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Crimes à Sainte-Pélagie.

40 Rue de la Clef Paris

Vingt-neuf détenus, accusés de "cris séditieux" et arrêtés parmi 195 personnes en avril 1834 à la Porte Saint-Martin, vont réussir à s'évader de Sainte-Pélagie le 12 juillet 1835. Ils ont creusé un souterrain dans les caves qui les a conduits à un jardin de la rue Copeau (Lacepède). Mais l'affaire a été éventée. Rouzée et Puison sont repris et condamnés le 26 août 1835 à 6 mois d'emprisonnement et 50 francs d'amende. Linotte est condamné à 2 mois et Loubet à un mois. Un peu plus tard, le 11 novembre 1835, la cour d'assises jugera d'autres auteurs d'une autre tentative d'évasion. Celle du 22 août 1835, fondée sur le même principe du souterrain, mais qui elle, n'a pas réussi. On a creusé vers la maison du 19 rue de la Clé, mais cela s'est encore su. Le principal accusé est Michel-Ange Perrier, avocat à Lyon, dont un frère est détenu. Tous les accusés sont des "accusés d'avril", accusés d'avoir participé aux émeutes d'avril 1834. Ils seront tous acquittés de la tentative d'évasion. Mais 79 d'entre eux comparaîtront devant la Cours des Pairs en décembre 1835. Le 24 décembre, la Cour va prononcer des peines de un à vingt ans de détention pour des émeutiers de la région de Lyon et Grenoble, alors qu'elle condamnera à des peines de 5 à 15 ans, le 23 janvier 1836, ceux de Paris. Quelques uns seront condamnés à la déportation.

Les émeutes du 15 février 1831 causées par l'affaire de Saint-Germain-l'Auxerrois, ont gagné l'intérieur de la prison où une évasion de groupe devra être contrée par la force (v. suite pont de l'Archevêché).

Le soldat Pothier, gardien à Sainte-Pélagie, comparaît devant le conseil de guerre le 26 avril 1841 car, voulant faire peur à un détenu agité nommé Dauty, qui secouait les barreaux de sa fenêtre et l'injuriait, il lui a tiré une balle dans la tête. Pothier plaide l'accident et sera acquitté le 4 mai 1841.

Une tentative d'évasion est encore organisée par treize détenus, mais échoue, le 15 mai 1847. Un souterrain a été découvert alors qu'il était déjà creusé jusqu'au jardin du 7 rue Copeau (rue Lacepède). Le tribunal correctionnel condamnera le 11 août sept d'entre eux à des peines d'emprisonnement de 6 à 10 mois.

Le 3 mai 1854, le détenu William Adams alerte le directeur. On lui a volé dans son portefeuille la somme de 41.400 francs ! On accuse Moniot, mais ce prisonnier sera acquitté par la cour d'assises le 7 avril 1854.

Le 15 mai 1869, vers 8 heures du soir, les détenus de Sainte-Pélagie ont ouvert leurs fenêtres pour crier "A bas l'empereur, à mort l'empereur, vive la République, vive la guillotine !.." Puis ils ont chanté la Marseillaise, le Chant du Départ et celui des Girondins. Sainte-Pélagie abrite à ce moment 500 à 600 détenus, selon le directeur M. Terrault. On poursuivra en justice pour ces cris trois détenus qui seront condamnés chacun à 3 mois d'emprisonnement et 16 francs d'amende le 11 juin 1869. Entre-temps, le 9 juin, des troubles ont agité Paris à l'occasion des élections. Parmi les prisonniers, soixante-dix personnes avaient été arrêtées le soir des 12, 13 et 14 mai, pour des troubles ou des cris séditieux. Le 12 juin, la foule va lancer des pierres à la Garde de Paris, boulevard de Belleville. Une barricade sera même dressée à la barrière du Combat (pl du Colonel-Fabien), vite balayée par les forces de l'ordre, et le lendemain, une foule énorme, non violente, se promènera sur les grands boulevards. Chaque jour, le tribunal condamne de plus en plus de monde pour des outrages à agents et des cris hostiles à l'empereur.

Sous ce Second Empire, la prison de Sainte-Pélagie est un établissement doux. Une sorte d'hôtellerie obligatoire où l'on peut recevoir ses amis, correspondre avec le dehors, donner de petites fêtes et tout faire en un mot, à la condition de ne pas sortir. Et encore le préfet de police accorde-t-il des permissions sans difficultés. Proudhon va se promener un jour par semaine, Vallès va au spectacle et sort tous les jours jusqu'à minuit, un autre fait des parties de colin-maillard dans les escaliers. Proudhon y demeurera trois ans (1849-1852) pour offenses au président de la République. Avant de devenir membre du gouvernement de Défense nationale, Rochefort, détenu six mois, y haranguera la foule rassemblée dans la rue…

Raoul Rigault, qui s'est octroyé sous la Commune les fonctions de préfet de police en même temps que de procureur général (v préfecture de police) assassine dans la prison, le 23 mai 1871, au dernier jour de l'insurrection, l'avocat Gustave Chaudey, détenu à Sainte-Pélagie. Pourtant, Chaudey a défendu Rigault et a été son ami. Mais Rigault a promis qu'il le tuerait pour avoir commandé le feu, place de l'Hôtel-de-Ville, le 22 janvier 1871. Rigault s’est présenté en personne pour le tuer de ses mains. Et dans l'élan, il tue d'autres détenus. Le 30 novembre 1871, cinq personnes seront jugées pour avoir accompagné Rigault. Simon Préau de Wedel, 27 ans, ingénieur, est condamné à mort et fusillé le 19 mars 1872 à Satory. Henri Benn, 42 ans, industriel, est condamné à 2 ans d'emprisonnement, Martin Berthier, 23 ans, ciseleur, à 10 ans de travaux forcés, comme le passementier Jean-Victor Pollet et le cordonnier Auguste Soipteur.