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Au palais de justice.

4 Boulevard du Palais Paris-1ER-Arrondissement

Le 1er août 1828, un prisonnier s'évade du Palais en faisant un croc-en-jambe au gendarme qui le conduit chez le juge d'instruction. Il s'éclipse, le temps que le gendarme appelle au secours, et déjà, il a eu le temps de passer devant le garde en faction à la galerie supérieure, de lui offrir une prise, de lui dire "Dieu vous bénisse" en l'entendant éternuer... Quelques instants plus tard, il est aperçu sur les toits du Palais, mais jamais personne ne le retrouvera. La Gendarmerie va fouiller les bâtiments jusqu'au lendemain, mais le fuyard s'est bien échappé. Jean-Marie Glachant, 21 ans, de Mâcon, ne sera arrêté que le lendemain, au moment où il monte dans la diligence du Havre.

Le Palais de justice est envahi le 28 juillet 1830, à la deuxième des journées d'émeute de la révolution qui mettront fin à la Restauration. Mais les émeutiers ne détruisirent rien, ils plantent le drapeau bleu-blanc-rouge partout. Ils ne pillent pas. La garde, dirigée par La Fayette (73 ans), a fraternisé avec eux. Seul le cabinet du premier président de la Cour de cassation est quelque peu abîmé. Des meubles sont brisés, on déchire des dossiers que l'on croit politiques, et c'est tout. La rue Charles X devient la rue La Fayette. La Cour de cassation fera verser 6.000 francs dans la caisse municipale de secours aux victimes de la révolution. En revanche, les 40 prisonniers libérés par les émeutiers seront repris dans la journée du 12 août. Le 22 septembre 1830, la salle des Pas perdus du Palais de justice rassemblera "les citoyens honorés des persécutions du dernier gouvernement et condamnés pour des délits politiques" (v. aussi au tribunal de commerce)..

En février 1831, durant la chasse aux fleurs de lys (v aussi à Saint-Germain-l'Auxerrois) l'image du Christ est retirée de toutes les salles d'audience du Palais de justice.

S'entendant condamner à deux ans d'emprisonnement pour un vol le 5 février 1835 par la cour d'appel de Paris (on dit alors la "Cour royale"), Duhem, 19 ans, s'emporte. Avec une rapidité incroyable, il saisit ses deux sabots et les jette à la figure du président Joseph Dupuy. Mais il lance un peu trop haut. L'un rebondit du mur sur le dossier d'un conseiller, l'autre passe à travers la fenêtre et tombe dans la cour de la Sainte-Chapelle. "Vous êtes un tas de brigands et de canailles, vous êtes des scélérats, vous m'avez condamné quoi qu'innocent, je ne suis pas assez riche pour acheter la justice, vous ne valez pas mieux que votre gredin de Louis-Philippe !", hurle Duhem. Sur le champ, l'avocat général Séverin Aylies requiert une condamnation pour "outrage". "Tant mieux, au moins cette fois je l'aurai mérité, j'aurais voulu en assassiner un !", conclut le Duhem, qui repart, après avoir réclamé ses sabots, avec 5 ans d'emprisonnement, assortis de la dégradation civique et 10 ans d'interdiction de séjour.

En 1845, des bureaux du parquet sont installés dans les salles proches. Un substitut du procureur du roi, Croissant, qui travaillait là, dans son bureau, a reçu le 3 février de cette année la visite d'un nommé Vansmadelle, venu lui reprocher l'inertie de la justice. Ce justiciable se plaint, à tort semble-t-il, qu'un héritage de 66.000 francs lui ait été ravi par le fisc. Le ton monte jusqu'au moment où le visiteur sort une arme de sa poche. Le magistrat se jette sur lui à la seconde où l'agresseur va tirer. Le représentant du parquet réussit à attraper le cordon de sonnette et Vansmadelle est arrêté, puis envoyé à l'asile psychiatrique.

Le 18 mars 1870, Eugène Foa, 50 ans, brocanteur, tire un coup de pistolet sur sa femme dans la salle des pas perdus, à l'occasion d'une requête en séparation de corps de celle-ci, qui se disait lasse d'être battue. Le couple a eu 7 enfants. Sylvie Mancel ne sera que blessée et Foa condamné le 9 juin 1870 à 4 ans d'emprisonnement.

Le palais de justice est totalement incendié le 24 mai 1871 par les insurgés communard qui voient la Commune s'éteindre devant l'arrivée sanglante des troupes versaillaises. Les incendiaires ont répandu du pétrole en grande quantité car ils accusent les quelques habitants du palais, comme les bibliothécaires, d'être des "agents du gouvernement de Versailles". La Cour de cassation va devoir siéger momentanément au Palais-Royal. La salle des pas perdus est particulièrement ravagée. Mais la nouvelle construction est assez proche de l'ancienne. Selon Gustave Macé, chef de la police de Sûreté, cet incendie détruisit nombre de dossiers judiciaires, dont celui de l'incarcération de Saint-Just en 1786, à l'âge de 19 ans, sur la demande de sa mère (v. passage Richelieu), celui de l'enquête sur le collier de la reine, celui des événements du 10 août 1792, les procès-verbaux des séances des comités révolutionnaires, les procès-verbaux relatifs aux massacres de septembre 1792, les registres des prisons de la Conciergerie, de la Grande et de la Petite Force (v. 4ème arr, rue du Roi-de-Sicile), de Saint-Lazare, des Madelonnettes (v. 2ème arr, rue de Turbigo) et enfin de l'Abbaye.

La visite du Tsar et de la Tsarine, le 6 octobre 1896, au palais de justice et à la Sainte-Chapelle, est un événement extraordinaire. La foule est nombreuse, pour les acclamer sur les marches de la cour du Mai où les ont accueillis le premier président de la cour d'appel et le procureur-général. A cette occasion, le président de la République accordera des grâces et réduction de peines à 59 marins et militaires détenus.