Retour à la liste

Le terrible abbé Contrafatto, 1827.

Rue Flechier Paris Paris

La presse de 1827 signale que de nombreux articles sont "supprimés par la censure". Ainsi, la comparution d'un prêtre, manifestement accusé de viol, appelé Joseph Contrafatto (photo), est-elle évoquée de façon très elliptique par La Gazette des tribunaux. On explique qu'à l'audience, le président de la cour d'assises de la Seine, Nicolas Monmerqué, a "présenté son résumé qui a duré plus d'une heure, et dont les expressions pleines de mesure, de force et de convenance, n'ont pas un seul instant, au milieu de tant de détails obscènes, blessé les oreilles les plus délicates". Le président a expliqué que le prêtre, officiant à Notre-Dame-de-Lorette, a "foulé au pied les premiers principes, non seulement du chrétien, mais encore de l'homme sorti des mains de la nature..." Et "un enfant à peine âgé de cinq ans aurait-il pu inventer des horreurs que souvent on arrive à la fin de la vie sans avoir connues ?" Contrafatto fait l'objet de mauvais renseignements, notamment dans son immeuble du 91 rue Coquenard (rue Lamartine, entre la rue de Rochechouart et l'église Notre-Dame de Lorette). On précise que "le vendredi Saint, il mangea du bœuf et des saucisses. Les propos qu'il adressait quelquefois chez la portière aux femmes qui passaient, étaient d'une indécence révoltante. Il rentrait rarement avant minuit, souvent plus tard. C'était de tous les locataires, celui qui rentrait le plus tard (...). Des femmes venaient souvent chez lui, sous prétexte d'apprendre la langue italienne et y restaient enfermées dans sa chambre pendant plusieurs heures..." Le sacristain a d'ailleurs lui aussi donné aussi de mauvais renseignements. La presse ne donnera pas plus de renseignements sur les actes reprochés au prêtre. C'est "censuré" et c'est grave.

L'affaire va faire un bruit énorme. L’abbé Contrafatto, d’origine sicilienne, s’est installé dans son petit appartement de la rue Coquenard le 8 avril 1827. Il a en même temps, un an après son arrivée en France, obtenu l’autorisation du curé de Notre-Dame-de-Lorette, d’officier quotidiennement dans l'église. Pourtant dès juillet 1827, une plainte a été déposée contre lui pour attentat à la pudeur sur une enfant de 5 ans, Hortense Le Bon. Il bénéficiera cependant d’une ordonnance de non-lieu. Mais la mère de l’enfant va déposer une nouvelle plainte en voyant que reparaître Contrafatto dans le quartier quelques mois plus tard. L’abbé, après avoir attiré l’enfant chez lui avec quelques friandises, l’a menacée de l’enfermer dans une prison toute noire si elle disait un mot. Le 15 octobre 1827, à force d'obstination de la mère, l'abbé Contrafatto est enfin arrêté et traduit en cour d’assises. Il est défendu par Me Ledru alors qu'Antoine de Vaufreland tient le siège du ministère public. L’audience a donc lieu à huis clos et Contrafatto en sort le 15 octobre 1827, condamné aux travaux forcés à perpétuité et à être marqué des lettres TP. Il sera marqué au fer rouge, en public, dans la cour du palais de justice, le 30 janvier 1828 (v. Palais de justice, cour du Mai). Déjà, des livres sont parus chez des éditeurs-libraires du Palais-Royal. Le 24 septembre 1843, le roi réduira la peine à 4 ans, après l'avoir déjà commuée en réclusion criminelle à perpétuité en 1838.

(dessin X)