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Des affaires de littérature.

14 Quai des Orfèvres Paris

Cent onze boulangers se pressent le 4 septembre 1839 devant les juges du tribunal correctionnel. On les a convoqués pour tromperie. Cinquante-huit sont condamnés pour la vente de pains trop légers. Le 26 septembre, ils seront 149 condamnés. Ce qui n'a rien exceptionnel car nombre de commerçants sont régulièrement condamnés pour la détention de faux poids. Par exemple, le 25 octobre 1839, 80 boulangers sont encore condamnés.

Le 20 août 1857, le tribunal correctionnel juge sans le savoir un procès historique. Charles Baudelaire, son imprimeur Poulet-Malassis et l'éditeur Debroise comparaissent "pour la publication d'un ouvrage intitulé *Les Fleurs du mal*". Offense à la morale religieuse, outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs. Me Chaix d'Est-Ange (fils) plaide pour Baudelaire. Le tribunal va relaxer les prévenus pour offense à la morale religieuse. Pour le reste, il déclare que "l'erreur du poète dans le but qu'il voulait atteindre et dans la route qu'il a suivie, quelque effort de style qu'il ait pu faire, quel que soit le blâme qui précède ou qui suit ses peintures, ne saurait détruire l'effet funeste des tableaux qu'il présente au lecteur et qui, dans les pièces incriminées, conduisent nécessairement à l'excitation des sens par un réalisme grossier et offensant pour la pudeur..." Baudelaire est condamné à 300 francs d'amende, les deux autres à 100 francs, et le tribunal ordonne la suppression de six passages du recueil.

Un mois plus tard, le 26 septembre 1857, le tribunal juge l'éditeur et l'imprimeur des "Mystères du Peuple", d'Eugène Sue, qui vient de mourir : Chabot-Fontenay, éditeur 32 rue Notre-Dame des Victoires, et Mme veuve Donday-Dupré, imprimeur, 46 rue Saint-Louis au Marais. Le tribunal juge que l'auteur a entrepris l'ouvrage en 1849 "et ne l'a continué jusqu'en 1857 qu'en haine des institutions et du gouvernement de son pays, que dans un but évident de démoralisation ; que l'on y trouve en effet dans chaque volume, à chaque page, la négation ou le renversement de tous les principes sur lesquels reposent la religion, la morale et la société". Est aussi poursuivi le co-auteur, Claude Maurice, baron de La Chastre, condamné à un an d'emprisonnement et 6.000 francs d'amende. Chabot est condamné à 2 mois d'emprisonnement et 2.000 francs d'amende, Donday à un mois d'emprisonnement et 1.000 francs d'amende. Les juges ordonnent enfin la suppression et la destruction de tous les exemplaires de l'ouvrage...

Pierre-Joseph Proudhon quant à lui, est condamné le 3 juin 1858 par le tribunal correctionnel à 3 ans d'emprisonnement et 4.000 francs d'amende pour son ouvrage intitulé "De la justice dans la Révolution et dans l'Église", qui critique la religion et fait l'apologie de l'adultère.

Alexandre Dumas n'y échappera pas mais l'affaire est plus grave, bien qu'elle ait été totalement oubliée. Dumas est condamné le 1er juillet 1859 pour contrefaçon, à 100 francs d'amende. Édouard Merlieux, auteur des "Souvenirs d'une Française captive de Schamyl", en 1857, a prouvé que Dumas père avait, dans "Le Caucase", publié en 1859, recopié 75 pages de son livre...

(dessin X)