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Le scandale des décorations, 1887.

31 Avenue de Wagram Paris

Le 7 octobre 1887, alors que le ministère de la Guerre se prépare à classer une affaire de trafic de décorations avec quelques sanctions disciplinaires visant des généraux, le journal "Le XIXème siècle" révèle toute l'affaire. Devenu public, le trafic va provoquer la plus grave crise politique en France, avec la démission du président de la République Jules Grévy. Pour l'instant, le général Caffarel, sous-chef d'état-major au ministère de la Guerre, qui demeure rue La Trémoille, est suspecté de participer au trafic et mis en disponibilité. On lui reproche de se rendre tous les jours chez une dame Limouzin, 31 avenue de Wagram. Le 8 octobre, il est emprisonné à la prison militaire du Cherche-Midi et l'on perquisitionne chez lui, comme chez la dame Limouzin. Le chef de la Sûreté en personne, Jean-Marie Goron, mène l'opération. Depuis quelques jours, Goron a établi son poste d'observation dans le bistrot d'en face. Dès lors que la presse a tout révélé, que l'enterrement de l'affaire n'est plus possible, l'autorité va frapper : On arrête aussitôt un nommé Laurent, 10 rue Laugier, et les documents découverts provoquent dans les jours suivants, l'arrestation d'une dame Rattazzi, d'une dame Véron qui se fait appeler "de Courteuil", et d'un nommé Bayle. Le 12 octobre, une nouvelle perquisition a lieu au domicile du général-sénateur d'Andlau, 97 rue du Bac, mais celui-ci a déjà disparu. Le général sera rayé des cadres de l'armée par le président Grévy le 19 octobre, et la Légion d'Honneur lui sera retirée le 20. L'affaire des décorations est jugée par le tribunal correctionnel le 6 novembre 1887. Adélaïde Limouzin, 45 ans, Paul-Eugène Lorentz, 46 ans, courtier, le général Charles-Louis Caffarel, 58 ans, Caroline Rattazzi, 45 ans, Eustasie-Marie Véron, dite de Courteuil, 50 ans, Martin-Martial Bayle, 58 ans, homme d'affaires, et le général Joseph d'Andlau, comte d'Andlau, sénateur, en fuite, sont jugés pour s'être fait remettre de l'argent par des clients auxquels ils ont laissé croire qu'ils pouvaient leur obtenir la Légion d'Honneur. On dit que la dame Limouzin vendait la décoration à 25.000 francs. Un fabricant de moutarde nommé Vicat a été candidat et a donné 5 à 6.000 francs à Mme Limouzin. Un chimiste, Bravais, avait payé 20.000 francs. Un sieur Michel, inventeur d'un système de gamelles militaires appelé Bouthéon, a payé aussi, une somme de 10.000 francs, comme un carrossier nommé Renault. Le 11 novembre, Portalis, directeur du "XIXème siècle", est cambriolé dans son hôtel du 6 rue Juliette-Lamber (17ème). On ne lui vole que des documents concernant des hommes politiques et aucun objet de valeur. Le 25 octobre, le concierge avait déjà chassé des cambrioleurs à coups de fusil. Portalis est aussi agressé à 9h du soir, le 10 novembre, boulevard Malesherbes, au coin de la rue Jouffroy. Il reçoit un violent coup à la nuque, d'un individu arrivé en courant derrière lui. L'agresseur, poursuivi par la victime sera arrêté par des passants. Il déclare se nommer Paul Santoni, palefrenier. En réalité, c'est Pierre Zulpha, 19 ans, déjà condamné pour violences, qui prétend se venger d'un coup de canne reçu antérieurement de Portalis. On l'emprisonne à Mazas et on le condamne à 2 ans de prison et 50 francs d'amende le 23 janvier 1888. Mais voilà qu'apparaît dans l'affaire, après une nouvelle perquisition chez Mme Limouzin, le nom de Daniel Wilson (photo), député d'Indre-et-Loire et gendre du président Grévy. Wilson a un bureau à l'Elysée et participe activement au trafic en transmettant les demandes de décorations à Mme Limouzin. Il se débat dans les ennuis et obtient un non-lieu de la cour d'appel, le 13 décembre 1887. Entre temps, le 14 novembre, le tribunal correctionnel a rendu son jugement. Il a condamné le général-sénateur d'Andlau à 5 ans d'emprisonnement, 3.000 francs d'amende et 10 ans de privation des droits civiques. Il a condamné Mme Ratazzi à 13 mois d'emprisonnement et 2.000 francs d'amende, Bayle à 4 mois d'emprisonnement, Mme Véron à 2 mois. Le président de la République, soucieux de l'honneur, à l'époque, a démissionné le 2 décembre. La cour d'appel de Paris confirmera ce jugement le 29 novembre 1887. Le cas des autres prévenus sera jugé en mars 1888. Le 20 mars en effet, le général Caffarel est condamné à 3.000 francs d'amende et la dame Limouzin à 6 mois d'emprisonnement. Le 16 février 1888, second procès ; c'est au tour du député Wilson, 47 ans, finalement jugé après des non-lieu, de comparaître en correctionnelle avec Alfred Dubreuil, 47 ans, employé, François Ribaudeau, 40 ans, administrateur du journal "Le Moniteur de l'exposition universelle", Armand Hébert, 49 ans, employé, et la femme Ratazzi à nouveau, 35 ans. Le jugement du 1er mars condamne Wilson à 2 ans d'emprisonnement, 3.000 francs d'amende et 5 ans de privation des droits civiques, Dubreuil à 4 mois d'emprisonnement, Ribaudeau à 8 mois, Hébert à un mois, et relaxa Ratazzi. Mais le 26 mars 1888, la cour d'appel, rejugeant l'affaire, va relaxer tous ces prévenus. Wilson sera réélu député en 1893 et le préfet de police de Paris, Gragnon, révoqué par le ministre de l'Intérieur Armand Fallières, à cause de la disparition des lettres de Wilson à Mme Limouzin...

(photo X)