pariscriminel

En 1230 déjà, le roi saint Louis (1214-1226-1270) décidait que les prostituées seraient chassées de partout et leurs biens confisqués, comme les maisons de ceux qui leur loueraient un logement en connaissance de cause. Le roi voulait être impitoyable. Mais, malgré une ordonnance de 1259 particulièrement sévère, ce commerce s'exerçait toujours dans tout Paris.

Le roi avait rendu la prostitution clandestine mais demeurait contraint de la tolérer. Il l'admit alors "dans les villes, à la charge qu'elles ne demeureraient que dans les rues reculées et séparées de celles des gens d'honneur, et qu'on ne leur louerait point de logis en d'autres quartiers, à peine de perte des loyers et d'autres châtiments" [Henri Sauval, La chronique scandaleuse de Paris, Daragon éditeur 1910].

En 1319, le ministre Villeroy, voulant les chasser de la rue du Louvre car elles y causaient scandale et désordre, entreprit d'acheter les maisons affectées à leur activité.

Mais le fléau de la prostitution régnait toujours cinquante ans plus tard. Devant ce fait, Hugues Aubriot, prévôt de Paris de 1364 à 1380, avait déjà interdit aux prostituées de sortir des rues où elles étaient autorisées à exercer. Elles étaient notamment confinées à l'Abreuvoir de Mâcon, c'est à dire entre le pont Saint-Michel et l'entrée de la rue de la Huchette, à l'actuelle rue du Renard à la rue Chapon dans le quartier de Beaubourg, aux rues aux Ours, Saint-Martin et Bourg-l'Abbé, c'est à dire au quartier du Huleu, (détruit dans les années 1570), ou encore au quartier de Glatigny, sur lequel a été construit l'Hôtel-Dieu. Les contrevenantes devaient être emprisonnées au Châtelet, puis bannies de Paris. Il leur était aussi interdit de porter de riches toilettes.

Mais jamais ces ordonnances ne furent respectées. 

En 1368, l'évêque de Châlons avait obtenu du roi Charles V qu'il débarrasse la rue Chapon des prostituées. L'évêque y disposait d'un hôtel. Le roi donna donc l'ordre, mais ce fût peine perdue.

De nouvelles mesures se succédèrent. En 1403 et 1430, le Parlement décidait d'exiler les prostituées.

 Au siècle suivant, le fléau de la prostitution était toujours vivant: "François Ier (1494-1515-1547), témoin des désordres, des excès et des crimes de tout genre qu'enfantaient autour de lui la violence, le brigandage et la révolte, introduisit dans la législation pénale des supplices atroces, tels que celui de la roue, et prodigué à chaque instant, même pour des fautes légères, les peines de la hart, des verges, des oreilles coupées, des galères, du feu ; Il voulut rétablir la sécurité publique par des *effroïances*" [Amédée Gabourd, Histoire de Paris, Ed Gaume Frères, 1863].

C'est ainsi par exemple que "le supplice de la roue fut transporté d'Allemagne en France, au temps de François 1er, contre le brigandage que les peines ordinaires étaient impuissantes à réprimer" [Adolphe Guillot, Les prisons de Paris et les prisonniers, Dentu 1890].

 Car le roi était sévère. A la demande de la reine, François Ier fit détruire en 1518 le quartier de Glatigny, haut lieu de la prostitution.

A partir de 1648, on enferma à la Salpêtrière, 47 bd de l'Hôpital, toutes les miséreuses ramassées dans Paris. Les femmes rejoignaient ainsi les mendiants dont l'activité était interdite depuis longtemps aussi.

D'hospice obligatoire en prison, la Salpêtrière devint un lieu de détention pour les femmes en 1684, par décision de Louis XIV qui décida d'y enfermer non seulement les prostituées et les mendiantes, mais également les condamnées à la réclusion. Il fallut d'ailleurs agrandir les lieux  …et Louis-Sébastien Mercier estimait à 40.000 le nombre de "filles publiques" à Paris dans les années 1780. Selon lui, elles "empêchaient le viol", de ce fait, devenu "très rare" [Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris et Le Nouveau Paris, Robert Laffont 1990].

La prostitution est cependant, dans la première moitié du XIXème, l'une des principales causes d'arrestations, avec le tapage, les voies de fait et le vol [Simone Delattre, Les douze heures noires, la nuit à Paris au XIXème, Albin Michel 2000].

Sous le Second Empire, les Champs-Elysées, lieu campagnard encore désert, forment un repaire de prostituées et d'homosexuels. Pourtant, en 1830, le préfet Mangin avait décidé d'interdire ce commerce hors des maisons de tolérance. En 1832, Paris comptait 220 maisons de tolérance. Mais l'interdiction du préfet Mangin ne servit à rien et dans les années 1850 ou 1860, on arrêtait toujours la nuit plusieurs milliers de femmes par an. A proximité de la Barrière de l'Etoile (place de l'Etoile), dans les années 1850, cette activité des prostituées, accolées à des bandits, était un souci des autorités car les filles entraînent les passants dans des endroits sombres où ils étaient brutalisés et dévalisés.

Bref, la question de la chasse à la prostitution occupa tous les siècles et tous les régimes, autoritaires ou non, et aucun ne réussit jamais à la faire disparaître. 

Dans les années 1990, le délit de "racolage" était censé prévenir les activités trop voyantes. Mais en faire la preuve devant les tribunaux s'avérait difficile.

Il était alors question d'interdire purement et simplement la prostitution. La République, pleine de certitudes, remettait l'ouvrage sur le métier en affirmant que la prostitution disparaîtrait, qu'on le veuille ou non. Il suffisait de l'interdire, selon les gouvernants…

En novembre 1996, un sondage révélait que les trois quarts des Français étaient hostiles à ce projet d'interdiction mais depuis avril 2016, la loi punit les clients des prostituées qui, cependant, travaillent toujours.

(dessin Cham 1818-1879)