juillet 1942, 13.152 Juifs sont arrêtés à Paris sur ordre de l'Occupant et entassés au "Vel-d'Hiv", le vélodrome d'hiver construit en 1910 au coin de la rue de Grenelle et de la rue Nélaton et démoli en 1959. Au total, 76.000 Juifs de France auront été déportés vers les camps nazis.