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Révoltes place de Grève.

Place de l'Hôtel de Ville Paris Paris

Le soir du 28 octobre 1867, au passage de la voiture de l'empereur, place de l'Hôtel de Ville, des gens crient "Vive Garibaldi !"  En Italie, les troupes de Garibaldi combattent les Français et l'Église catholique. Les sergents de ville les arrêtent immédiatement, mais se heurtent à une vive résistance. On échange des coups. Cinq étudiants en droit sont cependant condamnés à 15 jours d'emprisonnement le 13 novembre pour cris séditieux et rébellion.

Une émeute secoue la place de l'Hôtel de Ville le 31 octobre 1870 à l'annonce par Adolphe Thiers de la prise du Bourget par les Prussiens et de la reddition du général Bazaine, chef des armées françaises, enfermé dans Metz avec 170.000 hommes. Un détachement du 101ème bataillon de marche a brisé toutes les vitres de l'Hôtel de Ville à coups de fusil. On compte 15 morts. Le capitaine du bataillon Jean-Ferdinand Vitrat sera jugé par le conseil de guerre le 12 mars pour avoir, de plus, insulté les généraux Trochu et Thomas, mais il obtiendra l'acquittement. Lors de cette émeute, Blanqui, Flourens et Delescluze ont investi l'Hôtel-de-Ville, retenu une partie des membres du gouvernement prisonniers toute la journée mais, n'ayant pas réussi à prendre le pouvoir, ont dû les libérer à 3h du matin, le 31 octobre. Le 22 février, le conseil de guerre juge donc "l'attentat du 31 octobre 1870", c'est à dire Blanqui, Flourens, Delescluze et leurs partisans. Une foule considérable tente d'assister au jugement des 22 accusés. Mais Blanqui et Flourens se sont éclipsés et sont jugés par contumace. Le 23 février, il y a 5 acquittements. Le 10 mars, 7 autres sont acquittés alors que Jules Vallès est condamné à 6 mois pour complicité de séquestration. Le 11 mars Blanqui, Flourens, Levrault et Cyrille sont condamnés à mort. Tous les autres s'entendent infliger 2 ans d'emprisonnement.

De mai à novembre 1871, Blanqui va demeurer caché dans le fort du Taureau, une prison-forteresse isolée sur un écueil, au large de Morlaix.

Flourens est un habitué de la justice. Avec Bologne, Oudet et Allix il a été condamné par le tribunal correctionnel à un an d'emprisonnement le 12 février 1870 parce qu'il a tenu le 11 janvier une réunion, 8 rue de Paris, à Belleville, sur le sujet de "La commune sociale, voies et moyens d'exécution", et pour avoir refusé de dissoudre la réunion à la demande de la police.
Vallès condamné, son journal, Le Cri du Peuple, est interdit, ainsi que Le Mot d'ordre, le journal d'Henri Rochefort. Flourens mourra le 3 avril 1871 à Chatou, à la tête d'une colonne de Communards, sortis de Paris pour attaquer le gouvernement, à Versailles. Dans la même offensive du 3 avril, le "général" Duval, commandant une autre colonne, sera capturé et fusillé à Châtillon.

Entre temps, le 22 janvier 1871, le gouvernement fait tirer sur les militants ouvriers qui tentent, sur la place de l'Hôtel de Ville, d'imposer le gouvernement du peuple. Louise Michel est là. L'événement, annonciateur de la révolte de la Commune, est lié au chaos qui a suivi la défaite de 1870. Dès le 14 août les Blanquistes ont tenté un coup de main. Le 20, l'armée de Bazaine, a été enfermée dans Metz. L'armée du général de Mac-Mahon, a reçu l'ordre d'aller le délivrer au lieu de protéger Paris et s'est trouvée à son tour enfermée dans Sedan. Le 2 septembre, elle a capitulé et l'empereur a été fait prisonnier. Le siège de Paris a commencé le 19 septembre, l'impératrice avait quitté les Tuileries le 4, alors que l'on proclamait la République, que Jules Favre et Léon Gambetta prenaient le pouvoir à l'Hôtel-de-Ville et créaient le gouvernement de Défense nationale. Le 5 janvier 1871 a commencé le bombardement de Paris. Ce 22 janvier 1871, le gouvernement, qui ne croit plus en la victoire, fait donc tirer sur la foule des révolutionnaires qui tentent un ultime coup de main. On comptera 30 morts. Le 27 janvier, c'est l'armistice, la fin du bombardement. On mange les rats. Les élections législatives imposées par Bismarck créent une chambre monarchiste élue par la province alors que Paris élit des républicains dont Malon, Delescluze, Millière, Garibaldi. Des révolutionnaires. Cette chambre monarchiste siège à Bordeaux, fait de Versailles la capitale, fait condamner à mort Blanqui et Flourens, révolutionnaires en vogue. Mais elle n'ose pas désarmer la Garde nationale car c'est une opération délicate. Cependant, voyant qu'elle s'organise en force autonome, son chef, le général Clément Thomas décide de démissionner, vainement remplacé par Vinoy, puis Aurelles. C'est grave, car la Garde nationale, qui détient les canons cachés aux Prussiens, n'obéit plus qu'à son "comité central". Le 15 mars, Adolphe Thiers arrive à Paris pour remettre de l'ordre. Dès le 16, c'est la révolution, la révolte de la Commune de Paris.

Le 24 mai 1871, la Commune, au plus fort de la révolte, incendie l'Hôtel de Ville. L'incendie ne sera éteint que le 28. Aussitôt, on fouillera les cendres pour retrouver la statue d'Henri IV en morceaux, mais complète, des statues de bronze de François 1er, de Louis XIV, les pendules monumentales du salon des fêtes, etc... Plusieurs milliers de médailles seront également retrouvées dans les cendres et transportées au musée Carnavalet.

Louis-Auguste Blanqui comparait à nouveau devant le conseil de guerre le 15 février 1872, à l'âge de 67 ans. "C'est un vieillard petit et fort maigre, ses cheveux et sa barbe d'une grande blancheur sont assez longs et donnent à sa physionomie un aspect tout à fait original", dit la presse. Il est jugé cette fois pour l'"attentat" du 22 janvier 1871 à l'Hôtel de Ville. La foule avait investi l'Hôtel de Ville et mis en place un gouvernement au sein duquel figurait Blanqui. Il avait réussi à s'échapper et on ne l'avait retrouvé qu'à l'émeute suivante, au Café du Gaz, 33 rue de Rivoli, où il avait failli être arrêté à 2h de l'après-midi. Mais ses accompagnateurs avaient tiré sur les gardes nationaux et il s'était échappé. On lui reproche principalement d'avoir séquestré le 31 octobre les membres du gouvernement de défense nationale Trochu, Jules Favre, Jules Ferry, Emmanuel Arago... Le16 février il est condamné à la déportation en enceinte fortifiée.

Elu malgré cela député de Bordeaux le 20 avril 1879, Blanqui est remis en liberté le 11 juin. Il mourra le 1er janvier 1881 (v. suite 6ème arr, rue du Cherche-Midi).