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La préfecture quai des Orfèvres, 1871.

36 Quai des Orfèvres Paris

Jusqu'en 1871, la préfecture de police, créée en 1800, a occupé l'ancien hôtel des Premiers présidents du parlement de Paris, qui se trouvait à l'emplacement du 36 quai des Orfèvres, à l'angle de la rue de Jérusalem.

En 1832, le préfet de police Henry Gisquet (1831-1836), nomme Eugène-François Vidocq, l'ancien bagnard évadé, chef de la police de Sûreté (v. 6ème arr, rue de l'Hirondelle).

Jean-Antoine Pradeilles, condamné aux travaux forcés à perpétuité par le conseil de guerre le 11 décembre 1862, pour tentative d'assassinat et vol sur un chemin public, s'est évadé le 21 avril 1863 du bagne de Toulon. Revenu à Paris sous un faux nom, il a tenté d'obtenir des papiers à la préfecture, mais un agent l'a trouvé suspect et l'affaire à mal tourné. On en est venu aux mains, il a tiré un coup de pistolet, mais a raté le policier. Ce qui lui a valu le 6 octobre 1864 une seconde condamnation aux travaux forcés à perpétuité.

Durant la révolte de la Commune de Paris, en mars-mai 1871, l'un des plus virulents communards, Raoul Rigault, 25 ans, anticlérical jusqu'à l'obsession, s'installe comme "procureur de la Commune" à la place du préfet de police. Nous sommes le 20 mars 1871. Avec Théophile Ferré, son adjoint, il fait emprisonner 200 à 300 ecclésiastiques, transforme les églises en cachots et en magasins, crée la loi des otages. "Je ne fais pas de la légalité ici, je fais de la révolution", dit-il à Coré, directeur du dépôt, qui lui fait observer qu'il n'a pas le pouvoir de le destituer. Rigault a fait emprisonner en masse des policiers et gendarmes. Au point que la Commune décidera de vérifier ses actes et d'aller entendre les prisonniers dans leur prison. Rigault se livre à des orgies dans les salons de la préfecture, pendant qu'on se bat dans Paris. Le 22 mars 1871, Rigault donne l'ordre aux directeurs des prisons de libérer tous les détenus militaires. Le 4 avril, cumulant les fonctions de préfet de police et de procureur général, par auto proclamation, il fait arrêter Mgr Darboy, l'archevêque de Paris. Le capitaine Journeaux et le lieutenant Létourneau se présentent donc, réquisitionnent la voiture de l'archevêque, entrent dans ses appartements. Ils emmènent l'abbé Petit, vicaire-général, et font comparaître les deux ecclésiastiques devant Rigault qui applique la politique, anticléricale avant tout, de la Commune. "Comment ? Vous osez arrêter un ministre de la religion ! Un citoyen étranger à la politique ! Voyez ce que vous allez faire, mes enfants !" dit l'archevêque. La réponse de Rigault est peu spirituelle :"Il y a assez longtemps que vous nous faites cette plaisanterie. On en a assez de votre religion". L'interrogatoire par Rigault et son complice Gaston Dacosta, étudiant en droit, commence alors. On reproche aux autorités religieuses de correspondre avec Versailles, de soutenir la réaction... et on les envoie au dépôt. On arrête ensuite l'abbé Crozes, aumônier de Mazas, lorsqu'il vient voir Mgr Darboy, et on pille l'archevêché. Dacosta, condamné à mort le 27 juin 1872, secrétaire de Rigault, auteur de pillages, d'arrestations, d'interrogatoires, d'ordres de mort, bénéficiera d'une mesure de grâce inattendue. Sa peine sera commuée en travaux forcés à perpétuité le 22 janvier 1873 et il mourra en 1909. Charles Létourneau, seul survivant, 52 ans, sera condamné aux travaux forcés à perpétuité le 29 novembre 1871. Le 23 mai, alors que tout est fini, que les troupes régulières de Versailles ont repris Paris en deux jours, Rigault se rend à la prison Sainte-Pélagie, choisit les prisonniers qu'il faut fusiller séance tenante, besogne dont se charge un nommé Chaudey. Une de ses connaissances. Le 24, il fait fusiller à la Roquette le président Bonjean, magistrat de la Cour de cassation, et les prêtres emprisonnés, puis organise l'incendie de la préfecture de police et du palais de justice. Il sera fusillé à la Sorbonne le même jour. Louise Michel écrira que Rigault a été "assassiné rue Gay-Lussac où il demeurait" par un officier qui "lui brûla la cervelle à bout portant" [Louise Michel, La Commune]. C'est Ferré qui décidera de faire tuer les plus importants otages en réaction à la victoire certaine des troupes régulières  (l'archevêque de Paris, ou les dominicains d'Arcueil…) Rigault est assisté dans ses œuvres par le dessinateur de presse Georges Pilotelle, âgé de 26 ans, qui sera condamné à mort par contumace en 1874 après avoir fui en Angleterre. Il mourra à Londres en 1918.

(sur Raoul Rigault, v. suite 14ème arr, bd Arago).