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Marin Lhuissier, avril 1835.

92 Rue de Richelieu Paris

La rue Richelieu est encombrée de curieux le 30 avril 1835. On vient d'y dénicher Marin Lhuissier, l'auteur du meurtre de Catherine Ferrand, une pauvre fille de 20 ans dont on a repêché le corps dans la Seine le 24 avril. Les jambes dans un paquet sous le pont de la Concorde, le reste dans un autre baluchon, près de la pompe de Chaillot. Catherine Ferrand a été reconnue à la morgue par une ex-voisine qui l'avait vue déménager le jeudi 23 avec son futur mari. Une nouvelle rencontre qui lui avait promis le mariage. Cet homme, c'est Marin Lhuissier, un tapissier de 44 ans qui a abandonné femme et enfants l'an dernier, au 36 de la rue Richelieu, et s'est installé sans vergogne à quelques pas de chez eux, au numéro 92, avec Joséphine Leconte, une jeune apprentie orpheline de 23 ans que sa femme avait recueillie à la maison... Avec Joséphine, Marin Lhuissier loue une chambre au 4ème étage du 92. C'est comme ça qu'il a su qu'un logement de quatre pièces était à louer au dessus des garages. Sans rien dire à quiconque, il l'a loué voici huit jours pour y installer Catherine Ferrand, après lui avoir promis le mariage. La pauvre fille ignorait que Lhuissier avait déjà une femme légitime, des enfants et une maîtresse habituelle, Joséphine, laquelle venait d'ailleurs d'accoucher ! Le déménagement fait, le jeudi 23, Catherine a été tuée aussitôt d'un coup de marteau derrière la tête. Le lendemain, Lhuissier a passé la journée à la découper et à l'empaqueter. Et le soir, il est allé emprunter au grainetier Delbès, 3 rue Rameau, une petite charrette pour transporter "des tapis", à livrer de toute urgence à la Chambre des députés. Delbès lui a prêté son commis François Alloux mais ce dernier n'a guère pu aider car Lhuissier a préféré aller lui-même chercher les paquets chez lui et aller seul les livrer à la Chambre, laissant Alloux au bistrot. "En réalité, j'ai livré des gigots saignants", a dit Lhuissier, au retour, à son aide. L'aide n'a pas compris tous ces mystères, mais Lhuissier avait peur d'avoir taché la brouette... Le lendemain, Lhuissier, avec les économies de sa victime, a payé ses dettes, vendu des bijoux, rapporté du pâté et du vin à la maison... Mais la police, de son côté, a rencontré l'ancienne voisine de Catherine Ferrand qui a donné l'adresse du 92 rue Richelieu. C'est que par curiosité, histoire de savoir, elle a suivi le déménagement... En trois jours, la police a identifié Lhuissier, l'ancien tapissier du palais des Tuileries, qui finira sur l'échafaud le 1er mars 1836 après avoir nié l'évidence durant trois jours de procès, en janvier.

(à lire dans : "100 crimes à Paris", Olivier Richou et Michel Martin-Roland, Ed l'Opportun, 2015)