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La révolte de la Commune, mars 1871.

Rue du Chevalier de la Barre Paris Paris

La révolte de la Commune de Paris débute à Montmartre (v. aussi pl de l'Hôtel-de-Ville) le 18 mars 1871. La construction de la basilique sera d'ailleurs décidée en 1873 en expiation aux crimes de la Commune. Cette émeute sanglante se terminera dans le sang, le dimanche 28 mai au cimetière du Père Lachaise (v. 20è arr) et au fort de Vincennes (v. Fusillés à Vincennes).

Le 18 mars 1871, l'armée vient reprendre possession, à Montmartre, des canons que, pendant le siège et l'occupation de Paris par les Prussiens, la Garde nationale, milice de citoyens créée en 1789, a cachés à l'ennemi. Ces canons, la Garde nationale était allée les prendre par la force à Passy, où ils étaient remisés, car elle craignait qu'ils ne soient livrés à l'occupant. Depuis le 1er mars, la Garde nationale a ainsi récupéré des canons dans tout Paris, dans les casernes et sur les remparts. L'opération du 18 mars, décidée par le gouvernement d'Adolphe Thiers, commence à 3h du matin, mais faute de chevaux, elle traîne. A 6h cependant, le général Lecomte a atteint le plateau supérieur des Buttes Montmartre et le 18ème régiment de chasseurs à pied est maître des canons. En attendant l'arrivée des attelages, le général fait l'inventaire lorsque vers 8 heures, la foule et les gardes nationaux font irruption, un nommé Jean-Jacques Garcin en tête, en criant "A bas les chasseurs, vive la Ligue !". Le général s'oppose à ce que l'on tire et s'avance vers la foule, mais est jeté à terre, frappé et emmené au Château-Rouge. D'autres versions expliquent que devant le poste du 61ème bataillon des gardes nationaux, rue des Rosiers (du Chevalier-de-La-Barre), le général Lecomte, tenta de faire tirer sur les manifestants mais que les soldats refusèrent et fraternisèrent.

"… les femmes se jettent sur les canons, les mitrailleuses; les soldats restent immobiles. Tandis que le général Lecomte commande feu sur la foule, un sous-officier sortant des rangs se place devant sa compagnie et plus haut que Lecomte crie: Crosse en l'air ! Les soldats obéissent. C'était Verdaguerre qui fut, pour ce fait surtout, fusillé par Versailles quelques mois plus tard. La révolution était faite. Lecomte arrêté au moment où pour la troisième fois il commandait le feu, fut conduit rue des Rosiers où vint le rejoindre Clément-Thomas, reconnu tandis qu'en vêtements civils, il étudiait les barricades de Montmartre", écrira Louise Michel [Louise Michel, La Commune, 1898].

Au même instant, les insurgés arrêtent place Pigalle le général Clément Thomas, ex-commandant de la Garde nationale, qui vient d'être reconnu à proximité de la barricade de la rue des Martyrs. Ils rassemblent les deux officiers, leur reprochent la défaite de 1870, les menacent de mort.

Pendant ce temps, la population fait boire les soldats et reprend "ses canons". Une dépêche de 10h30 donne au gouvernement de "très mauvaises nouvelles de Montmartre" ou "la troupe n'a pas voulu agir". Les deux généraux vont être rapidement fusillés par des soldats du 88ème régiment de Ligne, dans le jardin du 36 rue des Rosiers (photo). Cette maison, qui abritera le comité central de la Commune, est aussi la maison natale d'Eugène Varlin, un ouvrier-relieur révolutionnaire, secrétaire de la Ière Internationale, fomentateur de révoltes aux mines du Creusot dans les années 1860, qui mourra fusillé par les Versaillais au coin de la rue Bonne en mai 1871. Les deux généraux seront enterrés au cimetière Saint-Vincent.

Devant l'émeute, Thiers, président du Conseil, part à Versailles. C'est le début de "la Commune". Un auteur qualifiera le mouvement de "révolution pacifique", mais la Commune matera cependant dès le 21 mars dans le quartier de la Bourse, la résistance des mairies des 1er et 2ème arrondissements vis à vis du comité central. Le même auteur écrira aussi que les élections du 26 mars 1871 se déroulent à Paris "en toute liberté" puisque des adversaires du comité central, comme Louis Blanc, sont élus.

Mais selon Émile Zola, nombre de Parisiens s'enfuient, que les boutiques ferment, que les journaux non révolutionnaires disparaissent.

