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Dans la cour de la Sainte Chapelle.

4 Boulevard du Palais Paris-1ER-Arrondissement

Le 20 décembre 1892, un fourgon cellulaire s'ébranle dans la cour de la Sainte-Chapelle, emmenant à la prison de Mazas, sur ordre du juge d'instruction Franqueville, Marius Fontane et Charles de Lesseps, administrateurs de la société de Panama, ainsi que Charles-François Sans-Leroy, député de l'Ariège. Lesseps a convaincu le gouvernement de la nécessité de la construction du canal de Panama, après le canal de Suez. Mais le climat équatorial, les éboulements de terrain et les épidémies ont décimé les ouvriers. De plus, devant ce chantier pharaonique, le budget de 600 millions de francs s'est révélé très largement insuffisant. Les banquiers ont refusé de s'avancer davantage. Lesseps a alors sollicité les petits actionnaires auxquels il a fait miroiter des profits importants. Il s'est allié à deux financiers discutés ; Cornélius Herz et le baron de Reinach (v. 8ème arr, rue Murillo), qui iront jusqu'à corrompre des journalistes afin que soient vantés les mérites de l'entreprise. L'argent est arrivé, mais les frais augmentant toujours, la compagnie du canal de Panama perdait 1,4 milliard de francs en 1887 alors que l'on n'avait creusé que la moitié de l'ouvrage. Le 9 juin 1888, Lesseps a obtenu un vote de l'Assemblée nationale lui accordant un emprunt national. Malgré cela, le 4 février 1889, la compagnie n'a pas évité la faillite. Elle a fini liquidée avec 80.000 petits actionnaires ruinés. Le scandale a éclaté en 1892 lorsqu'il est apparu que l'emprunt n'avait été obtenu que grâce au vote de députés achetés. Dont Georges Clemenceau qui faillit y perdre sa carrière politique. Le journal d'Édouard Drumont, La Libre Parole, a donné la liste des députés corrompus.  Le baron de Reinach se suicida le 19 novembre 1892 dans son hôtel particulier du 20 rue Murillo (v. suite Cour de cassation). Ce scandale aurait déterminé l'anarchiste Auguste Vaillant à choisir l'Assemblée nationale comme cible de son attentat du 9 décembre 1893..

La police de Sûreté, ancêtre de la police judiciaire, créée en 1817, sera plus tard installée dans les locaux qui font face au portail de la Sainte-Chapelle, au rez-de-chaussée. On donna à Vidocq "une dizaine d'agents de sa sorte", dira son successeur Canler, pour faire la chasse aux malfaiteurs. En 1824, ils étaient vingt-huit. Tour à tour, de 1848 à 1890, les chefs de la Sûreté‚ Perrot, Canler, Balestrino, Tenaille, Claude, Jacob, Macé, Kuehn, Taylor et Goron auront occupé ces lieux. Avant eux, il y aura eu le célèbre Vidocq (v. 2ème arr, galerie Vivienne), remplacé en 1827 par "Coco-Latour", lui-même ancien voleur. Vidocq reviendra brièvement en 1832 avant d'être remplacé en novembre 1832 par le commissaire Allard. On décidera alors de ne plus employer d'anciens bagnards. Autour d'eux, une bonne vingtaine d'hommes, unanimement loués pour leur courage par la magistrature, avaient pourtant assumé les fonctions d'inspecteurs de police qui, aujourd'hui multipliés par dix ou cent, appartiendraient à toutes sortes de brigades spécialisées. La Sûreté est la grande rivale de la préfecture de police. C'est la Sûreté qui dirigera les douze brigades mobiles en civil, les "Brigades du Tigre" créées en 1907 par Georges Clemenceau, président du Conseil. C'est ici qu'a été créé‚ en janvier 1874, le premier service judiciaire photographique. Ce sont les premières photos de face et de profil des suspects, délinquants, criminels ou clients de la morgue, connus ou inconnus. Le système de classement anthropométrique d'Alphonse Bertillon n'apparaîtra que plus tard, en 1881. Bertillon mesurera la largeur de la tête, l'écartement des hanches, l'auriculaire, la taille... Le chef de la Sûreté, à l'époque, Macé, se montrera hostile à ce procédé qu'il ne trouve pas infaillible.

Le Palais de Justice sera incendié au dernier jour de la Commune de Paris, le 24 mai 1871, comme la Préfecture de police. La Cour des comptes, le Conseil d'Etat, la Caisse des dépôts, le ministère des Finances, ont brûlé la veille. Ironie du sort, les incendies de la Commune anticléricale épargneront miraculeusement la Sainte-Chapelle. Pour le chef de la Sûreté Gustave Macé, dont les bureaux sont au fond de la Cour de la Sainte-Chapelle, coté ouest, il s'agissait de brûler des dossiers compromettants.

Le 3 novembre 1871, la traditionnelle messe du Saint-Esprit, qui rassemble avocats et magistrats à la Sainte-Chapelle, sera célébrée au milieu des ruines de l'incendie, avant les audiences de rentrée.

Le palais de justice sera en grande partie reconstruit en février 1872. 

(photo CPA)