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Dans la cour du Palais.

4 Boulevard du Palais Paris-1ER-Arrondissement

Jusqu'à l'abolition d'avril 1848, les condamnés "à l'exposition", peine complémentaire de certaines peines criminelles, sont exposés sur un pilori dressé dans la Cour du Mai. Ainsi, sept femmes sont-elles exposées le 8 mars 1826, dont la "nommée Perroux", condamnée à mort pour incendie, mais dont la peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité. Le 4 avril suivant, six autres condamnés pour des faux en écritures, sont exposés et marqués au fer.

Un doute subsiste quant à l'emplacement exact des piloris. Car la Place du Palais de justice, sur laquelle ils sont installés, se situait exactement à l'emplacement de l'actuelle place Louis Lépine, de l'autre côté du boulevard du Palais qui s'appelait à l'époque rue de la Barillerie. Ainsi y a-t-il "place du Palais de justice", le 16 octobre 1830, "une forêt de piloris", selon les gazettes, puisque neuf condamnés y sont exposés et que douze autres piquets portent sur des écriteaux les noms de condamnés en fuite afin de jeter la honte sur eux. Les condamnés à cette peine de "l'exposition", se vengent traditionnellement en riant et en insultant les passants venus les observer sous le nez.

Pour l'exposition de Joseph Contrafatto, le 30 janvier 1828, les préparatifs commencèrent à 9 heures du matin. "Au moment où Contrafatto a été adossé à l'un des poteaux, et surtout lorsque l'écriteau où se lisaient en gros caractères ses noms, profession et domicile fut posé, la multitude qui grossissait de minute en minute a éprouvé une sensation inexprimable. Bientôt la place et toutes les rues adjacentes ont été encombrées de flots de spectateurs qui se sont pressés autour de l'échafaud, tout le temps de l'exposition. Les exécuteurs ont approché le fer brûlant de l'épaule de Contrafatto (…)" Le spectacle a provoqué une joie féroce à une partie de la foule, "des huées contre le coupable, des exclamations et des applaudissements ont éclaté pendant plusieurs minutes. La voiture qui le ramenait à Bicêtre a été suivie, pendant longtemps, par une troupe d'individus proférant des cris…" (Louis Chevalier, Classes laborieuses, classes dangereuses, Plon 1969).

Dix malfaiteurs sont encore exposés au carcan du Palais le 30 août 1831. Comme le veut la tradition, les injures fusent vers les spectateurs. A midi, poussés dans une voiture cellulaire, ils repartent vers la prison de Bicêtre sous une escorte de gendarmes. Mais sur le quai aux Fleurs, une suspente de la voiture se brise, immobilisant le fourgon, à demi couché. Les détenus restent enfermés et les forces de l'ordre vont essayer durant plusieurs heures de redresser l'engin, sous les yeux d'une foule considérable. Il faudra finalement amener une autre voiture et transborder les détenus...

Le 15 juillet 1836, 18 personnes, sont exposées au palais. Dont François, le complice de Lacenaire, qui se fait insulter et traiter d'assassin par son voisin, appelé Mouton. Le 19 juillet, tous partiront au bagne de Brest en chantant, comme le veut encore la tradition. Une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes assistera au défilé, à partir de la Roquette. Cette fois, le capitaine de gendarmerie Thorez, qui commande la chaîne de ces 225 forçats, leur fera enlever chapeaux de paille et ornements divers. Il leur faudra 21 jours pour arriver à Brest en dormant dans les granges et en insultant au passage tous les gendarmes qu'ils croiseront.

Le 25 août 1819, une foule immense encombre la cour du Palais. Les gendarmes ne parviennent pas à faire monter à un condamné les marches qui mènent à la charette, à la sortie de la Conciergerie. Le prisonnier n'est pas n'importe qui. C'est Jean Sarazin, officier français, ex-secrétaire du Général Marceau en Vendée, condamné au pilori, à dix ans de travaux forcés notamment, pour avoir déserté et fui en Angleterre, pour avoir épousé trois femmes dont deux Anglaises, laissé celles-ci et deux enfants dans la misère et abjuré la religion catholique...

Le 29 juin 1833, dix condamnés sont exposés mais ils ne sont plus attachés par un collier de fer. Ils portent des menottes et une "forte courroie", dit un journaliste.

Le 20 juin 1836, plusieurs personnes sont exposées de onze heures à midi. Parmi elles, on note Porphire-Marie Delaune, avocat, condamné à mort pour un complot contre le gouvernement.

Le 9 août 1844, une foule considérable observe l'exposition de quelques femmes.

Après s'être longtemps dressé aux Halles, le pilori occupera la place du Palais de justice de 1832 à 1848, date de sa suppression. Pour les condamnés en fuite, on exposera leur image.

Le 25 avril 1849, le bourreau expose ainsi sur la place publique, sur le poteau du carcan, le nom de Louis Blanc, condamné par contumace par la Haute Cour de Bourges pour le coup d'État raté de mai 1848.

Le conseil municipal de Paris a décidé en janvier 1893 d'installer la buvette des avocats là où elle est toujours. La Gazette des tribunaux a regretté ce choix le 23 janvier 1893. Ce sous-sol, "au fond de la petite cour de l'ancienne entrée de la Conciergerie (...) est une sorte de caveau humide privé d'air et de jour, qui obligera à descendre plusieurs étages et dont l'accès sera ouvert à tous les passants du dehors...".

(photo CPA)