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Assassinat aux Buttes Chaumont, 1842.

1 Rue Botzaris Paris

Le 6 avril 1842, on découvre dans le parc le corps de Cataigne, cocher chez le loueur de voitures Julian, 164 rue Saint-Dominique. Il a été assassiné et jeté au fond d'un trou. Des ouvriers ont trouvé le cadavre à 5 heures du matin, en prenant leur travail dans un carrière de plâtre, exploitée en escalier, de sorte qu'on ne peut pas tomber du haut jusqu'au fond. Le corps est vêtu d'une redingote noire avec insigne de la Légion d'honneur. Le chapeau, découvert à proximité, est écrasé à l'endroit d'une plaie sur la tête, ce qui indique que l'on avait frappé le malheureux… On a aussi fouillé les poches. La victime est identifiée comme Joseph-Hyacinthe Cataigne, cocher, ancien militaire, blessé à Friedland, réformé en 1815 après les campagnes de Prusse, d'Autriche et de Russie. La fille de la victime, sachant que son père avait en poche un reçu du Mont de Piété pour y avoir engagé une chaîne en or, alerte aussitôt cet établissement pour que l'on arrête l'individu qui viendrait avec ce reçu récupérer le bijou. Heureuse initiative car dès le lendemain, un homme se présente. C'est un Russe nommé Moller, qui parle difficilement français mais indique avoir acheté ce papier pour un peu plus de 2 francs, au cabaret du Petit Ramponneau, à la Courtille (photo). Le policier Louis Canler prend alors Moller par la main et l'emmène à la Courtille. Il doit reconnaître son vendeur. En chemin, place de Grève, il échange deux mots avec un policier qui conduit au dépôt une fille publique connue pour être des plus malhonnêtes, puis s'en va installer Moller au cabaret. Mais Moller ne reconnaît personne. Il ne dit rien. En fin de journée, il explique n'avoir reconnu qu'une seule personne durant le périple ; la fille publique de la place de Grève. Elle a assisté à la vente du reçu. Désespéré, Canler file au dépôt. Il promet la liberté à la fille si elle dit qui a vendu le reçu. Malheureusement, la demoiselle ne connaît le vendeur que sous le nom de "Délicat". Par chance, un tenancier de garni du passage Philibert, informateur de police à ses heures, déclare compter "Délicat" parmi ses locataires. Il n'y a donc plus qu'à l'attendre. On arrête ainsi le "Grand Charles", c'est à dire Joseph Mirault, 29 ans, ouvrier sellier, et Délicat, c'est à dire Victor Vallet, 24 ans, ouvrier sur les ports. Et aussi Pierre-Edouard Villetard, plombier de 32 ans. Tous demeurent dans l'hôtel meublé de M. Frech, 19 passage Philibert (auj, rue Robert-Houdin, 11ème arr). Devant la cour d'assises, le 28 octobre, face à l'avocat général Paul Bresson, Me Leroyer assure la défense avec Me Duchesne et Me de Coral. Mais rien n'y fait. Vallet et Mirault sont condamnés à mort. Villetard à 20 ans de travaux forcés avec exposition. Mirault échappera à la guillotine, sa peine commuée par le roi, mais il sera tout de même exposé le 27 juin 1842 dans la cour du Palais de justice, avec Vallet qui terminera exécuté le 9 février 1843.

(dessin X, DR)