Après la mort du chef communard Flourens, tué par un gendarme le 2 avril 1871 à Chatou, alors qu'il part à la tête d'un groupe décidé à attaquer Versailles, la Commune décide d'emprisonner des supposés pro-Versaillais et de tuer trois de ces otages à chaque exécution d'un des siens. La Commune, avant tout anticléricale, qui a prononcé la séparation de l'Eglise et de l'Etat le 2 avril 1871, arrêtera l'archevêque de Paris et le premier président de la Cour de cassation. Thiers refusera d'échanger l'archevêque contre Blanqui. Car il avait besoin de Mgr Darboy comme Martyr, écrira le même auteur qui qualifie les Communards de "romantiques" et les Versaillais de "politiciens sans générosité" . "Nous sommes aathées parce que l'homme ne sera jamais libre tant qu'il n'aura pas chassé Dieu de son intelligence et de sa raison", écrit Louise Michel dans "La Commune".

Louise Michel, "la Vierge rouge" (v. 10è arr, rue du Château-d'Eau), va prendre une part active au mouvement. Lors de la répression de la Commune, les Versaillais arrêteront sa mère pour qu'elle se livre à sa place. Elle partira ainsi le 24 août 1873 sur le même navire qu'Henri Rochefort, "Le Virginie", de Rochefort-sur-Mer, et débarquera à Nouméa le 10 décembre 1873. Elle reviendra cependant en 1880 (v. suite 8è arr, Gare Saint-Lazare).

Vingt-sept personnes répondront devant le conseil de guerre, à Versailles, le 3 novembre 1871, de l'assassinat des généraux Clément-Thomas et Lecomte, au premier jour de la Commune. Des gardes nationaux principalement, qui nieront avoir été sur place ou avoir participé. Georges Clemenceau, maire de Montmartre, déposera comme témoin et se montrera furieux car, bien que non poursuivi, on lui reproche de ne pas avoir bougé. Le 18 novembre, le conseil de guerre prononcera huit condamnations à mort (Joseph Verdaguer, employé de chemin de fer, Jules Masselot, horloger, Charles-Marie Lagrange, commerçant, Charles Leblond, garçon de café, Simon Mayer, homme de lettres, Ludovic Lacroix-Herpin, lithographe, Joseph Aldenoffe, journalier, et Victor Fourche), trois condamnations aux travaux forcés à perpétuité (dont Honoré Gobin, serrurier), trois condamnations à 10 ans de travaux forcés (Arthur et François Chevalier, cordonniers, ainsi que Pierre Poncin, également cordonnier), et une à la déportation (Joseph Kazdansky, sans profession). Le conseil acquittera neuf personnes et condamnera les autres à un emprisonnement d'un à cinq ans. Seuls Verdaguer, Herpin-Lacroix et Lagrange seront fusillés à Satory le 23 février 1872. Lagrange avait constitué le peloton d'exécution des généraux.

Le conseil de guerre jugera encore le 26 mars 1878 Jean-Jacques Garcin, 73 ans, dessinateur sur étoffes, qui sera lui aussi condamné à mort pour sa participation au meurtre des généraux Lecomte et Thomas.

Petit à petit, en quelques jours, la ville passe aux mains des comités insurrectionnels. L'uniforme du "Communeux", dit-on à l'époque, est l'uniforme de la Garde nationale, possédé par nombre de civils et sous lequel a commencé l'action. Le 15 mars d'ailleurs, la Garde nationale a été consignée chez elle.

La Commune de Paris, née aussi d'un puissant mouvement ouvrier développé par Eugène Varlin dans les années 1860 se soldera par 17.000 morts, 40.000 arrestations, 13.000 condamnations dont 270 condamnations à mort, 410 aux travaux forcés, 3.400 à l'emprisonnement et 7.500 à la déportation. Il faut ajouter aux condamnations à mort les exécutions sans jugement.

La Commune de Paris aura été l'expression d'un mouvement communiste avant l'heure, et elle en utilise le vocabulaire en ne parlant que de "délégués, de comités, de commissaires…" Dans l'Ouvrier de l'avenir, le 19 mars, il est écrit:"Nous voulons qu'il soit mis un terme à l'ignoble exploitation des travailleurs par les capitalistes. Nous voulons pouvoir désormais nourrir nos enfants avec le produit de notre travail, lorsque aujourd'hui le plus clair de ce produit rentre dans les coffres-forts des capitalistes, ces ventrus et ventripotents dont la graisse et l'obésité sont une insulte perpétuelle jetée à la face blême et amaigrie du travailleur".

La Commune aura été aussi et avant tout un mouvement anticlérical (v. 10è arr, Eglise Saint-Vincent-de-Paul), prêchant l'expropriation des chefs d'entreprises, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la suppression du budget des cultes et l'expropriation de l'Eglise, la suppression de l'enseignement religieux, "la mine au mineur, la terre au paysan et l'usine à l'ouvrier". "Son premier, son pire ennemi, c'est le prêtre, le *marchand de religion*. L'insurgé de 1871 est un déchristianisateur", écrira un historien [Jacques Rougerie, Paris libre 1871, Seuil 2004] (v. suuite 4è arr, boulevard du Palais).

(photo X, DR)