pariscriminel

   Les galères ont disparu, remplacées par les travaux forcés, lorsque Louis XV a supprimé cette peine par une ordonnance du 27 septembre 1748. Mais on parla encore de "condamnation aux galères" pendant des décennies pour évoquer une condamnation au bagne. Mais cette ordonnance de Louis XV avait décidé le désarmement des galères et l'installation des condamnés dans des "bagnes", à terre, que l'on créa dans les ports de Brest, Rochefort, Toulon…  Là, les bagnards furent employés à des travaux de force tout en étant autorisés travailler à leur profit personnel hors du temps d'activité, ce qui transforma certains "bagnes" en une sorte de grands magasins…

   Mais avant le désarmement de 1748, les galères françaises étaient des imitations des navires de l'Antiquité. Six mètres de large, quarante à quarante-six mètres de longueur pour la plupart, 26 à 32 avirons maniés chacun par trois à quatre forçats enchaînés. Elles n'ont guère changé depuis cette époque et sont un vaisseau très important de la période du Moyen Age. A la Renaissance, en 1535, la France dispose de 30 galères en mer, servies par des forçats enchaînés. Le roi fournit les forçats et de riches particuliers fournissent les navires. Le capitaine reçoit 400 écus par an et doit entretenir l'embarcation.

   En 1544, François Ier décide que seuls iront aux galères ceux qui auront encouru la mort. En 1564, son petit-fils Charles IX ajoutera qu'on ne peut aller aux galères pour moins de dix ans. Louis XIII, allégeant le régime, interdira en 1613 de condamner aux galères pour moins de 6 ans seulement.

   Par la suite, on put être condamné aux galères pour trois, cinq, six ou neuf ans et un historien cite comme cause de condamnation aux galères au XVIIème siècle le vol dans les champs ou dans les églises, l'enlèvement de bornes, le faux, le vol en récidive, la polygamie, et même l'endormissement des sentinelles, puni de mort jusqu'en septembre 1676… C'est qu'à l'époque, avant 1791, l'emprisonnement n'est pas une peine en soi et il n'y a guère de choix pour éloigner le criminel.

   Les galères n'ont pas qu'un rôle punitif. Elles servent aussi à la guerre. En septembre 1638, les quinze galères de la Méditerranée se battent contre les Espagnols en Provence. Les forçats ont intérêt à se démener pour ne pas se faire éperonner et couler avec leur navire. En 1661, quand Colbert prend en main la marine, la France compte 900 forçats en mer. Mais cependant, les galères sont vieilles et en mauvais état, comme tous les vaisseaux. Colbert décide alors d'armer les galères pour escorter les navires marchands, victimes de brigands. La galère, à l'époque, est la principale force maritime de la Turquie, de l'Espagne, de l'Italie, de Gênes, de Malte, de Venise...

   Nécessité faisant loi, Louis XIV et Colbert vont faire savoir aux magistrats qu'il est plus utile de condamner aux galères qu'à la peine de mort. Il s'agit de maintenir une forte présence française en mer et de vider notamment la méditerranée des pirates qui l'infestent. Cependant, la justice ne fournit pas assez, la France tente alors d'acheter des rameurs Turcs sur les marchés de Malte. Les prisonniers de guerre espagnols sont aussi enchaînés par Louis XIV sur les galères, comme forçats. Pour le même crime, un accusé jeune ou en bonne santé a toutes les chances d'aller aux galères, alors qu'un autre sera condamné à mort [Gazette des Tribunaux, 23 et 27 septembre1854].

   Les condamnés aux galères, sous Louis XIV, subissent la flagellation et la flétrissure ; l'oreille coupée avant de partir pour Brest ou Marseille et de s'embarquer sur un des 40 navires. Ils ne peuvent plus jamais revenir à Paris sous peine d'être renvoyés en mer.

   On ne condamne aux galères ni les femmes, qui subissent le fouet et la réclusion à l'hôpital-général, ni les vieillards, les malades ou les estropiés, inaptes à ramer. La flétrissure (oreille coupée), laissant trop de traces et empêchant toute réinsertion, sera remplacée par le marquage au fer rouge de la fleur de lys. Jusqu'à ce que roi Louis XV abolisse cette marque en 1724. Désormais, on écrira "GAL".

   Les condamnés aux galères s'en vont à pied rejoindre leur embarquement. Un anneau autour du cou, relié à un autre à la cheville et à un troisième au poignet. Usuriers et autres délinquants intellectuels, condamnés en rupture de ban, militaires déserteurs, polygames, les accompagnent. Jusqu'à ce que l'ordonnance royale du 27 septembre 1748 décide de désarmer les navires de la chiourme qui sera désormais gardée à terre, dans les bagnes [GT 6.8.1846].