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Attentats aux Tuileries.

12 Quai des Tuileries Paris

Six mois après l'attentat d'Alibaud, le 25 juin 1836, un attentat est à nouveau commis contre le roi Louis-Philippe sur le quai des Tuileries, le 27 décembre 1836. La voiture royale qui passe à la hauteur de la première grille, en direction du Palais-Bourbon, essuie un coup de feu. Un coup de revolver qui brise une vitre dont les éclats vont blesser le duc d'Orléans, assis au fond, à la gauche du roi, ainsi que le duc de Nemours. Le tireur est immédiatement arrêté. Il a 20 ans, mesure 5 pieds et 2 pouces, a la "figure large et commune, sans expression". Il est, de plus, malade de la gale, selon les constatations du médecin de la Conciergerie. L'homme refuse de donner son nom et réclame à "casser la croûte". Le lendemain, la description donnée par les journaux permet de découvrir qu'il s'agit de Meunier, un sellier-harnacheur de 27 ans, ouvrier chez Lavaux, 30 rue Montmartre. Il habite d'ailleurs au 26 de la rue. Or, Lavaux faisait justement partie de la garde nationale qui escortait le roi. Jean-François Meunier est décrit comme sans intelligence. Il fait des paris : avaler un pot de moutarde ou deux bouteilles d'eau de vie, par exemple… Le 7 mars, on arrêtera aussi François Mohaud et Jean-Pierre Larne. Meunier a enfin parlé. Il a expliqué qu'à l'occasion d'un pari de plus, il a tiré au sort avec ses deux complices pour savoir lequel tuerait le roi. Les trois joueurs vont donc comparaître devant la Cour des Pairs le 21 avril 1837, mais seul Meunier sera condamné le 25 avril à subir la peine des parricides. Les deux autres sont acquittés. Le 27 avril, sa peine sera commuée par le roi en peine de la déportation. "Meunier a témoigné les plus vifs sentiments de repentir et de reconnaissance", a jugé Louis-Philippe. Meunier partira le 14 mai pour la Nouvelle-Orléans, en s'embarquant au Havre, avec pour toute fortune en poche mille francs remis par la préfecture... Mais dès le 9 mai 1837, Louis-Philippe signera une ordonnance d'amnistie des détenus politiques. La peine de Meunier et celle de Boireau, membre de la bande Fieschi, seront commuées en dix ans de bannissement. Boireau partira pour les États-Unis

A l'occasion du mariage du duc d'Orléans, le roi gracie encore 631 militaires condamnés aux travaux publics ou au boulet. Il réduit la peine de 206 autres et gracie 18 condamnés à mort. La justice militaire en France, en 1834, année ordinaire, avait prononcé 78 condamnations à mort, 305 aux travaux forcés ou aux fers, 142 à la réclusion, 322 au boulet, 619 aux travaux publics, 2883 à l'emprisonnement, 7 à la destitution et 9 à une amende.

Louis-Philippe est particulièrement visé par les mécontents. Le 15 octobre 1840, un nouvel attentat vise le roi alors que la voiture royale arrive sur le quai des Tuileries pour prendre la route de Saint-Cloud. Un individu tire avec une petite carabine cachée sous sa veste, mais trop fortement chargée. L'arme explose et l'assassin est gravement blessé à la main. Il se laisse arrêter. Interrogé, il déclare au préfet Gabriel Delessert qui l'interroge se nommer Darmès et être conspirateur de profession. Il affirme regretter de n'avoir pas tué le roi car il avait mis cinq balles et deux chevrotines. "J'avais pourtant visé juste et je le tenais", dit-il. Ce sont ses seules déclarations. Il refuse de dire autre chose. Il a 40 ans et portait encore deux pistolets et un poignard lorsqu'il s'est posté derrière le poteau de droite du poste des Lions, quasiment à la hauteur du pont de la Concorde. Les morceaux de sa carabine seront retrouvés à 5 ou 6 mètres de là. L'attentat a aussi blessé un valet de pied et un garde national. Une brève enquête révélera que la police tient là Marius-Ennemond Darmès, 43 ans, 41 rue de Paradis (10ème), ancien domestique du prince de Condé dans les années 1830, qui déclamait contre "les mangeurs de biscuits du Château". Il sera un temps question de lui couper la main, mais il ne sera amputé finalement que de deux doigts. Le procès s'ouvre le 23 mai 1841 devant la Cour des Pairs, au Luxembourg. Comme toujours, l'audience est interdite aux dames… Darmès est un petit homme châtain. Avec lui, comparaissent Valentin Duclos, 44 ans, loueur de cabriolets, 4 passage de la Goutte-d'Or, et Claude-François Considère, 31 ans, marchand de vins, 8 rue du Vieux-Chemin, à Montmartre. Duclos est décrit comme violent, capable d'un mauvais coup. Chez lui, il y a des journaux républicains et il a participé en juin 1832, à la barricade de la rue Saint-Merri. Considère, le troisième ami a été condamné en 1832 à 5 ans de réclusion pour non-révélation d'un complot. Le procureur-général Franck-Carré parle après les avocats Ledru, Blot-Lequesne et Pinède et le 29 mai 1841 Darmès est condamné à la peine des parricides, c'est à dire à être conduit pieds nus, exposé sur l'échafaud pendant la lecture de l'arrêt, recouvert d'un voile noir, puis immédiatement exécuté. Les deux autres sont acquittés. Darmès sera exécuté le 31 mai 1841, place Saint-Jacques. Dès 4 heures du matin, les curieux vont converger pendant que le convoi traversera le jardin du Luxembourg. Il a fallu faire appel au bourreau de Seine-et-Oise, celui de la Seine étant malade.