Retour à la liste

Duels au Bois de Vincennes.

Allée Royale Paris Paris

Dans le Bois, le député Mathieu de La Redorte se bat en duel au pistolet, un matin de 1849, avec le directeur du Corsaire, Jean-Louis Viennot. Ce dernier tire le premier, mais rate et le député va le blesser gravement à la main.

Cependant, les temps changent et le duel est devenu risqué pour les survivants. Car le 22 juin 1837, par un revirement de jurisprudence particulièrement important, la Cour de cassation a jugé que le duel n'était plus un homicide légitime et que l'auteur de la mort devait être jugé.

A proximité de la route de Charenton, un duel a fait un mort le 6 décembre 1838. Mallet, négociant en vins 7 rue du Faubourg-Poissonnière, a reçu une balle dans l'œil droit qui a traversé la tête. Il se battait contre un nommé Busche, demeurant 19 rue du Faubourg Saint-Honoré, pour une histoire de dispute dans un café. Jacques Busche, 32 ans, agent d'affaires, propriétaire né à Murat, et ses témoins Charles Durand, 21 ans, commis-marchand, et Jean-Nicolas Bronet, 23 ans, papetier, sont donc jugés le 12 avril 1839 par la cour d'assises. Le 3 décembre, Busche s'est gravement disputé avec un avocat nommé Redarès, pour une histoire d'argent. La dispute a été si vive que l'on a décidé d'un duel et que l'on s'est donné rendez-vous chez Mallet qui devait être témoin de Redarès. Mais Mallet a décidé d'empêcher le duel et invité tout le monde à déjeuner. On a fait les comptes, finalement favorables à Redarès, ce que Busche a reconnu, on s'est serré la main et l'affaire a été terminée …jusqu'à la sortie du restaurant. Car dans le franchissement de la porte, voilà qu'une nouvelle dispute éclate. Mallet vient de traiter Busche de lâche. Aussitôt, on monte en voiture avec Durand et Bronet, pour Vincennes. Busche tire le premier. Il fait mouche, Mallet meurt. Le 2 avril 1839, la cour d'assises acquittera tout le monde. Malgré l'arrêt de la Cour de cassation de 1837, la mort en duel n'est pas un meurtre, dans la conscience collective. D'ailleurs, quelques jours plus tard, le 18 février 1839, un sous-lieutenant du 53ème régiment, âgé de 25 ans, sera tué en duel par un camarade de Saint-Cyr, à Vincennes. Ils s'étaient rencontrés par hasard, dans le passage de l'Opéra et après s'être sans doute disputés, avaient pris le chemin de Vincennes.

La Gendarmerie de Vincennes empêche pour la première fois un duel au fleuret, programmé pour le 19 juin 1845 dans le bois entre un officier et un employé du ministère de la Guerre. On ne sait pour quel motif. Jusque-là, l'autorité fermait les yeux, la justice ne poursuivait pas. Depuis qu'elle poursuit, depuis le revirement de la Cour de cassation de 1837, la justice acquitte beaucoup, sinon régulièrement. Mais cette fois, les deux adversaires ont été suivis et arrêtés. Deux mois plus tard, le 13 août 1845, la Cour de cassation confirmera son arrêt du 22 juin 1837, jugera que le duel est un contrat immoral et refusera un non-lieu au journaliste Beauvallon (v. 16ème arr, Bois de Boulogne).

(dessin Petit Journal)